L’organisation du marché intérieur dont dépend la stabilité des prix des produits de large consommation est l’une des clés de sa maîtrise par les pouvoirs publics. Une question toujours pas réglée.

Par Khaled Remouche
Comme à l’accoutumée, le Président de la République, à l’issue des exposés du Premier ministre et des ministres concernés au cours du Conseil des ministres, dimanche dernier, a donné des instructions et orientations au gouvernement, cette fois, centrées sur les principales préoccupations du citoyen, insiste le communiqué officiel rendu public avant-hier. Ce qui laisse entendre que ces préoccupations n’ont pas été prises en charge suffisamment, d’où la colère des ménages et des syndicats face à la hausse des prix et l’érosion du pouvoir d’achat de la majorité des citoyens.
Le chef de l’Etat, après la décision prise récemment de criminaliser la spéculation a ordonné au gouvernement de recourir à titre exceptionnel et urgent à l’importation de produits objets de spéculation, particulièrement les produits de large consommation et les viandes blanches. Il s’agit, souligne le communiqué, de résoudre les préoccupations des citoyens concernant les secteurs du commerce et de l’agriculture. Le premier magistrat du pays ordonne, en ce sens, au gouvernement d’inonder le marché de produits objets de spéculation, particulièrement les produits de large consommation et les viandes blanches. Premier élément de décryptage de ces décisions animées de bonnes intentions, c’est que la lutte contre le phénomène de spéculation et les flambées des prix des produits de large consommation s’effectuent actuellement par touches et non pas selon un plan global d’actions pour éradiquer ce phénomène et mettre fin à la hausse importante des prix de large consommation. L’importation à titre exceptionnel et la criminalisation de la spéculation ne constituent qu’une partie de la solution. A cet égard, la principale préoccupation qui est l’une des sources de la colère des citoyens est l’absence de contrôle suffisant par les services du commerce des pratiques spéculatives. La solution «importation» pose, quant à elle, des interrogations quant à son efficacité. Il s’agit de savoir si les importateurs joueront le jeu. Il convient de rappeler que la décision d’importation des viandes rouges au cours du dernier mois de ramadan n’a pas été appliquée sur le terrain. Et bien auparavant, les mesures d’importation des viandes rouges n’ont pas eu d’impact sur le marché en raison de la résistance des acteurs du marché, notamment les bouchers. En ce sens, il ne suffit pas d’importer, il faut accompagner cette mesure par un circuit de distribution fluide et efficace afin de mettre à la disposition des ménages en particulier la pomme de terre et le poulet bon marché. En somme, cette mesure montre que l’Algérie reste à court terme fortement dépendante de l’extérieur pour son alimentation, au moment même où les pouvoirs publics affichent leur volonté de limiter cette extraversion aux marchés extérieurs.
Quid de la présence d’un système de distribution des produits de large consommation fluide, efficace et dénué d’intermédiaires ? La question est de savoir également si les pouvoirs publics ont tiré les leçons de la hausse sans précédent des prix de la pomme de terre et du poulet qui ont dépassé la barre respective des 120 et 500 DA le kilogramme. Pour le premier produit, le système de régulation du ministère de l’Agriculture s’est avéré inefficace. Le prix de la pomme de terre reste fixé à 100 dinars le kilogramme. Pour le second, il convient de rappeler un manque d’anticipation. Des professionnels et des organisations de protection des consommateurs avaient alerté, en mars dernier , les pouvoirs publics sur une flambée prochaine des prix du poulet. Il fallait importer de ce fait rapidement des poussins pour espérer revenir à des prix raisonnables. Cet appel n’a pas été écouté. Cette filière demande également à être organisée. Un problème qui perdure depuis plusieurs années. Ces problèmes de spéculation et de flambées des prix renvoient à des problèmes d’organisation du marché enregistrés depuis plusieurs années et qui ne sont toujours pas réglés. Cela va de l’organisation des marchés de gros de fruits et légumes, où la réglementation n’est pas respectée et où se multiplient les intermédiaires, à l’insuffisance ou à l’absence de véritables marchés de gros de produits alimentaires, aux insuffisances du système de distribution de détail : réseaux de marchés de proximité insuffisants, points de vente des organismes publics qui activent dans le domaine en nombre insuffisant ou absents des centres de consommation, nombre insuffisant d’hypermarchés et de centre commerciaux aux standards internationaux, non-plafonnement des marges bénéficiaires des produits de large consommation les plus sensibles, alors que les associations de consommateurs proposent l’inverse.
En somme, tout cela est le résultat de décennies d’absence de maîtrise du marché intérieur par les pouvoirs publics, au détriment du pouvoir d’achat des couches démunies et de la majorité des citoyens. <