Le Holding Algeria Chemical Spécialities (ACS), qui regroupe 7 entreprises pour un total de 10 000 travailleurs, n’en finit pas de se débattre dans la crise que traversent deux de ses principales filiales, l’Enad et Tonic Industrie. En effet, cela fait plus d’une année qu’un bras de fer oppose ces dernières aux syndicats des travailleurs, mais qui s’est vu accentué ces derniers mois par l’annonce d’un plan de redressement, auquel les syndicats s’opposent sur certains points. Devant cet état des lieux, une tentative de renouer avec le dialogue s’est opérée lors d’une rencontre entre les gestionnaires des filiales et la Fédération des travailleurs du pétrole, du gaz et de la chimie, qui s’est tenue hier à Alger. Laquelle a été présidée conjointement par Bendebka Abdelghani, président du Holding ACS, Hamou Touhria, président de ladite fédération ainsi que du secrétaire général de la centrale syndicale UGTA, Salim Labatcha.
Le président du Holding a, lors de son intervention, insisté sur l’intérêt de dissiper le climat de conflit qui existe dans les entreprises, «si nous voulons qu’elles se maintiennent en activité». Un challenge, d’autant plus qu’il est à leur portée dès lors où
la qualité de leur production n’est plus à démontrer. Citant dans ce sens «les volumes d’exportations réalisés en 2019».
A propos du plan de restructuration mis en place, selon Bendebka, «il est rendu nécessaire pour être valorisé par l’entremise d’un plan de restructuration». De plus, toujours selon ce dernier, «ce plan va surtout servir à réduire l’impact de la crise sanitaire sur les outils de production». Et de lancer enfin à l’auditoire : «Ces tiraillements ne servent pas l’économie du pays, bien au contraire, ils la pénalisent.» De son côté, le président de la Fédération s’est dit tout à fait étonné que depuis la rencontre du même type qui s’est tenue en 2018 et qui s’est soldée par des résolutions «nous en sommes encore au même stade, sinon pire». Pour ce syndicaliste, «il est temps que l’ensemble des filiales du holding retrouvent un plan de charge qui puisse les maintenir en activité». Confiant par là : «Il n’est plus admissible qu’une filiale importe sa matière première alors qu’elle est produite par une autre.» Indiquant : «Il faut que cette fois des solutions de sortie de crise soient trouvées pour en finir une fois pour toutes avec ces crises récurrentes en renouant avec le dialogue et la concertation entre l’administration et le personnel pour, tout au moins, éliminer les disparités salariales à l’origine de nombreux problèmes d’ordre relationnel au sein des filières.»
Le secrétaire général de l’UGTA a estimé pour sa part que les problèmes au sein des filières sont «de faux problèmes». Comme il juge que «pour sortir de ces conflits récurrents, il suffirait de décentraliser les décisions. En clair, se rapprocher de la base, c’est-à-dire les travailleurs, pour connaître leur avis sur la gestion ou la stratégie à mettre en place». Soulignant entre autres que la prise en charge que rencontrent les filiales nécessite l’engagement autant des gestionnaires que des syndicalistes. A propos de l’action syndicale, le secrétaire général a avoué que «bon nombre de nos syndicats manquent d’expérience, voire de formation, pour arriver à instaurer le dialogue à tous les niveaux des filières». Ce dernier a par ailleurs rappelé : «Nous sommes dans une situation économique critique et pour s’en sortir, des changements du mode opératoire des entreprises doivent être concrétisés sur le terrain.» Soutenant dans ce sillage qu’«il est important d’éclairer l’opinion publique sur ce qui marche ou ce qui ne marche pas au sein des entreprises publiques. Sur ce point, l’UGTA a son mot à dire». Poursuivant que dans ce cadre «nous avons formulé 28 résolutions qui, j’espère, vont être prises en compte par l’exécutif», a-t-il conclu.
Il importe de savoir que le plan de redressement de l’entreprise Tonic Industrie a rencontré de nombreuses embûches retardant ainsi sa mise à exécution et parfois à l’origine de mouvement de grève comme celui enclenché en février 2020, paralysant tout le complexe de Koléa (Tipasa). Et pour cause, les travailleurs considèrent que les décisions prises par le conseil d’administration sont des «mesures de bricolage». Et le désordre régnant dans le versement des arriérés des salaires, au moment où aucune fiche de paye ne leur a été remise. Depuis, certes, le complexe a redémarré mais dans l’esprit de beaucoup de travailleurs ce n’est que partie remise. <