Même si les cours des matières premières et des produits alimentaires de base ont limité, vendredi, leur chute, les marchés demeurent sous forte pression, sous l’effet des inquiétudes suscitées par le conflit opposant l’Occident à la Russie. La crise russo-ukrainienne a porté les cours de l’énergie et des produits alimentaires à des niveaux inégalés depuis plusieurs années.

Par Hakim Ould Mohamed
Après avoir dépassé, jeudi, les 105 dollars le baril, les cours du pétrole se sont repliés vendredi, ralentis par des sanctions occidentales contre Moscou sans portée pour le moment sur les exportations russes en énergie. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril a conclu la semaine en baisse de 1,16% à 97,93 dollars.
À New York, le baril du WTI pour livraison en avril a perdu 1,31% à 91,59 dollars. Le baril de Brent, la référence européenne de l’or noir, avait dépassé, jeudi, en séance, les 105 dollars, et le WTI américain avait franchi brièvement le seuil symbolique des 100 dollars. Clairement, l’agression de l’Ukraine a déclenché un vent de panique sur les marchés mondiaux de l’énergie et des matières premières agricoles. Même si l’approvisionnement mondial du pétrole n’est pas affecté jusqu’ici, tout porte à croire qu’un conflit de longue durée et des sanctions plus drastiques à l’encontre de la Russie finiraient par transformer le conflit armé en crise économique et financière majeure. Sur les marchés internationaux des produits agricoles, les cours du blé, propulsés, jeudi, à un plus haut depuis 14 ans à cause de l’attaque de l’Ukraine par la Russie -deux des plus grands producteurs mondiaux de céréales – sont redescendus abruptement de leurs sommets vendredi.
Le conflit entre l’Ukraine a fait en tout cas grimper le cours de la céréale de plus de 15% depuis mardi. Même en cédant plus de 8% vendredi, le cours du blé a pris presque 7% sur la semaine. Cette augmentation des cours vient s’ajouter à d’autres mouvements haussiers qui ont marqué les deux exercices 2020-2021. C’est le blé qui a battu tous les records étant donné que les deux pays en conflit s’imposent sur la pyramide des plus grands producteurs mondiaux. Avec un pic totalement inédit, la tonne de blé a atteint 344 euros la tonne.
Le précédent record pour le blé remonte au 24 novembre 2021, qui avait atteint 313,5 euros la tonne en séance sur l’échéance de décembre (et au 23 novembre pour le cours à la clôture à 311,5 euros). Ce vent de panique qui a soufflé sur les marchés mondiaux de l’énergie et des matières premières alimentaires a mis à mal plusieurs pays producteurs et consommateurs. L’Algérie n’est pas en reste. Si la hausse des prix du pétrole est la bienvenue pour l’Algérie qui sort d’une crise financière aigüe, la progression fulgurante des cours des produits alimentaires de base risque de contrebalancer l’effet positif du renchérissement du brut sur le marché mondial. L’Algérie produit désormais près d’un million de barils par jour de pétrole brut à la suite de la levée progressive des restrictions de la production de L’OPEP+. Une hausse des cours, combinée à une augmentation des volumes produits, se traduira mathématiquement par une hausse de la valeur des exportations et des recettes, nécessaires pour rééquilibrer les comptes extérieurs après plusieurs années de déficit. Le renchérissement des cours entamé depuis le début de l’année dernière a contribué d’ailleurs à résorber le déficit commercial et à réduire nettement celui du compte courant. Cependant, une forte progression de la valeur des importations n’est pas à exclure, dans le sillage du conflit russo-ukrainien, porteur de sérieuses menaces pour les marchés mondiaux.
D’autant plus qu’avec les sanctions prises à l’encontre de la Russie et l’effet boomerang qu’elles peuvent produire, le risque que le conflit armé dégénère en crise économique et financière majeure opposant l’Occident à la Russie est sérieux.