Le Salon international du livre d’Alger (SILA) est rythmé, depuis son ouverture au public le 30 octobre, par une forte affluence des visiteurs qui se traduit notamment par les files d’attente lors des séances de ventes-dédicaces programmées au niveau des différents stands des éditeurs.

Ce grand rendez-vous littéraire est l’occasion unique pour les lecteurs de rencontrer leur auteur préféré pour une dédicace, un brin de causette et les incontournables séances de selfies qui se poursuivront certainement jusqu’à la clôture de ce grand rendez-vous littéraire le 10 novembre prochain à la Safex, Pins-Maritimes.

L’engouement des lecteurs algériens pour les séances de ventes-dédicaces et les échanges avec les auteurs s’est encore confirmé cette année avec l’affluence record au niveau des différents stands du SILA, notamment à l’occasion des ventes-dédicaces très médiatisées de Yasmina Khadra et Kamel Daoud. Ainsi, les stars incontournables de ces séances sont les plumes les plus médiatisées, notamment à cause des différentes polémiques ou de leur visibilité sur la scène internationale, à l’instar d’Ahlem Mosteghanemi, Waciny Laredj et Amine Zaoui. Toutefois, face à ces valeurs sûres de la scène éditoriale algérienne, d’autres auteurs et romanciers mobilisent également les foules, comme Lazhari Labter. Lors de notre tournée, vendredi dernier, aux différents stands, notre regard a été attiré par l’importante affluence aux différentes ventes-dédicaces se déroulant dans une ambiance bon enfant et conviviale. L’occasion pour ces différents auteurs, qui ont réussi à conquérir le cœur des lecteurs, de nous parler de leurs ouvrages et de leur participation au Sila.

Lazhari Labter : « Le roman est le genre littéraire le plus lu dans le monde »
Le roman historique «Laghouat, la Ville assassinée ou le Point de vue de Fromentin», de l’auteur Lazhari Labter a ainsi attiré de nombreux passionnés d’histoire, avant-hier, à la vente-dédicace abritée par le stand des éditions El Hibr.
Lazhari Labter nous a donné un petit aperçu sur son dernier livre, en déclarant : «J’ai raconté une histoire très peu connue qui porte sur
Laghouat, qui est ma ville natale. Mon ouvrage est en fait un roman historique qui raconte la prise de la ville de Laghouat en 1852, il y a 166 ans.» Ajoutant que lors de la conquête de la ville par l’armée coloniale, elle avait été quasiment détruite et la population massacrée. L’auteur explique ainsi : «J’ai surtout voulu raconter l’histoire de ce génocide et aussi rappeler la farouche résistance des habitants de la ville de Laghouat contre l’invasion coloniale, car ces événements sont seulement connus des historiens.»
Lazhari Labter confie, également, que ce roman est surtout destiné à la jeune génération, afin qu’elle prenne conscience d’une facette cachée de l’histoire de notre pays. En soulignant que «j’ai voulu m’attaquer à ce sujet pour le faire connaître à la jeune génération à travers un roman historique pour captiver leur attention. Mais, je tiens à préciser que même s’il y a de nombreux faits historiques avérés, ce n’est pas un livre d’histoire, car je ne suis pas historien mais romancier».
Par ailleurs, l’auteur, qui a déjà eu une expérience d’éditeur, souligne que «le roman est le premier genre littéraire le plus lu dans le monde et en Algérie. En seconde position, chez nous, ce sont les livres d’histoire sur l’Algérie. Car les Algériens veulent connaître leur histoire, notamment à travers le mouvement des différentes résistances face à l’envahisseur». «Les jeunes s’interrogent sur leur identité, ils demandent à savoir qui ils sont, d’où ils viennent ou encore où ils vont, et surtout, où va l’Algérie. Et pour répondre à leurs interrogations, ils vont chercher les réponses dans les livres d’histoire », a-t-il ajouté. Notre interlocuteur estime à ce sujet que le roman est un des moyens de transmettre les repères identitaires et l’histoire d’une nation, en soulignant que «c’est ce que je fais avec mon roman sur la ville de Laghouat, et c’est aussi ce que j’ai fait l’année dernière avec ‘‘Hiziya, princesse d’amour des Zibans’’. L’ancien éditeur confie qu’il se consacre exclusivement pour le moment à l’écriture. Il nous annonce qu’il est déjà sur la préparation pour l’année prochaine d’un troisième roman qui tournera autour des évènements d’octobre 1988. Il nous confie également qu’« en février 2019, sera célébré l’anniversaire de la création de la première revue de bande dessinée algérienne ‘‘M’Qidech’’ qui a été publiée en 1969. Je suis en train de préparer un livre qui sortira l’année prochaine sur cet évènement, il s’intitulera « M’Qidech, une revue, une équipe et une école ». Expliquant que «la bande dessinée algérienne, d’une manière générale, dont je suis spécialiste, est unique en son genre, comparativement aux pays arabo-musulmans en Afrique et au Maghreb. Son évolution est très particulière ». Ajoutant que «le personnage de MQuidech a indéniablement joué un rôle majeur, fondamental et décisif dans l’histoire de la BD en Algérie ».

Abdelmoaiz Farhi, un amour à la fleur de l’âge
Pour sa part, le jeune romancier Abdelmoaiz Farhi a présenté, avant-hier lors d’une vente-dédicace abritée par le stand Casbah, son premier roman intitulé «A 19 heures, mon amour», où il fait vivre aux lecteurs, tout au long de 140 pages les premiers émois amoureux d’un adolescent. Agé de seulement 17 ans, ce jeune auteur, qui a attiré une grande foule d’admirateurs lors de la séance de vente-dédicace, nous a confié son étonnement face à l’intérêt du public algérien à la littérature et plus spécialement à son premier roman. «Je suis surpris par le nombreux public qui est venu en masse demander mon livre. D’ailleurs, on a été en rupture de stock. Mon éditeur a dû ramener d’autres cartons pour cette grande demande », a-t-il avoué.
Ce premier roman à grand succès relate l’histoire d’Adam et Inès, deux adolescents d’Annaba, qui tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. C’est un roman moderne qui évoque le rôle des réseaux sociaux dans les relations sentimentales actuelles. Le jeune couple a vu leur amour naître dès la première année au lycée, mais «ces deux jeunes doivent faire face à une séparation imposée pas les parents après avoir obtenu leur bac. C’est là, que, contre toute attente, défiant la société, ils décident de mettre le cap sur la Tunisie pour un mariage express, alors qu’ils sont à peine âgés de 18 ans», a fait savoir le jeune auteur. Soulignant que «la décision radicale de ce jeune couple démontre l’impact de l’amour sur notre comportement. Il a ainsi mis en exergue tout au long de mon livre que l’amour est une force».
Pour le choix du titre, le jeune romancier affirme : «Quand j’étais en train d’écrire, à un moment, le personnage Adem dit à son amoureuse, répondant à la question sur l’heure du rendez-vous : «A 19 heures, mon amour».Je me suis arrêté sur cette phrase qui m’a interpellé et de là, j’ai décidé de la monter en titre. »
Le jeune lycéen nous a également confié : «J’ai beaucoup d’idées en tête, malheureusement je ne pourrai pas les écrire car je passe cette année mon bac. Mais juste après, je me lancerai dans un deuxième roman.»
Fort de sa première expérience dans le monde de la littérature et suite aux encouragements de ses lecteurs, le jeune romancier Abdelmoaiz Farhi déclare : «Je crois que l’auteur algérien peut vivre de sa plume en Algérie. D’année en année, mon espérance grandit et ma conviction se renforce. Ceci, même si je ne cherche pas à vivre de ce métier, car le plus important pour moi est de faire passer des moments agréables aux lecteurs. D’un autre côté, c’est très difficile car on n’est pas une société qui lit beaucoup. » D’autre part, le jeune auteur fait le constat de l’évolution du lecteur algérien à travers l’engouement pour les romans qu’il remarque lors des différentes éditions du Sila. En s’exclamant : « Le public ne cesse de grandir et c’est un plaisir de voir cela.» Le jeune écrivain lance dans ce contexte un appel aux auteurs de la promotion de leurs écrits afin d’encourager la lecture : «J’invite tous les auteurs à promouvoir leurs livres, personnellement, c’est ce que je fais par le biais des médias et des réseaux sociaux.»

Jean-François Garde : les retrouvailles d’une amitié éternelle
«A la Rencontre de l’Aurès, 50 ans d’amitiés (1966-2016)», est le titre du livre illustré et écrit par l’enseignant de mathématiques et auteur français Jean-François Garde, où il raconte la forte amitié qu’il le lie à ses anciens élèves de Batna, lors de son affectation comme professeur de mathématiques (coopérant) au lycée Ben Boulaïd de Batna, entre 1966 et 1969, et de son retour dans cette région en 2014.
L’auteur français a déclaré, en marge de sa vente-dédicace : « j’ai écrit ce livre pour mes anciens élèves de Batna, qui m’ont recontacté quarante ans plus tard.» Il explique : « J’étais enseignant de 1966 à 1969 à Batna, une occasion pour moi de connaître la région. Je faisais de nombreuses randonnées où j’ai lié des relations avec les habitants qui m’ont demandé de faire ce récit. Ça été une occasion pour moi de les retrouver.» En précisant que «j’ai une centaine d’anciens élèves avec lesquels je suis en contact aujourd’hui. C’est un peu tout cela que je raconte dans ce livre». Pour sa première participation au Salon international du livre, Jean-François Garde s’est vu surpris de l’affluence du public algérien, en déclarant : «Je ne m’attendais pas à trouver tout ce monde. C’est magnifique de voir tout cet intérêt de la part du public algérien à la littérature.»