Coupes dans les dépenses non indispensables, suppression de postes à l’étranger, évaluation de la valeur de la compagnie nationale, introduction de la comptabilité analytique à Sonatrach, autant de mesures décidées en Conseil des ministres destinées à améliorer la gestion de la compagnie pétrolière nationale, notamment financière dépassée, en vue d’augmenter sa rentabilité et ses recettes au profit de la collectivité nationale.

Le Conseil des ministres, qui a examiné dimanche dernier le plan de relance socio-économique, a été sanctionnée par des mesures courageuses, jamais prises jusqu’ici concernant le volet énergie, s’agissant particulièrement de la gestion de Sonatrach qui a connu des difficultés de management visibles à travers l’instabilité née d’un changement récurrent de PDG depuis le scandale de 2010. Le Président de la République intervenant après la présentation de la feuille de route du secteur de l’énergie a affirmé que cette branche connaît une stagnation depuis des décennies empêtrée dans des schémas de production classiques et perdant de vue les énormes potentialités du pays. La plus importante instruction donnée dans ce volet, suivant le communiqué rendu public à l’issue du Conseil des ministres, s’avère un audit profond de Sonatrach pour, lit-on dans le texte, procéder à une évaluation de son patrimoine, la réduction du nombre de ses représentations à l’étranger, la diminution des postes de responsabilités qui ne sont pas liés au rendement ou à la rentabilité de l’entreprise, le passage d’une gestion qui date d’une époque révolue vers une comptabilité analytique saine. Contacté par Reporters sur ces décisions, Noureddine Legheliel, spécialiste pétrolier, considère que ces mesures sont très positives. «C’est la première fois qu’un Président de la République parle de la nécessaire rationalisation des dépenses de ce genre. C’est positif sur tous les plans. L’évaluation du patrimoine consiste à évaluer les actifs, le passif (dettes…) de l’entreprise pour évaluer la valeur de l’entreprise. La valeur de Sonatrach était évaluée à 90-95 milliards de dollars en 2011-2012. La mesure consistant en l’établissement d’une comptabilité analytique est très importante. Analyser les résultats et pouvoir maximiser ces résultats. Elle permet de vérifier si les ratios financiers sont respectés et de montrer les failles dans les résultats afin de trouver des solutions. Pour les postes à l’étranger, ces mesures permettent de réduire des dépenses superflues et qui ne sont pas nécessaires». Le spécialiste pétrolier préconise un audit par les grands bureaux d’audit internationaux tels que Price Water et Deloitte. Ces instructions, rappelle-t-il, entrent dans le sillage de ses 13 propositions suggérées en 2017 par Noureddine Legheliel, publiées par la presse, pour améliorer la gestion de la compagnie. L’expert laisse entendre que les rapports financiers de Sonatrach n’étaient pas très transparents ces dernières années et qu’avec ces instructions, ils pourraient devenir plus transparents. A noter que ces instructions interviennent après la décision prise par le gouvernement de réduire les dépenses d’investissement et d’exploitation de Sonatrach de 50%.

«La valeur de Sonatrach estimée à 90-95 milliards de dollars»
Concernant le coeur d’activité de Sonatrach, l’exploitation et l’exploration de gisements de pétrole et de gaz, le Président de la République a donné des instructions qui se résument à la relance des activités de prospection des réserves non exploitées à travers des études précises et documentées. Il a rappelé que de nombreux gisements existent à cet effet aussi bien sur le territoire national qu’au large des côtes, en off-shore, où les potentialités sont réelles comme l’indique le travail de prospection déjà réalisé. Là, le message du Président de la République est brouillé. Le texte rendu public introduit une confusion : les spécialistes ne parlent de gisements que lorsqu’il y a eu forage de puits, de découvertes d’huile ou de gaz et de travaux de développement. Pour l’off-shore algérien, on ne peut parler de gisement puisqu’aucun forage n’a été effectué et aucune découverte n’a été faite. On en était à des travaux sismiques avant le confinement où tout a été arrêté avec le départ notamment des équipes italiennes, notamment de l’Eni, partenaire de Sonatrach, selon une source sûre. Le texte confond entre potentiel et gisement. Il y a certes un potentiel intéressant, reconnaissons-le.

Tout pour relever les niveaux de production
Autre décision importante, celle d’augmenter le taux de récupération à brève échéance des gisements de pétrole au-delà de 40%. A titre d’exemple, le taux de récupération du gisement de brut de Hassi Messsaoud, le plus important du pays est de seulement environ 20%. Selon des experts, augmenter de 1% le taux de récupération du gisement de Hassi Messaoud, c’est comme si on découvrait un gisement géant de brut recelant 500 millions de barils, soit une récupération d’un volume de pétrole qui n’est pas négligeable. Et si on parvenait à seulement augmenter de 10% ce taux, les réserves pétrolières de l’Algérie connaîtraient une substantielle hausse. Mais ce chantier demande des financements et sans doute l’apport de nouvelles techniques de récupération. En outre, le chef de l’Etat a ordonné l’arrêt des importations de carburants au premier trimestre 2021, la poursuite des processus de raccordements notamment ceux des exploitations agricoles pour renforcer la production et créer des emplois, le transfert de la réalisation de la ville de Hassi Messaoud au ministère de l’Habitat, la remise de l’Institut algérien des pétroles (IAP) sous l’autorité du ministère de l’Enseignement supérieur. La dernière décision ne semble pas adéquate, selon l’avis d’esperts, puisque sous la tutelle de Sonatrach, l’Institut peut bénéficier a priori de plus de moyens et de meilleures conditions d’études.
«Porter le taux de récupération du pétrole dans les gisements à 40% de Hassi Messaoud»
Quant au secteur des mines, le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a appelé de nouveau à l’exploitation optimale et transparente de toutes les potentialités minières dont dispose le pays. Il a insisté particulièrement sur la mise en exploitation dans les plus brefs délais de la mine de fer de Ghar Djebilet dans la wilaya de Tindouf, du gisement de zinc et de plomb d’Oued Amizour à Béjaïa et la relance du projet de fabrication de produits phosphatés à El Aouinet (wilaya de Tébessa). Le chef de l’Etat a demandé d’établir immédiatement la carte géologique de tous les gisements exploitables en terres rares, en tungstène, en phosphates, en baryte et autres matériaux. Il a encouragé la proposition du ministre de l’Industrie et des Mines visant à entamer la confection des textes autorisant l’exploitation des gisements aurifères de Djanet et Tamanrasset pour les jeunes pour la partie non exploitable industriellement et à lancer des partenariats pour les grands gisements. Ainsi, l’impulsion donnée par le Président de la République pour développer le secteur des mines s’avère positive. Mais le chantier n’est pas facile. Il convient d’abord de finaliser les études de faisabilité technique et économique concernant en particulier la mine de Ghar Djebilet, de disposer notamment de voies ferrées et de ports suffisants et modernes, de partenaires sérieux, de financements pour pouvoir exploiter toutes ces richesses et en exporter une bonne partie. <