Le passage à la nouvelle année 2018 réserve son lot de changements au plan du commerce extérieur. Plusieurs mesures et réformes destinées à encadrer les opérations d’importation de biens et consommables entreront en vigueur dès le début de cette année, dont certaines sont appliquées de fait dans le cadre de la loi de finances 2018.

Dans un communiqué diffusé hier, le ministère du Commerce s’est empressé dès potron-minet d’avertir les opérateurs que les règles de jeu en matière de commerce extérieur vont changer. Globalement, le libre exercice du commerce sera respecté, mais des mesures d’encadrement spécifiques aux importations de certaines marchandises sont introduites à travers des dispositifs à caractère tarifaire, quantitatif et bancaire notamment, lit-on dans le communiqué du ministère du Commerce.
Primo, la nouvelle année apporte un lot assez conséquent de mesures tarifaires et fiscales, les unes comme les autres incluses dans la loi budgétaire de cette année, s’inscrivent dans l’objectif de renchérir les prix à l’importation de plusieurs produits de luxe et autres biens et consommables inessentiels, voire produits localement. C’est ainsi que la Taxe intérieure de consommation (TIC) au taux de 30% a été élargie sur 10 familles de produits finis. Il s’agit du saumon, fruits secs sans coques et autres fruits séchés, épices, sucreries, confiserie, préparations à base d’extraits et d’essence (liquide et autres), modems et décodeurs numériques, appareils avertisseurs d’incendies, appareils électriques avertisseurs et micro-ordinateurs (article 32 de la loi de finances 2018). L’article 115 de la loi de finances 2018 précise quant à lui la nature des 32 groupes de produits finis concernés par le relèvement des droits de douane. Ceux qui importeront les produits figurant sur ces deux listes, à savoir les biens concernés par la TIC et le relèvement des droits de douane, paieront leurs achats au prix fort, ce qui impliquera mathématiquement un renchérissement des produits localement. Ces mesures sont destinées à rendre le produit algérien plus compétitif que les biens importés, voire à dissuader l’importation de certains consommables produits localement et/ou inessentiels.

Yaourt, fromages…consommez algérien !
Secundo, d’autres mesures à caractère quantitatif sont entrées en vigueur dès le 1er janvier de cette année. Il s’agit en deux mots de la décision de suspendre provisoirement l’importation de 45 familles de produits finis. Ce dispositif s’applique sur, entre autres produits, le fromage, yaourt et produits lactés, fruits secs, fruits frais (à l’exception de la banane), légumes frais (à l’exception de l’ail), viandes (à l’exception de certaines catégories), marbre et granit finis, céramique finie, glace et verre, moissonneuse batteuse, articles de robinetterie sanitaire, fils et câbles, tracteurs agricoles, chaises et meubles, lustres, produits détergents, ciments, articles électroménagers et téléphones mobiles…etc. Cette mesure est un point clé du dispositif d’encadrement des importations mis en place fin 2017 par le gouvernement Ouyahia. Ces dispositions administratives sont cependant limitées dans le temps, souligne le ministère du Commerce en avançant qu’«il sera procédé à leur levée progressivement mais avec ou sans le maintien ou l’augmentation des taxes et autres droits frappant l’importation et la commercialisation de ces produits ». Et, encore une fois, les producteurs nationaux de produits alimentaires, de produits agricoles frais ainsi que des consommables de robinetterie et des matériaux de construction sont gagnants dans ce passage à l’année 2018. En outre, pour les concessionnaires automobiles, il a été décidé de mettre en place un contingent quantitatif pour les véhicules automobiles à l’exclusion des collections CKD/SKD destinées au montage de véhicules. L’accès aux licences d’importation de véhicules et plus particulièrement celles devant régir les contingents tarifaires fixées dans le cadre de l’Accord d’Association avec l’Union européenne, s’effectuera par voie d’adjudication, sur la base d’une mise à prix, par référence au modèle de cahier des charges approuvé par l’arrêté interministériel fixant les conditions et les modalités d’accès par voie d’enchères au contingent ou à ses tranches, note le communiqué du ministère du Commerce.

La Banque d’Algérie à la rescousse
Grosso modo, ladite note souligne que c’est au gouvernement que revient la décision de fixer les volumes des véhicules à importer si besoin il y a. Cela se fera dans le cadre d’une compétition procédurale à laquelle sont soumis les concessionnaires intéressés. Tertio, d’autres mesures monétaires ont vu le jour en 2017 et resteront en vigueur courant 2018, dont le règlement de la Banque d’Algérie daté d’octobre 2017, lié aux domiciliations bancaires relatives à l’importation des marchandises destinées à la revente en l’état et ne constituant pas un intrant industriel. Ces opérations, rappelons-le, doivent être accomplies dans un délai minimum d’un (1) mois avant la date d’expédition de ces marchandises avec une couverture financière de 120% du montant de l’opération. Ce règlement porte sur une réforme plus globale des procédures bancaires liées à l’importation des produits destinés à la revente en l’état. Le relèvement de la couverture financière de l’opération d’importation est la mesure la plus emblématique de ce lot de dispositions monétaires destiné à la fois à limiter l’accès à la devise aux fins de l’importation et à privilégier la production nationale au détriment des biens importés. Ainsi, depuis hier, les taxes de plusieurs produits, les tarifs bancaires exigés au préalable pour la couverture des opérations d’importations des produits finis ont augmenté.
Plusieurs autres biens et consommables sont carrément interdits à l’importation, tandis que les concessionnaires sont une fois de plus soumis à une nouvelle batterie de mesures de contingentement. Ainsi a donc débuté l’année 2018 au plan du commerce extérieur ; de nouvelles règles de jeu sont édictées en fonction du cap budgétaire que s’est fixé le gouvernement.