Dans un nouveau rapport, publié hier à Paris, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit une hausse de la consommation de pétrole. Selon l’AIE, cet appétit prévu pour le Brut s’explique par la forte demande attendue de produits pétrochimiques.

L’Agence prévient, également, que sans une relance des investissements dans le secteur, cette demande risque d’être difficilement satisfaite. Et d’affirmer que pour assurer l’offre nécessaire, «il faut que les approbations de projets pétroliers classiques doublent par rapport à leurs faibles niveaux actuels».
Le rapport de l’AIE, intitulé World Energy Outlook 2018, ajoute que «sans une telle reprise de l’investissement, la production américaine de schiste, qui a déjà augmenté à un rythme record, devrait ajouter plus de 10 millions de barils par jour d’ici à 2025, soit l’équivalent d’ajouter une autre Russie à l’offre mondiale en sept ans. Ce qui serait un exploit sans précédent dans l’histoire», explique l’AIE. L’Agence prévoit dans son scénario une augmentation de la demande d’environ un million de barils par jour en moyenne chaque année jusqu’en 2025. Ce rythme de hausse, ajoute la même source, devrait se stabiliser à 250 000 barils/j jusqu’en 2040, année qui verra la demande culminer à 106,3 millions de b/jour. L’Agence internationale de l’Energie ajoute par ailleurs que le marché de l’or noir va être de plus en plus dépendant de la production de schiste des Etats-Unis, faute d’investissements des producteurs traditionnels de pétrole et en raison des tensions géopolitiques.
«Le marché du pétrole entre dans une nouvelle ère d’instabilité et de volatilité», a affirmé Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE lors d’une conférence à Londres, qui estime que «les capacités de production non utilisées sont de plus en plus faibles par rapport à il y a quelques mois». M. Birol s’est ainsi félicité de l’augmentation de la production des géants que sont l’Arabie saoudite et la Russie, et estime que le marché est sorti de la «zone rouge» qu’il avait dénoncé en octobre, lorsque les prix du baril dépassaient les 85 dollars, menaçant selon lui la croissance de la demande et l’économie des pays émergents.
En ce qui concerne le renouvelable, les ENR sont devenues la technologie «de choix», représentant, selon l’AIE, près des deux tiers des augmentations de capacité mondiales à l’horizon 2040, grâce à la baisse des coûts et aux politiques gouvernementales favorables. «Cela transforme le mix énergétique mondial, la part des énergies renouvelables dans la production augmentant pour atteindre plus de 40 % d’ici à 2040, contre 25 % aujourd’hui, même si le charbon reste la plus grande source et le gaz la deuxième», a-t-elle expliqué, relevant que cette expansion apporte «d’importants avantages» environnementaux.
En 2040, un parc roulant à l’électricité
Le rapport de l’Agence note que les pays du monde entier augmentent rapidement leur part d’énergie solaire photovoltaïque et éolienne et nécessiteront des réformes du marché, des investissements dans les réseaux, ainsi que l’amélioration des technologies de réponse à la demande, telle que les compteurs intelligents et les technologies de stockage de batteries. Sur un autre plan, l’analyse de l’AIE montre qu’avec l’utilisation des véhicules électriques, environ 300 millions d’ici à 2040, l’on s’attend à une réduction de la demande mondiale de 3,3 millions de barils/jour, au lieu d’un impact estimé à 2,5 millions de barils/jour dans le rapport de 2017. «Les mesures d’efficacité (énergétique) auront un impact encore plus important : l’amélioration de l’efficacité du parc de voitures non électriques permettra d’éviter plus de neuf millions de b/j de demande de pétrole en 2040», explique-t-on. Ce qui fait que pour le transport routier, la demande de pétrole devrait atteindre 44,9 millions de b/j d’ici à 2040, contre 41,2 millions de barils/jour en 2017, tandis que la demande industrielle et pétrochimique totaliserait 23,3 millions de barils/jour à cet horizon, contre 17,8 millions de barils/jour en 2017, selon les prévisions de l’agence, soulignant que la croissance de la demande mondiale de pétrole proviendra en totalité des économies en développement, Chine et Inde en tête.
A cet effet, l’AIE estime que les gouvernements auront une «influence cruciale» sur l’orientation du futur système énergétique et prévoit un déclin à terme de la production américaine, ce qui se traduira par une hausse de la part de marché de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) à 45 % d’ici à 2040 contre environ 30 % actuellement.