Le rapport de la Cour des comptes, présenté au Parlement, fait état d’une dette publique de 7 778 milliards de dinars en 2018, soit 38% du PIB. Avec les déficits budgétaires importants en 2019, 2020 et 2021, cette dette interne continuera sa progression au point d’affecter sérieusement la santé financière du pays et d’entraîner une hausse de l’inflation.

Un indicateur de la situation macroéconomique du pays commence à devenir préoccupant, à savoir l’état de la dette interne du pays. Elle était comme le niveau de dette extérieure très modeste. Elle a enflé depuis 2017 jusqu’à menacer, les prochaines années, la capacité financière du pays à engager de nouveaux investissements publics dans la santé, l’école, le logement, l’enseignement supérieur et la recherche.
Le rapport de la Cour des comptes, présenté au Parlement en rapport avec l’avant-projet de règlement budgétaire pour l’exercice 2018, relève cette tendance. «Le déficit budgétaire global a atteint, en 2018, 2 082 milliards de dinars, soit trois fois le déficit de 2017 en raison de la hausse sensible relevée dans les dépenses d’équipement (74,1%) malgré la croissance des revenus budgétaires de 6,5% durant la même période. L’exécution des opérations financières de l’Etat a été caractérisée par un déficit du Trésor de -1 341 milliards, financé de manière non conventionnelle à hauteur de 900 milliards de dinars et en exploitant les dépôts des pourvoyeurs du Trésor et les comptes financiers», a souligné M. Ben Maarouf, président de la Cour des comptes, lors de la présentation du document cité par l’APS. Le premier responsable de cette institution de contrôle a relevé également que ce déficit a fortement contribué à l’augmentation de la dette publique qui atteint 7 778 milliards de dinars, soit 38 % du PIB, ce qui représente une hausse de 4 178 milliards de dinars tout au long des années 2017-2018. Cette croissance, a ajouté M. Ben Maarouf, est principalement due à l’augmentation de la dette interne, après le recours au financement non conventionnel, dont le montant s’est élevé à 5 562 milliards de dinars, soit 2 185 milliards de dinars en 2017 et 3 371 milliards de dinars en 2018.
L’Etat a continué à utiliser le financement non conventionnel en 2019 et 2020. Il s’est élevé à 1 100,8 milliards en 2019 et à 916,7 milliards de dinars à fin mai 2020. Puis, sur décision du Président de la République, le gouvernement a exclu le recours à la planche à billets pour financer ses déficits publics. Ce qui constitue une mesure positive. Mais la tendance dépensière ne s’est pas interrompue pour autant. Le déficit du Trésor dans la loi de finances de 2021 affiche un niveau record, 3 600 milliards de dinars. Le ministère des Finances a annoncé qu’il compte le financer par le recours aux réserves de la Banque centrale et au marché des titres du Trésor. Ce qui signifie ni plus ni moins un nouvel endettement du Trésor auprès de la Banque d’Algérie et auprès des investisseurs institutionnels, ce qui conduira vraisemblablement à une augmentation de la dette intérieure. Un spécialiste financier contacté souligne que l’évolution de cette tendance aura des effets pervers sur l’économie nationale, à savoir une hausse de l’inflation, dont les victimes seront encore une fois les simples citoyens. L’urgence donc des urgences reste le redressement des finances publiques à travers, notamment, l’extinction des sources de gaspillage de l’argent public, la rationalisation des dépenses et la mobilisation de nouvelles sources de financement hors budget de l’Etat : les actifs dormants des entreprises publiques, l’ouverture du capital des sociétés publiques ou leur privatisation. Une plus grande efficacité fiscale dans le recouvrement et l’appréhension de l’assiette fiscale est, également, primordiale. De nouvelles formules de financement en Algérie, telles le project financing et le partenariat public-privé devraient être rapidement utilisées. Le retour à la confiance, la stabilité du cadre juridique, une nouvelle législation des changes pourraient relancer l’investissement national et les IDE. Le gouvernement n’a pas exclu également l’endettement extérieur pour des projets rentables. Les solutions existent donc.
Mais alors que la course contre la montre devient une nécessité pour inverser ces tendances, il est enregistré beaucoup de lenteurs, de tergiversations et des forces d’inertie toujours très actives. n