Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, s’est engagé à revoir la liste des produits interdits à l’importation, prétextant l’existence d’intrants dans les fameux listings, lesquelles matières premières, nécessaires au fonctionnement de l’appareil de production, ne devaient pas y figurer, selon lui.

Dit autrement, l’appareil productif ne devrait pas être affecté par les restrictions à l’importation qui, dans les visées du gouvernement, devraient aider plutôt à rétablir la viabilité des finances publiques. Sur l’actuel exercice, le gouvernement espère économiser 10 à 15 milliards de dollars par le moyen du dispositif d’encadrement des importations. Ces économies sont en tout cas nécessaires pour réduire le déficit de la balance des paiements. Si rien n’est fait, les déficits accélèreront la fonte des réserves de change, seul indicateur de solvabilité du pays. Le Premier ministre a tenté de faire comprendre, hier, en conférence de presse, qu’il était important de maintenir le cap en ce qui concerne la gestion du commerce extérieur afin de finir l’actuel exercice sur une note meilleure que la précédente. Il était tout aussi important selon lui de ne pas gripper le moteur de la croissance, faute de quoi les projets de sortie de crise risquent de se compromettre. C’est pourquoi la liste des produits interdits à l’importation sera modifiée tous les trois ou six mois, reconnaissant l’existence d’erreurs dans le décret initial. « On a même trouvé des intrants », alors que le but était d’interdire les produits finis, a expliqué Ouyahia. L’annulation de certains produits figurant dans la liste des biens et consommables interdits à l’importation était un point de friction important entre le gouvernement et certains associations professionnelles. Ces dernières ont réclamé à maintes reprises la révision de la liste initiale dans laquelle figuraient des dizaines d’intrants nécessaires au fonctionnement de certaines industries. Seule la corporation des producteurs de médicaments a eu gain de cause. D’autres organisations professionnelles ont été reçues au ministère du Commerce sans qu’aucune suite ne soit donnée à leurs doléances.
Ce sera un soulagement pour nombre d’industries, dont le fonctionnement est tributaire d’intrants importés pour la plupart. Ahmed Ouyahia semble vouloir engager son gouvernement sur des actions concrètes, voire un calendrier clair, annonçant une révision prochaine de la liste des produits interdits à l’importation.
Il sera question d’opérer également des évaluations périodiques, tous les 3 et/ou 6 mois, en vue d’adapter la liste aux disponibilités des produits. Le ministre du Commerce, Saïd Djellab, a parlé, jeudi dernier, du cas des industries du plastique et des filières de l’agro-industrie fonctionnant essentiellement aux intrants importés. Sur un autre chantier tout aussi sensible ; celui des subventions en l’occurrence, la position initiale du gouvernement ne semble pas bouger d’un iota. Ahmed Ouyahia a expliqué hier qu’il ira au bout de la réforme initié en 2017, dont le but serait de céder le terrain à un nouveau dispositif de subventions qui serait le plus équitable et le plus juste. Sur cette question aussi, le premier ministre s’est engagé sur un calendrier clair. Il a fait savoir à ce propos que le nouveau mode de la politique de subvention sociale pourrait être appliqué à partir du 2e semestre 2019. Le Premier ministre n’a jamais été aussi explicite sur le calendrier de cette réforme, précisant sur sa lancée qu’aucun changement dans la politique actuelle des subventions n’est prévu en 2018, mais l’essentiel des réformes en cours sera introduit dès la seconde moitié du prochain exercice. « L’Algérie parviendra, au plus tard dans trois années, à rectifier sa politique des subventions, ce qui profitera au citoyen et au Trésor public », a-t-il prévu, confortant ainsi son ministre des Finances dans ses prévisions selon lesquelles la réforme de la politique des subventions généralisées sera mise en place dès 2019 et l’effort sera étalé sur deux à trois exercices. Il s’agit selon Ahmed Ouyahia d’avoir un modèle financièrement soutenable, mais qui va « épargner les catégories à faible revenu et la classe moyenne qui constitue l’épine dorsale du pays ».
« En maintenant la subvention telle qu’elle est aujourd’hui, celui qui perçoit un salaire mensuel de 100 millions de centimes continuera à bénéficier de la subvention de l’Etat (…), ce qui est invraisemblable, voire inacceptable », a ajouté le Premier ministre. La mise en place dudit modèle doit prendre en compte l’aboutissement de deux chantiers, dont l’un est pris en charge par le ministère des Finances, tandis que l’autre est lancé au niveau du ministère de l’Intérieur, portant sur le recensement des catégories aisées et celles vulnérables qui ont réellement besoin de la subvention de l’Etat. La poursuite des chantiers budgétaires initialement lancés représente grosso modo une priorité de premier degré pour le pays, dont l’amélioration des indicateurs financiers est tributaire de l’efficacité des actions du gouvernement. De la reprise des cours pétroliers aussi. <