« Une bonne dette extérieure est meilleure que la planche à billets», cela est une évidence pour Rachid Sekak, économiste et ancien directeur de la division de la dette extérieure à la Banque centrale.

Intervenant, hier, sur les ondes de la chaîne III de la Radio algérienne, Rachid Sekak a souligné, d’emblée, que l’endettement extérieur est «une solution partielle et limitée dans le temps » qui doit répondre à certaines conditions pour réduire les déficits budgétaires et atténuer les déséquilibres de la balance des paiements. Dit autrement, la dette extérieure doit avoir des objectifs clairs et soutenables, mais elle ne se fait qu’à des conditions, souvent fixées par les créanciers. Quoi qu’il en soit, l’endettement extérieur ne peut être une solution en mesure de répondre à toutes les tensions financières que traverse le pays, notamment en matière de couverture des déficits budgétaire et courant, à en croire l’économiste. Pour Rachid Sekak, la solution de l’endettement extérieur « ne représente qu’un moyen temporaire et très partiel » pour revenir aux équilibres budgétaires. Depuis la mi-2014, alors que les cours du brut amorçaient une dangereuse dégringolade sur le marché mondial, le pays renouait avec les déficits qui, au fil des années, et en l’absence de parade efficiente de la part des précédents gouvernements, allaient devenir chroniques avec, comme effets, la fragilisation des positions financières internes et externes. Le déficit budgétaire avait atteint jusqu’à 15% du PIB du fait de l’effondrement de la fiscalité pétrolière, combiné au maintien très élevé de dépenses publiques. Le déficit de la balance des paiements, qui ne fait que s’aggraver depuis 2014, en relation avec l’état de la balance commerciale et du compte courant, a fait perdre à l’Algérie plus de 114 milliards de dollars de la mi-2014 au début de l’année en cours. Les réserves de change du pays sont ainsi passées d’un plus haut de 194 milliards de dollars au premier semestre 2014 à moins de 80 milliards de dollars à janvier 2019, contre une prévision de 60,1 milliards de dollars à fin 2019, sous l’effet de la hausse du déficit
de la balance des paiements.
Pour faire face aux déséquilibres des finances publiques, Rachid Sekak a plaidé pour la mise en place d’un programme qui trace la trajectoire budgétaire du pays pour accroître ses revenus et à réduire ses dépenses.
« Nous devons très clairement définir une trajectoire budgétaire, concernant la balance des paiements et mettre en place des réformes structurelles qui nous permettent d’atteindre ces objectifs », a-t-il estimé.

Solutionner la crise politique comme première étape
De plus, cette dette éventuelle doit pouvoir créer de nouvelles sources d’exportation, d’emploi et de réduction des importations. Selon l’économiste, un cadre institutionnel est nécessaire notamment à travers des compétences et des institutions spécialisées dans les marchés monétaires internationaux pour que l’Algérie puisse se tourner « dans les meilleures conditions » vers l’endettement extérieur. C’est-à-dire que la gestion de la dette requiert des compétences, une gouvernance et un retour sur investissement indispensable. En amont, « il est nécessaire de convaincre les marchés internationaux sur la trajectoire budgétaire du pays et sur son programme de réformes structurelles pour pouvoir contracter de la dette extérieure dans les meilleures conditions pour le pays », a jugé l’ancien responsable de la division de la dette extérieure de la Banque d’Algérie. Interrogé sur la situation politique du pays, Rachid Sekkak s’est dit « profondément convaincu » que si l’Algérie retrouve rapidement sa stabilité sur le plan politique, il est possible de mettre en œuvre des réformes pouvant améliorer les finances du pays. « Si nous arrivons à régler l’équation politique dans les meilleurs délais, il est tout à fait possible de mettre en place un programme de redressement économique sur des périodes de 5 à 7 ans qui nous remettra sur les rails », a-t-il affirmé. Il ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de nombre d’économistes et d’opérateurs économiques qui conditionnent la sortie de crise par un arrangement politique pouvant mettre fin à l’impasse dans laquelle est embourbé le pays depuis maintenant plus de sept mois. Durant un laps de temps aussi court, des pans entiers de l’économie nationale ont été fragilisés, à l’heure où les défis de la conjoncture supposent que l’on accélère l’investissement pour pouvoir créer une croissance suffisante afin d’absorber les milliers de demandeurs d’emplois qui arrivent sur le marché du travail. En quelques mois seulement, 60% des entreprises du BTPH ont suspendu leurs activités, alors que les industries agroalimentaires ont perdu 70% de leur chiffre d’affaires, à en croire les opérateurs des deux filières. L’onde de choc a atteint les industries électroniques et de l’électroménager ainsi que les usines de montage automobile des suites de l’instabilité du cadre juridique régissant ces activités. C’est dire toute l’urgence de sortir de la crise politique pour pouvoir enfin engager les réformes nécessaires afin de limiter les déséquilibres et les déficits, très nuisibles pour la solvabilité d’un pays qui annonce vouloir solliciter l’endettement extérieur.