Le patron de Sonelgaz annonce des ambitions d’investissement dans les énergies renouvelables (ENR).

Par Kahina Sidhoum
Dimanche 11 avril, Chaher Boulakhras a, en effet, déclaré que son groupe envisage de se positionner comme investisseur en matière de partage et de financement de projets d’infrastructures des ENR. Il l’a fait opportunément en marge de l’installation de Khaled Nouasri au poste de PDG de Shariket Kahraba El Djazaïr (SKE).
Créée en association avec Sonatrach, cette nouvelle société devrait être le fer de lance du groupe énergéticien dans le développement du renouvelable, notamment le solaire, « tout au moins sur les premières tranches » qui seront lancées par les pouvoirs publics, a indiqué M. Boulakhras.
Le rôle que jouera Sonelgaz via SKE « permettra d’intégrer, dans les projets que nous finançons, les différentes compétences du groupe et les faire ainsi reconnaître. Rapidement, nous pourrons nous positionner en monteur de financement et faire porter les investissements par des sociétés financières comme les assureurs et les fonds d’investissement », a-t-il ajouté.
« Nous attendons beaucoup de SKE, notamment dans la satisfaction de la demande nationale, à l’instar de SPE, mais aussi dans le développement des ENR », a encore dit le PDG de Sonelgaz de cette nouvelle société, dont le savoir-faire est reconnu en matière de montage et de gestion de projets. Une raison pour laquelle il lui a été confié la réalisation sur le terrain et le management du co-investissement de Sonelgaz (51%) et de Sonatrach (49%) célébré dimanche dernier pour la production de l’électricité dont la partie extraite du renouvelable sera, bien entendu, exploitée par la filiale Shariket kahraba wa taket moutadjadida (SKTM).
SKE, a expliqué le numéro 1 de Sonelgaz, est le résultat d’un « partenariat stratégique » entre Sonelgaz et Sonatrach. Il témoigne d’une « vision partagée » par les deux mastodontes du secteur énergétique algérien et de « l’ambition de le faire fructifier en créant un champion national en matière de développement des énergies renouvelables en Algérie » sans négliger la ressource conventionnelle, a-t-il soutenu.
La nouvelle société « marque effectivement notre volonté de mutualiser et d’optimiser les ressources du secteur de l’énergie, mais aussi d’investir davantage dans l’électron vert », a encore relevé Chaher Boulakhras, selon lequel la création de SKE, qui voit le jour après l’absorption des anciennes sociétés de production électrique (SKB, SKT, SKD et SKS), vise à la mise en œuvre d’une « stratégie sur les ENR » et à développer en ce qui les concerne des capacités de production en Algérie ou à l’étranger à l’horizon 2035.
En clair, il s’agit d’un début d’engagement plus ferme de Sonelgaz en faveur du renouvelable, en adéquation avec la déclaration du Premier ministre Abdelaziz Djerad, le 24 février 2021, que le gouvernement a décidé de « jeter les bases de la transition énergétique » perçue par l’Etat algérien comme « un processus vital ».
M. Djerad avait alors mis l’accent sur « l’impératif pour Sonatrach de s’acquitter de son rôle en tant qu’acteur principal dans le processus de la transition énergétique en incorporant les énergies renouvelables dans sa vision stratégique » et dans ses plans de mise en œuvre.

Des questions sur la feuille de route de Chitour
Mais quid de la feuille de route du ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables dans ce domaine ? Le 19 février 2021, Chems Eddine Chitour et le ministre de l’Energie à l’époque, Abdelmadjid Attar, avaient annoncé le lancement du « processus de création d’une nouvelle société dédiée au développement des énergies renouvelables ». Elle devrait voir le jour courant juin prochain pour devenir la « petite sœur de Sonelgaz », selon les termes de M. Chitour. Mais depuis, aucune indication n’a été fournie sur le « processus » en question et sur l’évolution en ce qui concerne le dossier de création de ce nouvel acteur énergétique. Pourquoi ? La question est d’autant plus légitime que l’objectif principal de cette nouvelle société à créer est de mettre en œuvre le programme national de développement de la production de l’électricité à partir de sources renouvelables, qui vise à atteindre une capacité de 15 000 MW à l’horizon 2035, soit une moyenne de 1 000 MW réalisés par an. Ces missions consistent, entre autres, à l’acquisition et la préparation des terrains destinés aux projets des énergies renouvelables (accès aux sites, accès et raccordement aux réseaux électriques…), la réalisation des études complètes de faisabilité et d’impact, la recherche des meilleurs mécanismes de financement (package contractuel bancable) et la coordination entre les différents acteurs concernés par le projet (administration centrale, collectivité locale, opérateurs de réseaux, régulateur, banque, douanes…).
Elle sera chargée également de l’élaboration des cahiers des charges et le lancement des appels d’offres à investisseurs, le traitement des offres des soumissionnaires jusqu’à l’attribution définitive, la promotion de l’intégration nationale à travers notamment des dispositions incitatives dans les cahiers des charges, le développement du Partenariat public/privé dans le domaine des énergies renouvelables pour renforcer l’expertise locale et permettre la maîtrise de l’ensemble des niveaux du cycle des projets dans ce domaine.
Après l’achèvement des procédures de sa mise en place, la nouvelle société devra lancer un premier appel d’offres avant la fin du premier semestre 2021, « si tout marche comme prévu », avec comme objectif de réaliser 1 000 MW avant la fin de l’année en cours, avait fait savoir M. Chitour. Wait and see. n