L’Algérie se voit confrontée plus que jamais à la nécessité d’adapter
ses niveaux de consommation d’énergie aux volumes de production qui persistent dans un mouvement baissier vieux de plus d’une décennie.

Le groupe bancaire français Crédit Agricole fait remarquer dans sa dernière note de conjoncture, diffusée hier, qu’en 2019, «la consommation d’énergie progresse alors que la production diminue», soulignant que le pays «est totalement autosuffisant en énergie, mais depuis une vingtaine d’années, la consommation progresse alors que la production stagne, voire diminue comme en 2019». A la fin de l’année dernière, le pays a consommé plus de la moitié du gaz et 31% du pétrole produit, alors que ces taux étaient inférieurs de moitié en 2001, fait constater le groupe bancaire français, soulignant que les taux en question n’ont cessé de se détériorer depuis cette date. Début 2020, la tendance ne s’est pas inversée, puisque, au chapitre de la production, la tendance baissière s’est poursuivie, étant donné que l’activité dans le secteur des hydrocarbures a chuté de 13%. Dans sa note de conjoncture pour le 1er trimestre de l’année, la Banque d’Algérie a levé le voile sur une baisse de 23,03% des quantités d’hydrocarbures exportées, alors que les exportations totales des hydrocarbures ont baissé, en valeur, de 29,07%, conséquence, assurément, des contreperformances qu’enchaine l’amont pétrolier et gazier ces dernières années, mais aussi à une consommation qui évolue à vive allure. Plusieurs explications peuvent être trouvées à cette évolution défavorable de la consommation domestique. «D’une part, la croissance démographique est très soutenue à plus de 2% par an (soit 820 000 habitants de plus chaque année), les besoins de la population sont plus importants et la consommation d’énergie est donc en hausse de 4,6% par an en moyenne au cours des vingt dernières années. La population est passée de 35 à 43 millions d’habitants entre 2008 et 2019, mais la production d’électricité, essentiellement issue du gaz, a, elle, été multipliée par deux au cours de cette période», estime Crédit Agricole dans ses Perspectives. Quant au deuxième phénomène, lié à la production d’hydrocarbures, d’ordinaire plutôt stable mais qui a marqué le pas l’année dernière, Crédit Agricole estime cette baisse de 2% en moyenne entre 2017 et 2019, alors que la production de gaz s’est contractée de 8% en 2019. «Effectivement, victime d’un sous-investissement depuis quelques années, l’appareil productif algérien d’hydrocarbures est vieillissant. Il a besoin à la fois de renouvellement et de la mise en exploitation de nouveaux champs», lit-on dans ladite note de conjoncture. Le groupe bancaire français fait remarquer que cet effet ciseaux a détérioré la balance commerciale du pays car l’effet volume s’est alors rajouté à l’effet des prix plus bas depuis 2014. «Les exportations en volume baissent peu, mais très régulièrement depuis cinq années», souligne la même source. Les économistes du groupe Crédit agricole estiment que compte tenu de la très forte sensibilité et dépendance de l’économie algérienne à la rente pétrolière et gazière, «la pression que ce phénomène exerce sur les exportations pèse sur le déficit de la balance courante, elle-même déjà affectée par des prix peu élevés depuis six ans». «Ces déficits cumulés entre 2014 et 2020 vont représenter le ratio très élevé de 80% du PIB du pays en tenant compte d’un déficit probable à 13% cette année 2020», préviennent-ils. Outre des économies dans la consommation et compte tenu d’un prix de l’énergie probablement très contraint dans les prochains trimestres, la mise en exploitation de nouveaux champs et le développement de nouvelles sources d’énergie deviennent particulièrement urgents pour répondre à la hausse de la consommation et éviter de pomper tous les mois sur les réserves en devises afin de combler les déficits externes, recommandent les économistes du groupe bancaire français. Ils viennent en tout cas conforter l’opinion de l’actuel ministre de l’Energie qui croit dur comme fer que la solution à cette équation étant de réussir la maitrise de la consommation d’énergie, tout en relançant l’investissement dans l’amont pétrolier et gazier, à travers la mise en application dans les meilleurs délais des dispositions de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. <