Les ministres européens de l’Energie, réunis mardi au Luxembourg, ont affiché leurs profondes divergences sur les réponses à la flambée des prix de l’électricité et sur l’idée française d’une réforme des marchés. «Il faut s’attendre à des débats vraiment nourris», notamment «sur la nécessité de solutions à long terme» pour affronter les futurs chocs énergétique, a déclaré à son arrivée le ministre slovène des Infrastructures Jernej Vrtovec, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UE. Alors que les cours de l’électricité sur le marché de gros s’envolent dans le sillage des énergies fossiles, Paris réclame un «découplage» pour empêcher que les prix «à coût très bas» de l’énergie nucléaire soient alignés mécaniquement sur ceux du gaz, jugeant «obsolètes» les règles du marché unique européen. Au-delà des mesures immédiates (rabais fiscaux, subventions pour les ménages…) proposées par Bruxelles, Athènes et Madrid demandent également une refonte profonde des marchés énergétiques. «C’est un moment absolument extraordinaire (…) nos propositions sont claires et solides» pour découpler les prix des sources d’énergie mais également pour «plafonner» les cours du gaz, a déclaré mardi Sara Aagesen Munoz, secrétaire d’Etat espagnole à l’Energie. Mais neuf Etats se sont opposés lundi dans une déclaration commune à toute réforme du marché de l’électricité, jugeant que la crise actuelle dépend de «facteurs mondiaux» conjoncturels. Ces Etats (Allemagne, Autriche, Luxembourg, Danemark, Estonie, Finlande, Irlande, Lettonie, Pays-Bas) estiment qu’un marché où s’exerce la concurrence entre fournisseurs d’électricité «contribue à l’innovation, à la sécurité des approvisionnements», tout en «facilitant la transition» vers des énergies décarbonées. Deux pays (Suède et Belgique) se sont associés depuis à cette déclaration, a indiqué mardi le ministre luxembourgeois Claude Turmes. «Les marchés de l’électricité fonctionnent très bien», a-t-il insisté, après avoir vanté début octobre «des prix vraiment compétitifs sur les deux dernières décennies» et jugé une intervention étatique «extrêmement dangereuse, propre à détruire toute confiance». «Quant au projet des Français, j’attends de le voir. Il n’y a aucune proposition sur la table, je crois que c’est une simple idée», a-t-il dit. Il s’est cependant déclaré ouvert à un renforcement des interconnexions entre les réseaux électriques européens et deux régions relativement isolées: les Etats baltes, encore trop dépendants de la production électrique russe, et la péninsule ibérique. M. Turmes a en revanche fustigé la proposition espagnole d’organiser des achats communs de gaz naturels, estimant que cela prendrait «des années» et poserait des difficultés de stockage. n