Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné au gouvernement, lors de la réunion du conseil des ministres, tenue dimanche, «d’œuvrer à tirer profit de ces institutions financières en proportion de notre contribution à celles-ci, comme le font d’autres pays, et ce, en obtenant notre part de postes dans leurs organes et en bénéficiant de leurs moyens en matière de financement au profit de l’Algérie». La déclaration du chef de l’Etat marque un tournant dans la position officielle par rapport à l’endettement extérieur.

Le gouvernement s’opposait jusqu’ici mordicus à toute forme d’endettement extérieur, mais semble désormais se rendre à l’évidence que l’Algérie peut tirer profit des institution financières régionales dont elle membre et contributeur. La position du gouvernement a quand même évolué, passant d’un refus catégorique à l’option d’un endettement à conditions avantageuses, avant que le chef de l’Etat précise le cap, ce dimanche, lors de la réunion du conseil des ministres. L’option de recourir aux financements extérieurs pour le financement des projets d’investissement a été prise en charque, au plan juridique, par la loi de financement 2020 qui, après d’interminables allers retours, fait sauter le verrou de l’endettement extérieur. Au mois de février dernier, alors qu’il présentait le plan d’action de son gouvernement, Abdelaziz Djerad a indiqué que l’Algérie optera pour des prêts à long terme à des conditions avantageuses pour financer les projets inscrits dans ledit plan d’action. Le Premier ministre a précisé à la même occasion que le choix de l’Algérie se portera sur des financements extérieurs qui ne «touchent pas à la souveraineté du pays». «Nous allons vers l’argent qui existe un peu partout dans le monde sans toucher à notre souveraineté», a-t-il indiqué, citant la Banque africaine de développement (BAD) ainsi que les Fonds arabes d’investissement. Abdelaziz Djerad a souligné que ces institutions «donnent des prêts à très longs termes et avec des taux d’intérêts très faibles, qui ne touchent pas à notre souveraineté et ne remettent pas en cause les fondements de notre politique économique». Les orientations du chef de l’Etat à son gouvernement, ce dimanche, s’inscrivaient d’ailleurs en droite ligne de ce qu’expliquait le Premier ministre qui, en fait, balisait déjà la voie à l’option d’un endettement ciblé auprès des institutions financières multilatérales régionales. Le président de la République vient ainsi valider officiellement cette option, donnant le feu vert aux institutions concernées pour entamer le travail d’expertise et d’évaluation des besoins en matière de financement. A la même occasion, le chef de l’Etat a appelé à «ouvrir des banques algériennes à l’étranger, en Europe et en Afrique, qu’elles soient nationales ou à capital mixte, afin de permettre aux émigrés algériens d’effectuer des dépôts ou des transferts, et impulser les échanges commerciaux, notamment avec les pays africains». Sur un autre chapitre, lié à l’encadrement des opérations du commerce extérieur dans le but de réduire le déficit de la balance des paiements, le chef de l’Etat a exigé de son gouvernement de «soumettre, à l’avenir, tout engagement financier dans l’importation et toute transaction en devises, à l’approbation préalable du Conseil du Gouvernement en vue de protéger le produit national, encourager sa consommation au niveau local et préserver les réserves de change». Il est question également de «soumettre à l’approbation préalable du conseil du gouvernement ou du conseil des ministres, en cas de nécessité, toutes les mesures relatives à la définition de la liste des produits interdits à l’importation». Au rythme avec lequel évolue le déficit commercial et, plus globalement, celui de la balance des paiements, il est attendu que le gouvernement revienne au dispositif d’encadrement des importations au moyen des listes de produits et consommables interdits à être acheminés de l’extérieur.