Le Fonds monétaire international (FMI) s’est montré pour le moins pessimiste quant à l’évolution de la dette publique dans la région Moyen-Orient et Asie centrale, plus particulièrement dans les pays exportateurs de pétrole, dont l’Algérie.
Dans sa nouvelle publication qui met sous les feux de la rampe les perspectives économiques de la région Moanap, l’institution multilatérale a indiqué que pour l’ensemble du groupe des pays exportateurs de pétrole, les ratios dette/PIB restent assez modérés (46 % du PIB dans la région Moanap, 27 % du PIB dans la région CAC). Cependant, quelques-uns de ces pays, à savoir l’Algérie, le Bahreïn, l’Irak, Oman, le Qatar et le Yémen, sont confrontés à une dette brute bien plus élevée, parfois contrebalancée par des actifs financiers considérables. Ce n’est un secret pour personne, la planche à billets, adoptée dès octobre 2017 comme moyen de financement des déficits, entre autres, a considérablement augmenté le taux de la dette publique ramené au PIB. Et contrairement au discours officiel, selon lequel le financement non conventionnel ne devrait plus figurer dans la boîte à outils du gouvernement, le FMI s’attend plutôt à ce que le gouvernement ressorte à nouveau la planche à billets de ses cartons. «L’Algérie, l’Arménie, le Bahreïn et le Yémen devraient faire appel au financement monétaire à des degrés divers. La Banque centrale a financé la majeure partie de la dette en Algérie», écrit l’institution de Bretton Woods dans son rapport, publié samedi. Comme de nombreux pays de la région, la crise sanitaire, qui était venue se greffer aux tensions financières issues du choc pétrolier de la mi-2014, a accentué des vulnérabilités importantes de l’Algérie qui voit sa dette atteindre un niveau record, ses besoins de financement augmenter considérablement, son exposition à la volatilité des marchés pétroliers s’accentuer, le taux chômage rebondir ; des facteurs et non des moindres qui pourraient entraver la reprise et accentuer les séquelles de la crise. La hausse de la dette, dont le ratio par rapport au PIB, n’a cessé d’augmenter depuis 2016, a considérablement réduit l’espace budgétaire et augmenté les risques budgétaires. Elle a atteint environ 40% du PIB en 2019 et devrait grimper à près de 60% cette année. En 2014 et 2015, la dette publique intérieure hors garanties est restée relativement faible (8% du PIB), car les déficits budgétaires élevés étaient financés principalement par des tirages sur l’épargne du Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR). En 2016, la dette publique a atteint environ 20,6 % du PIB et 27 % du PIB en 2017. En trois années, le taux de la dette publique par rapport au PIB a doublé sous l’effet de la planche à billets. «Cette dynamique va porter la dette publique à des niveaux élevés à moyen terme dans certains pays (Algérie, Iraq, Koweït et Maroc, par exemple)», écrit le FMI dans son rapport, soulignant qu’outre son évolution en 2020, la dette ne se stabilise pas selon les projections de référence en Algérie, au Bahreïn, au Koweït et en Oman. Cependant, l’institution de Bretton Woods fait remarquer que «les volants budgétaires importants dont dispose le Koweït et le portefeuille non négligeable de titres publics de la Banque centrale en Algérie sont autant de facteurs qui atténuent les préoccupations que suscite la viabilité de la dette dans ces pays». Plus globalement, le Fonds monétaire international s’attend à ce que dans la région Moanap, la dette publique médiane devrait, selon les projections, dépasser 70% du PIB à moyen terme, du fait d’un stock de la dette élevé avant la Covid-19 dans les pays importateurs de pétrole et d’une accumulation rapide attendue de la dette dans les pays exportateurs de pétrole, notamment l’Algérie, le Bahreïn, l’Iraq et Oman.