Pendant que les Européens semblaient enclins à dialoguer avec Alger sur les mesures d’encadrement des importations imposées par le gouvernement et qui auraient, selon Bruxelles, gêné le libreéchange, Alger rassurait à son tour, hier, par le biais du ministre du Commerce, Saïd Djellab, appelant son partenaire européen à faire prévaloir le dialogue.

« Nous avons bien expliqué à nos partenaires de l’Union européenne, avec qui nous avons une relation stratégique, que nous traversons une période très difficile sur le plan financier et particulièrement au niveau de la balance commerciale et celle des paiements, et qu’il s’agit aussi d’une   période transitoire », a précisé Saïd Djellab en réponse à une question de la presse en marge d’une réunion sur les exportations hors hydrocarbures. « Il a été expliqué à l’UE qu’il s’agissait d’une période difficile et que nous sommes, donc, obligés de regarder de très près nos importations », a-t-il déclaré. Comme pour tenter de rassurer à nouveau son partenaire, le ministre a souligné qu’il a également été expliqué aux partenaires européens de l’Algérie qu’il s’agissait d’une « période transitoire qui permettra à l’Algérie de diversifier son économie et de ne pas dépendre uniquement des   hydrocarbures ». Dans ce sens, il a considéré que « le principe de partenariat implique   qu’il y ait une compréhension ». Et d’ajouter: « Nous sommes prêts à dialoguer et nous avons instauré un dialogue et nous espérons que nos partenaires participent avec nous dans cette transition économique ».
Il y a donc un certain progrès vers le dialogue tant à Alger que du côté de Bruxelles, puisque, outre les appels au dialogue lancés par le ministre du Commerce, l’Union européenne dépêche à son tour dès ce jeudi un émissaire spécial à même de tenter un arrangement avec Alger. Lundi, le chef de la délégation de l’Union européenne à Alger, John O’Rourke, a annoncé l’arrivée pour des « négociations » d’Ignacio Garcia Bercero, directeur général du commerce à la Commission européenne.
«Nous attendons la visite du directeur, M. Bercero, pour les discussions. Je pense qu’il est temps maintenant de laisser les experts discuter en toute sérénité. Je ne fais plus de déclarations à la presse », a indiqué le diplomate européen en poste à Alger, faisant apparaître ainsi en toile de fond une volonté de dépassionner le débat et d’évoluer un peu plus vers la concertation et le dialogue. Le conflit commercial opposant l’Algérie à l’Union européenne était né des suites des déclarations récentes de la Commissaire européenne du Commerce, Cécilia Malmstrom, devant la Commission des affaires économiques et des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française sur le dispositif algérien de sauvegarde de l’économie nationale.
Cécilia Malmstrom a ouvertement critiqué les mesures dites d’encadrement des importations entrées en vigueur depuis janvier dernier, y voyant une atteinte au principe de libre-échange. Ses déclarations ont provoqué un tollé général chez les partenaires sociaux du gouvernement. Le FCE et l’UGTA se sont empressés à signer une déclaration commune dans laquelle ils affichaient leur « préoccupation ».
Le FCE et l’UGTA ont relevé dans ladite déclaration que les mesures de protection de l’économie nationales, allusion faite aux dispositions de réduction des importations, ne remettent nullement en cause la volonté de l’Algérie de consolider sa coopération économique avec ses partenaires stratégiques dont l’UE fait partie. Face aux pressions européennes, dont les membres martelaient que les restrictions à l’importation étaient contraires au principe de libre-échange contenu dans l’Accord d’association conclu avec l’Algérie, Saïd Djellab ne s’était pas écarté d’un centimètre du leitmotiv du Premier ministre Ahmed Ouyahia.
Lors d’un forum d’affaires algéro-espagnol tenu en début avril à Alger en présence de son homologue espagnol, Mariano Rajoy Brey, Ahmed Ouyahia avait, en effet, appelé les Européens à la « compréhension » quant aux mesures de sauvegarde commerciales prises par le gouvernement algérien pour rééquilibrer la balance des paiements. « Je me dois de vous dire que l’Algérie traverse une période difficile financièrement du fait de la chute des prix des hydrocarbures qui ont gravement affecté sa balance des paiements ».  Devant cette situation, « le gouvernement, qui a décidé de préserver la dynamique de croissance économique et de développement social et culturel, a pris les mesures qui s’imposaient, notamment des dispositions transitoires de sauvegarde en matière de commerce extérieur », avait soutenu Ahmed Ouyahia qui disait compter sur la « compréhension » des fournisseurs traditionnels de l’Algérie, et ce, « dans le cadre de la solidarité ». Force est de constater, aujourd’hui, qu’après plusieurs jours de tension entre les deux partenaires, les appels au dialogue semblent prendre le dessus.