Le pétrole étant appelé à s’épuiser  – et son prix ne fera que baisser -, le pays devra se concentrer davantage sur la diversification de son économie. Cette recommandation prend de plus en plus de place dans le discours institutionnel et dans le débat public.

Mais, les chargés des réformes n’arrivent pas à la traduire en acte sur le terrain économique. L’addiction pétrolière semble ainsi forte, empêchant la transition économique de s’opérer. Tant que le pétrole conventionnel et non conventionnel est là, la diversification de l’économie va se faire, mais à pas lents. Et il faut dire  qu’en dépit des efforts déployés par l’Etat pour la diversification, l’énergie demeure la locomotive de l’économie dans son ensemble.
Ainsi, les hydrocarbures ont toujours la peau dure  et le pays n’a pas réussi à s’en défaire.  Il continue à y attacher de l’importance et y investir davantage. Ce postulat, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, l’a affirmé, hier, à l’occasion de la Conférence internationale sur les énergies renouvelables, la sécurité  énergétique et alimentaire tenue à Alger. Le fossile, l’Algérie semble en disposer encore  pour plusieurs années à venir. Le pays veut  tirer le maximum de profit pour sa sécurité énergétique.
Pour le faire,  le secteur de l’Energie s’attelle à l’élargissement de la base des réserves de pétrole et de gaz à  travers l’intensification des efforts d’exploration du domaine minier national, qui demeure sous-exploité, selon le ministre. L’Algérie dispose de ressources conventionnelles d’hydrocarbures d’un niveau appréciable  dont une partie seulement a été traduite en réserves  prouvées récupérables. Toutes ces ressources, ajoute-t-il, vont contribuer à la sécurité  énergétique et leur mobilisation contribuera à la diversification du mix énergétique avec des effets positifs en matière de protection de l’environnement, dont la réduction de la pollution et des émissions de gaz  à effet de serre est une de ses facettes les plus séduisantes.  L’Algérie doit relever les défis de la sécurité  dans les domaines énergétique, alimentaire et hydrique, vu leur impact sur  la croissance économique et le développement du pays, a-t-il indiqué. Le fossile dans son versant non conventionnel sera également exploité.
Il s’agit, pour le moment, d’en évaluer les ressources afin de pouvoir définir les conditions optimales  pour leur exploitation à long terme, aussi bien technique, économique qu’en termes de protection de l’environnement. Selon le ministre, une autre dimension de la sécurité énergétique est  d’assurer une mise à disposition du produit et un service de qualité pour  les ménages ou les activités économiques.
Il s’agit aussi d’assurer un approvisionnement régulier en tout point du  pays avec les qualités requises pour les besoins des consommateurs. Voilà des défis énormes  auxquels le pays fait face. Parviendra-t-il à les relever ?  Les plus optimistes pensent que Sonatrach peut se lancer en temps opportun dans le non conventionnel, qu’elle dispose de capacités nécessaires pour expliquer aux Algériens qu’il ne s’agit pas là d’une démarche aventurière mais d’une option visant à garantir l’avenir en matière énergétique. Et ses potentialités permettent d’être optimistes quant aux perspectives d’avenir pour le secteur des énergies. Pour mettre la compagnie nationale  en concordance avec ses priorités stratégiques, le gouvernement va modifier l’actuelle loi sur les hydrocarbures. Comme quoi, tout ce qui permet de donner plus de consistance à la production des hydrocarbures est bon à prendre.  Le grand problème dans tout cela est que la stratégie énergétique, fut-elle un succès, est éphémère et trompeuse. Et tant qu’il n’existe pas une réelle diversification, le pays continue à se tenir le ventre chaque fois que les marchés pétroliers vacillent.

Le solaire, un potentiel inexploité
Et les experts présents hier à la Conférence internationale n’ont pas manqué d’interpeller le gouvernement pour renforcer le développement des énergies renouvelables, en relevant que les investissements y afférents demeurent « marginaux ».
Dans ce cadre, le professeur et ex-directeur général des collectivités locales, Azzedine Belkacem, a souligné que la transition énergétique suppose qu’une priorité forte soit donnée à la valorisation des ressources locales, d’autant que jusqu’ici, une gestion centralisée de l’énergie a prévalu en Algérie, accusant un retard par rapport à d’autres pays de niveau comparable.  
L’experte senior agréée par l’Union européenne (UE), Mme Aïcha Adamou, a constaté, pour sa part que les investissements dans les EnRs demeurent « marginaux » en Algérie comparés aux potentialités du pays et à l’objectif fixé dans le Programme national de développement des énergies renouvelables, et à ce qui se fait dans le monde. Selon elle, aujourd’hui, le taux d’intégration du renouvelable dans le bilan national n’excède pas les 2%.
« L’Algérie, dotée pourtant de potentiels remarquables avec un gisement solaire parmi les plus élevés au monde, des réserves incommensurables de minerai de silice et d’autres matériaux, et d’un vivier de compétences pluridisciplinaires, est confrontée au dilemme de son développement économique dans un contexte critique de tarissement de ses revenus en hydrocarbures », a observé pour sa part le chercheur au Centre de recherche en technologie des semi-conducteurs (CRTSE), M. Messaoud Boumaour.
Pour le consultant international en énergie, M. Tewfik Hasni, « le potentiel solaire thermique de l’Algérie représente 10 fois la consommation mondiale en énergie électrique. L’exportation de cette électricité pourrait ramener au pays des dizaines de milliards de dollars. »