La contestation revient au niveau de l’Entreprise nationale de fabrication de détergents (Enad) à Sour EL-Ghozlane, dans la wilaya de Bouira. Les travailleurs ont observé une grève depuis lundi pour réclamer le versement de leurs salaires. Face à cette action, le P-DG de l’entreprise a tenté de rassurer les grévistes en affirmant que le service concerné, à savoir celui de la paie, a pris en charge la demande des travailleurs.
«Nous avons entamé un mouvement de grève depuis lundi pour faire pression sur les responsables de l’entreprise afin qu’ils nous versent nos salaires impayés depuis plus de deux mois. Nous dénonçons tout ce retard, les responsables de l’usine n’ont pas honoré leurs engagements», a expliqué hier un groupe de travailleurs de l’Enad repris par l’APS.
Le même groupe a fait part, par la même occasion, de la récurrence de cette situation qui voit les travailleurs toucher leurs salaires constamment en retard, ce qui les pousse à l’endettement, déplorent-ils. «Le scénario se répète régulièrement, ils sont rares les mois où nous percevons nos salaires à temps», regrettent les travailleurs dans leurs témoignages, invitant la direction à assurer les salaires des employés à la fin de chaque mois. Les travailleurs ont émis par ailleurs d’autres revendications en plus de celle relative aux salaires impayés. Ils déplorent dans ce sens leurs conditions de travail qu’ils qualifient de «difficiles» notamment en cette période marquée par la propagation de la pandémie de la Covid-19. «Nous réclamons les moyens de protection contre le nouveau coronavirus et l’amélioration de nos conditions professionnelles. Nous travaillons sans masques protecteurs et sans gants. La situation est difficile», se plaignent-ils. Les grévistes ont plaidé aussi la cause des travailleurs contractuels recrutés depuis plusieurs années dans le cadre des contrats pré-emploi (CTA), mettant en évidence «les difficultés» que vit cette catégorie professionnelle.
Les deux parties en conflit divergent par ailleurs sur la véritable situation financière de l’entreprise. Car, si les travailleurs expriment leur inquiétude en évoquant un arrêt de la production dans l’usine à cause de l’absence de matière première, le premier responsable de l’entreprise, Naili Douaouda, a un avis complètement opposé. «L’usine est en activité et la matière première existe. Donc il n’y a aucun problème à ce propos», a assuré le PDG de l’Enad, récusant une situation de cessation de la production pointée du doigt par les travailleurs grévistes. «Je m’engage à prendre en charge les doléances des travailleurs tout en rassurant que les portes du dialogue sont ouvertes», a-t-il dit. «Je suis en dialogue permanent avec les travailleurs. Quant au problème des salaires, notre service de paie est en train de leur verser le salaire du mois de juin. Et tout sera pris en charge», a-t-il rassuré.
Au mois de novembre dernier, en plus du récurrent problème des salaires impayés, les travailleurs sont aussi montés au créneau pour s’opposer à l’option, qui était en projet, de délocalisation de l’entreprise vers Alger dénonçant un «sabotage» d’un des fleurons industriels de la région. Les protestataires ont évoqué alors les conséquences de la délocalisation de l’usine notamment la perte de plusieurs dizaines d’emplois.
Les travailleurs appuyés par les représentants de la société civile de Sour El-Ghozlane ont insisté auprès des autorités afin de garder l’usine Enad là où elle est implantée et sauver les centaines d’emplois générés par ce complexe de détergents au profit des gens de la région. Une action qui a eu le résultat escompté puisque l’usine n’a pas été délocalisée. Reste à présent le problème récurrent des salaires impayés. <