Après plusieurs mois de travaux, le mégaprojet CPP dédié à l’exploitation de phosphate et le développement des industries pétrochimique en aval sera bientôt lancé.

Jeudi, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni a installé le comité intersectoriel chargé de piloter le CPP. Par ce projet, l’Exécutif a désormais l’ambition d’évoluer à pas de géant à la fois dans l’industrie minière et pétrochimique avec l’objectif d’en faire, à terme, un secteur générateur de devises, étant donné que le projet doit acheminer une bonne partie de sa production vers les marchés extérieurs. Le pari est extrêmement ambitieux, puisque ce mégaprojet « devra permettre à l’Algérie de devenir un pôle mondial  d’exportation d’engrais phosphatés et de ses dérivés », lit-on dans un communiqué diffusé, jeudi, par le ministère de l’Energie. Après l’installation dudit comité de pilotage, ce dernier compte entrer aussitôt dans le vif du sujet et s’attaquer à la mise en œuvre opérationnelle du CPP. « De par l’importance de ses réserves en phosphate qui la place parmi les premiers pays riches en cette matière, l’Algérie, qui est déjà l’un des plus importants producteurs d’engrais azotés (Urée) dans le bassin méditerranéen, ambitionne, à travers ce mégaprojet stratégique d’atteindre  une production de phosphates de près de 11 millions de tonnes par an contre 1 à 1,5 million de tonnes actuellement ». L’ambition du gouvernement est ainsi clairement affichée. Elle est d’ordre stratégique et permettra au pays de jouer dans la cour des grands en matière de production pétrochimique et de la transformation du phosphate. Pour ainsi dire, l’Algérie qui était jusqu’ici un des plus grands producteurs mondiaux du phosphate n’a pas pour autant dit son dernier mot, puisque avec la transformation de cette matière, exportée jusqu’ici à l’état brut, compte bousculer les colosses sur l’échiquier mondial du phosphate. Ce projet intégré permettra « la fabrication des engrais azotés et phosphatés nécessaires au développement de l’agriculture ce qui va contribuer à assurer la sécurité alimentaire et l’autosuffisance en cette matière. Ces produits seront destinés en partie à la satisfaction des besoins du marché national, le reste sera écoulé sur le marché international », précise le communiqué du ministère de l’Energie, diffusé à l’issue de la cérémonie d’installation du comité de pilotage du CPP. Cet évènement s’est déroulé en présence des secrétaires généraux des ministères des Ressources en eau, de l’Agriculture, du développement rural et de la Pèche et celui des Travaux publics et des Transports, du PDG de Sonatrach, du représentant du ministère de l’Industrie et des Mines, du ministère des Finances et celui du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire.

De la valorisation des richesses minières

Ce comité, précise-t-on, présidé par la secrétaire générale du ministère de l’Energie, est composé des représentants de l’ensemble de ces ministères, des représentants des groupes Sonatrach, Asmidal,  Manal et de l’ANDI. Ce comité a pour mission notamment « d’assister et d’accompagner le groupe Sonatrach dans la prise en charge de ce grand projet structurant situé dans la wilaya de Tébessa, et ayant pour objectif la production d’engrais phosphatés et azotés, des acides phosphoriques et dérivés, et de l’ammoniac », indique-t-on. « Il est chargé également de la mise en cohérence, entre ces différents secteurs, de toutes les actions à entreprendre dans le cadre de ce mégaprojet qui devra permettre la valorisation en Algérie des ressources naturelles disponibles telles que le phosphate et le gaz naturel », poursuit-on. Une manière de responsabiliser et d’impliquer l’administration publique dans la conduite, en amont, des travaux de ce mégaprojet.
Si les administrations ne jouent pas le jeu, l’avancement du projet pourrait en pâtir durant la phase d’exécution, alors que l’Exécutif veut aller vite en vue d’entamer, dans les meilleurs délais, la phase opérationnelle et de mise en exploitation. Le ministre de l’Energie a insisté d’ailleurs sur l’importance stratégique de ce mégaprojet intégré pour le pays, soulignant que son succès
« doit reposer sur une collaboration étroite et efficace entre ces secteurs qui doivent s’impliquer de manière effective et apporter des réponses et des solutions à toutes contraintes qui se poseraient durant la phase de réalisation du projet ». « Ce comité doit assumer des missions importantes non seulement sous forme d’assistance au groupe Sonatrach mais également celle de s’assurer du lancement et du suivi de la réalisation des infrastructures connexes induites par la mise en œuvre de ce grand projet (les infrastructures liées au transport comme le rail et le portuaire,  la mobilisation de l’eau, la disponibilité du foncier et l’énergie..) », indique Mustapha Guitouni. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que le gouvernement annonce sa volonté d’investir davantage dans l’exploitation et la valorisation des richesses minières de l’Algérie. A son arrivée au ministère de l’Industrie, Youcef Yousfi, avait aussitôt fait part de l’ambition du gouvernement : «Les immenses richesses minières du pays, encore peu exploitées, phosphate, minerais de fer, de plomb-zinc, d’or, de tungstène, matières utiles à l’industrie comme la barythe, le kyeselguhr, pierres décoratives, la bentonite, pour ne citer que quelques exemples, sont à développer rapidement », avait indiqué Youcef Yousfi, lors de sa première sortie médiatique, à Blida, en septembre 2017, en tant que ministre de l’Industrie. Il avait annoncé alors que des partenariats étaient d’ores et déjà engagés pour l’exploitation de nombre de minerais. « L’exploration va être relancée de manière vigoureuse pour ces matières comme pour d’autres, telles les terres rares ou le diamant dont les indices sont prometteurs », avait-il souligné.