Afin d’intégrer progressivement le renouvelable dans son bouquet énergétique, l’Algérie possède un programme de développement qui prévoit une production de 22 000 MW d’électricité de source renouvelable à l’horizon 2030, notamment solaire et éolienne, destinée au marché intérieur, en plus de 10 000 MW supplémentaires destinés à l’export.

 

Pour y contribuer, l’année 2017 a vu émerger nombre d’initiatives dont l’une s’est concrétisée en mai dernier. Un cluster énergie solaire a, en effet, été lancé sous l’impulsion de la Direction générale de la PME (DGPME) en collaboration avec le programme de l’Union européenne CAP-PME et le programme d’appui algéro-allemand (GIZ). « Ce cluster doit s’inscrire dans les paradigmes économiques de demain en créant son propre marché et non attendre la demande. Passer d’un market pool à un technology-pool, où c’est la technologie qui crée le marché et non l’inverse », appelait alors Mourad Preure, consultant en énergie, regrettant par ailleurs que l’Algérie soit « décalée par la structure de consommation énergétique ». « Notre énergie primaire est quasiment à 100% constituée d’hydrocarbures, tandis que dans le monde, celle-ci s’élève à 55%. Notre croissance énergétique n’est pas soutenable à long terme », prévenait alors l’ancien cadre à la Sonatrach alors que, parallèlement, « l’Algérie est une pile électrique », considérait-il.
Abdelghani Mebarek, directeur général de la PME, a estimé quant à lui, lors du lancement du cluster énergie solaire, que la fabrication des éléments des installations solaires, dont les panneaux photovoltaïques, nécessitera l’adhésion de sous-traitants, notamment dans la fabrication et le montage des câbles, des accroches de panneaux et d’armoires de commande. « Toutes ces activités en attireront d’autres qui gravitent autour de la filière. Par exemple, les bureaux d’étude en énergie renouvelable, les installateurs et entreprises de maintenance des centrales d’énergie », ambitionnait le responsable.

Un circuit méditerranéen pour contrecarrer l’intermittence de production
Autre axe annoncé de développement de l’énergie renouvelable, au vu de l’important potentiel énergétique solaire du pays, le renforcement des interconnexions électriques entre pays méditerranéens. En octobre dernier, dans le cadre de l’appui à l’émergence de l’exploitation des énergies renouvelables, l’association MED-TSO regroupant des gestionnaires des réseaux électriques de 18 pays méditerranéens dont l’Algérie, s’est réunie à Alger dans le but d’intégrer les sources issues du renouvelable aux échanges transfrontaliers d’énergie autour de la Méditerranée. Lors de cette rencontre, les membres de MED-TSO ont évoqué le sujet des modalités d’export d’énergie renouvelable selon le type de source d’énergie des pays, principalement issue du solaire et de l’éolien. « Nous sommes ici pour pouvoir définir les règles d’échange de cette énergie entre pays», expliquait Rabah Touileb, président du comité technique « échange international de l’énergie électrique » au sein de la MED-TSO. « Si un réseau voisin produit son énergie à coût plus élevé que le nôtre, elle serait tentée de s’orienter vers l’énergie moins onéreuse », a-t-il indiqué. D’autre part, et au vu de l’intermittence de la production de l’énergie renouvelable, une interconnexion forte permettrait une meilleure intégration et une régulation de l’intermittence.
Objectif de la démarche, l’union de plusieurs réseaux entre pays voisins pour bénéficier de complémentarités entre ceux qui possèdent des sources éoliennes et ceux qui possèdent un niveau d’ensoleillement élevé comme l’Algérie.

Commencer petit avant de songer aux mégastructures de production
L’Algérie bénéficie, en effet, de 2 500 à 3 500 heures d’ensoleillement par an, ce qui représente une « énorme source d’énergie à ciel ouvert » que pourraient exploiter les opérateurs du secteur de l’énergie solaire, selon Mourad Louadah, expert en énergies renouvelables.
Pour autant, des obstacles persistent, selon M. Louadah, malgré l’intérêt que portent de nombreuses entreprises étrangères ouvertes à des partenariats avec des opérateurs locaux dans le cadre du programme national de production d’électricité à partir du renouvelable de 22 000 MW à l’horizon 2030. « Malgré l’annonce de l’ouverture du marché aux opérateurs privés, on ne voit rien venir à cause de l’instabilité ou l’absence même de réglementation », constate notre interlocuteur.
Il appelle à ce qu’il y ait plus d’éclaircissements sur les rôles de chaque institution, notamment les ministères de tutelle mais aussi définir le rôle de l’entreprise étatique de distribution d’électricité, Sonelgaz. « Aucune loi n’indique que Sonelgaz doit avoir le monopole sur la distribution, bien au contraire », rappelle-t-il. Regrettant que la priorité ait été donnée aux méga projets industriels.
« Il aurait fallu commencer par de petites centrales avant de mettre en place les grandes, pour ainsi intéresser le tissu industriel déjà existant », prône-t-il, donnant l’exemple russe qui, lui-même, a été inspiré du modèle allemand, en développant les installations de panneaux photovoltaïques au niveau des foyers et petites entreprises. « Il s’agit de créer des centrales hors réseau avant de placer des centrales internationales », plaide-t-il.