Près de vingt années après le règlement par l’Algérie de sa dette extérieure, le gouvernement vient d’autoriser le retour aux emprunts extérieurs à même de pouvoir couvrir certaines dépenses d’équipement.

Le ministre des Finances, Mohamed Loukal, a indiqué, mardi, que le recours à l’endettement extérieur se fera uniquement auprès des institutions financières internationales et des banques de développement dont l’Algérie est membre, à l’instar de la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque islamique, entre autres établissements. Plus explicite sur ce choix, le premier argentier du pays a souligné que l’endettement que contractera l’Algérie auprès de ces institutions se fera à long terme, ajoutant que le retour à l’endettement extérieur se limitera uniquement au financement des projets stratégiques importants, tel le Port centre de Cherchell. De prime abord, le retour à l’emprunt extérieur est, dans l’absolu, un choix classique, étant donné que la dette n’est qu’un instrument de financement parmi d’autres, mais il est important que cet outil soit utilisé à bon escient. L’expérience des années 1980 et 1990 n’a fait que générer des traumatismes du fait que la dette a été très mal gérée, voire très mal canalisée. Cependant, à moins que les prochains emprunts soient bien négociés, limitant ce recours aux seules institutions multilatérales régionales, la dette pourrait se révéler aussi onéreuse qu’improbable à soutenir au regard de la situation financière et politique du pays. Un emprunt international pourrait coûter très cher au pays avec, au minimum, 5% de taux d’intérêt. L’érosion des réserves de change, qui s’établissent actuellement à moins de 80 milliards de dollars, ainsi que la hausse du déficit public sont des indicateurs qui pourraient jouer en défaveur de l’Algérie. Un taux d’intérêt égal ou supérieur à 5% pourrait être à l’avenir insoutenable pour une économie telle que la nôtre, bâtie exclusivement sur l’apport des hydrocarbures en devises, alors que l’investissement et la croissance sont en net repli. Il apparait aussi que les entreprises publiques, à l’exception de Sonatrach, ont un niveau d’endettement très élevé et qu’elles seraient, de ce fait, en très mauvaise posture pour l’obtention d’un emprunt international. L’ensemble de ces éléments rend l’équation de la dette extérieure très complexe pour les entreprises publiques qui projettent de lever des fonds auprès des institutions financières multilatérales. Cela accrédite l’hypothèse selon laquelle l’endettement extérieur pourrait se faire à des conditions onéreuses et contraignantes dans l’immédiat et qu’il est préférable qu’il soit envisagé dans le moyen et le long terme. D’autant plus que la situation politique actuelle pourrait jouer en défaveur de l’Algérie, étant donné que le risque pays est considéré comme étant un élément très important dans la prise de décision par les bailleurs de fonds étrangers. Ceci dit, dans l’absolu, le financement de l’économie par la dette pourrait être un bon instrument, capable de desserrer l’étau sur le budget de l’Etat qui, jusqu’ici, soutient l’essentiel des dépenses d’équipement, alors que certains projets peuvent être financés par des montages financiers impliquant les entreprises de réalisations et/ou des créanciers internationaux. Du temps où l’autoroute Est-Ouest était encore à l’étude, des experts et responsables siégeant dans l’un des précédents gouvernements de Bouteflika ont recommandé à ce dernier de faire financer le projet par les entreprises de réalisation, moyennant sa gestion (concession) par ces mêmes entreprises pour une dizaine ou une vingtaine d’années. Or, le financement de l’autoroute par le budget de l’Etat a donné lieu à plusieurs dérapages, dont la corruption, les pots-de-vin, le gaspillage, l’abus d’autorité… Il va sans dire que si le gouvernement a fait le choix de recourir à l’endettement extérieur, c’est parce que la dette interne, constituée des engagements de l’Etat auprès du Trésor, risque de devenir à terme insoutenable, d’autant plus que le recours à la planche à billets qui couvrait jusqu’ici le déficit du Trésor et nombre d’engagements de l’Etat, vient d’être suspendu. Hier, les experts de la Banque mondiale, qui ont séjourné à Alger, à leur tête le nouveau directeur des opérations pour le Maghreb et Malte auprès de cette institution, Jesko Hentshel, ont «confirmé la disponibilité de la Banque mondiale à répondre aux besoins qui pourraient être exprimés par l’Algérie en matière de développement économique et social». Certes, le recours aux financements par la Banque mondiale n’est pas dans les tablettes du gouvernement pour le moment, mais, à terme, ce choix, s’il venait à être validé, ne doit concerner que les projets économiquement viables, permettant aux entreprises de rembourser leurs dettes dans les meilleures conditions.