La compagnie italienne ENI prévoit des « milliards de dollars d’investissements » en Algérie au cours des trois prochaines années.

L’annonce en a été faite hier par son P-DG, Claudio Descalzi. Celui-ci est passé en fait de l’étape de l’intention au concret, puisqu’il a signé, hier, à l’occasion des 11es Journées scientifiques et techniques (JST) qui se déroulent à Oran, trois accords avec le P-DG de Sonatrach, afin de « renforcer l’intégration entre les deux sociétés dans les activités opérées conjointement » en Algérie.
Cela se traduira par d’importantes synergies qui porteront leurs fruits à l’avenir, à des économies significatives, a expliqué ENI dans un communiqué rendu public hier. Les deux groupes pétroliers et gaziers entendent notamment lancer un programme « ambitieux d’exploration et de développement dans le bassin de Berkine », qui conduira à la mise en production de « nouvelles » réserves de gaz via l’utilisation et l’optimisation des infrastructures «existantes». ENI et Sonatrach souhaitent aussi poursuivre leur collaboration dans la recherche et le développement, donnant ainsi suite aux accords signés en novembre 2016. « La collaboration renouvelée entre nos sociétés (…) permet à ENI de réaliser un nouveau pas important dans un pays-clé comme l’Algérie », a indiqué Descalzi, cité dans le document. Il a souligné que la prochaine réalisation d’un laboratoire pour les énergies renouvelables et d’une infrastructure photovoltaïque sur le site productif de BRN (Bir Rebaâ Nord, dans le Sud algérien) est un élément supplémentaire dans le parcours de décarbonisation d’ENI, qui prévoit le développement d’énergies vertes. Le responsable italien a, par ailleurs, déclaré : «Nous devons investir davantage parce que l’Algérie a encore beaucoup de gaz». Et, d’ajouter que « l’offshore est très intéressant en Algérie, nous y travaillons. Mais nous n’avons pas encore eu de blocs ». En matière de production gazière, Claude Descalzi a estimé que les potentialités de l’Algérie étaient «prometteuses », d’autant que l’Algérie dispose d’un «important potentiel gazier ». Pour lui, ce potentiel nécessite d’être de « plus en plus exploité », estimant que toutes les conditions sont réunies pour lancer d’importants investissements.
A ce titre, il a indiqué que son groupe compte accroître le volume de ses investissements en Algérie. « Nous sommes engagés à aller vers de multiples opérations de partenariat et d’investissements avec la Sonatrach, notamment dans l’exploration du gaz et du pétrole dans les couches profondes», a ajouté M. Descalzi, assurant que l’Eni fournira un apport technologique pour mieux explorer ce potentiel. L’année dernière, ENI a investi 600 millions de dollars en Algérie et a importé 11 milliards de mètres cubes de gaz.
Le gouvernement italien, qui contrôle ENI, souhaite faire de l’Italie un hub gazier du sud de l’Europe qui soit en mesure d’acheminer, depuis l’Algérie et la Libye, des flux d’hydrocarbures en Afrique. Le groupe italien est présent depuis 1981 dans le pays, où il réalise une production nette d’environ 100 000 barils équivalent pétrole par jour, ce qui en fait un des principaux acteurs.

Sonatrach autorisée à raffiner du brut à l’étranger
Autre annonce majeure faite à l’occasion des JST : Sonatrach a été autorisée à raffiner du brut algérien à l’étranger. Le président-directeur général de Sonatrach en a parlé hier. Et il s’en est réjoui. Abdelmoumen Ould Kaddour a, en effet, affirmé que le groupe qu’il dirige a eu l’autorisation de la part des autorités pour pouvoir raffiner le brut à l’étranger. Le responsable de Sonatrach a jugé « inconcevable » d’importer les produits raffinés, alors que l’Algérie est un pays producteur de brut, faisant savoir que cette action de raffiner notre brut à l’étranger est une étape qui n’est pas définitive et qu’elle permettra d’alléger la facture d’importation des produits raffinés, qui est de l’ordre de 2 milliards de dollars par an. Nous envisageons d’autres étapes pour trouver des solutions comme le développement du projet de la raffinerie de Hassi Messaoud et l’achat d’une raffinerie à l’étranger, a-t-il ajouté. Ould Kaddour ne donne pas de détails sur le sujet. Ce qui est sûr, cependant, c’est que cette sorte de délocalisation dans le raffinage va se faire avec les Italiens. Sonatrach a déjà signé un contrat de processing avec une raffinerie pétrolière italienne. Le contrat permet à la compagnie nationale d’hydrocarbures de louer les équipements du raffineur italien sur place et de procéder aux opérations de raffinage en Italie, et récupérer les carburants obtenus à un prix moins cher. Le contrat de processing a été signé suite à un appel d’offres international lancé par la compagnie pétrolière algérienne.
Produire ainsi du carburant dans un pays étranger revient moins cher que d’en importer, c‘est cet avantage comparatif que le patron de Sonatrach semble vouloir mettre en exergue. Ould Kaddour veut, et tout le monde l’aura compris, des programmes de développement qui participent de logiques économiques et managériales. Il souligne, du reste, que la compagnie qu’il dirige veille à l’optimisation de la rentabilité de ses avoirs au profit de l’économie nationale. « Nous voulons, a-t-il souligné, faire de Sonatrach une véritable entreprise publique économique, à travers la suppression de toutes formes de bureaucratie entravant l’investissement qui garantit l’accroissement de la rentabilité et permettre à l’Etat de développer d’autres activités. » Il a, par ailleurs, assuré que les ressources en hydrocarbures en
Algérie sont « très importantes » et que les informations faisant état de leur insuffisance par rapport aux engagements des investissements de Sonatrach sont « complètement fausses ».