Le scénario d’une alternative aux énergies fossiles dans notre pays ne semble pas se dérouler comme prévu ni comme annoncé il y a une dizaine d’années. Ce constat est établi dans le premier rapport du genre réalisé par le commissariat aux énergies renouvelables. Il est accompagné par des recommandations visant à revoir la feuille de route du gouvernement en ce qui concerne la génération d’énergie à partir du soleil et d’instaurer une véritable politique de transition énergétique : un dessein stratégique pour l’Algérie, dont la ressource fossile, notamment celle du gaz, s’amenuise sous la commande et la consommation domestique qui a atteindra les 50 000 milliards de mètres cubes à la fin de cette année , mais qui reste pour l’instant du domaine théorique.

Pour y remédier, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a annoncé avoir réclamé un rapport «sans complaisance» pour cerner les contraintes et les freins qui empêchent l’Algérie d’atteindre des objectifs pourtant annoncés depuis plus d’une décennie, jamais atteints cependant. Hier, dimanche, lors de son passage dans l’émission phare de la matinale de la radio Chaine 3, le secrétaire général du commissariat aux énergies renouvelables, Messaoud Khelif, a confirmé cette réalité par deux chiffres à comparer : le premier est celui affiché par l’Exécutif au lancement du programme de transition énergétique, autrement dit 4 000 mégawatts qui devaient être mis en exploitation via le solaire. Le second est celui qui décrit la réalité de la génération d’énergie actuelle dans le pays à partir de cette ressource renouvelable, soit 390 mégawatts : autant dire une lueur de bougie…
Pour M. Khelif, l’un des freins à la généralisation de la génération d’énergie à travers le soleil réside dans les montages conçus pour la création de centrales solaires ; le programme initial des énergies renouvelables, prévu pour produire les 4 000 mégawatts d’électricité escomptés, a été «éclaté» en unités de production de 500 mégawatts chacune : trop grandes selon lui et nécessitant des financements estimés entre 3,5 et 4 millions de dollars, un coût auquel les finances de l’Etat ne semblent pas être en mesure de soutenir actuellement…
Le commissaire aux énergies renouvelables ne manque pas de tacler la holding Sonelgaz qui ne produit pas plus de 22 MW à partir du solaire et qui aurait tardé selon lui à «se mettre à jour» pour assumer pleinement le programme. Une critique qui mérite cependant la nuance dans la mesure où Sonelgaz fait face à d’importantes difficultés financières. Ses cadres gardent également un mauvais souvenir de la loi de février 2002 de libéralisation de la production d’électricité en Algérie.

Absence de cadre législatif
Ce texte défendu à l’époque par son initiateur, l’ancien ministre de l’Énergie Chakib Khelil, comme la solution miracle n’a pas donné les résultats escomptés. L’investissement privé dans le secteur de l’électricité ne s’est jamais manifesté et s’est limité à l’installation de mini centrales par de grands industriels nationaux pour leurs besoins à l’exemple d’un Issad Rebrab, patron de Cevital.
L’une des raisons du peu d’engouement du privé pour l’investissement dans le secteur, expliquait-on, déjà l’époque, est le prix de l’électricité à la vente que le consommateur algérien, habitué à la subvention de l’énergie, ne peut pas ou ne veut pas honorer. Le débat sur cette question ne devrait d’ailleurs pas tarder à rebondir, puisque dans ses recommandations le rapport du commissariat aux énergies renouvelables il est question d’ouvrir le réseau national d’électricité aux petits et moyens producteurs indépendants de l’énergie photovoltaïque.
Pour le commissariat, qui devrait expliquer davantage son argumentaire, il s’agit de l’approche la «plus intéressante pour commencer la transition énergétique». Cela est peut-être possible, en effet, si la législation est prête pour libérer l’autoconsommation, «peu coûteuse et moins risquée à mettre en œuvre de manière massive (pas de stockage)», et qui nécessite un investissement initial qui peut être assuré en partie par les propriétaires eux-mêmes, moyennant des montages financiers simples». Mais ce ne sera pas pour tout le monde, les «toits solaires» étant davantage possibles dans les quartiers résidentiels que dans les cités HLM où les niveaux de besoin de consommation sont plus importants.
Selon le rapport, l’autoconsommation permet une «introduction sans heurts des prix réels de l’électricité, en remplaçant les subventions généralisées de l’énergie électrique, par celles plus ciblées de petites installations d’autoconsommation pour les catégories les plus défavorisées». Pourquoi pas sauf qu’il n’existe pour l’instant aucune réglementation permettant l’installation d’équipements solaires à des fins de consommation domestique. Le gestionnaire du réseau électrique national a jusqu’ici privilégié les installations de grosses capacités prédestinées à être connectées au réseau Haute tension (HT) de transport, relève le document.
Le Commissariat recommande ainsi d’élaborer les cadres législatif et réglementaire régissant ces créneaux d’activité avant de laisser la libre initiative aux divers acteurs, dont l’intérêt et l’engouement sont déjà «palpables», affirme-t-il. A voir ! <