Les exportations de gaz du pays chuteront à 45 milliards de mètres cubes en 2020 contre 50 milliards de milliards de mètres cubes en 2018. Elles passeront à 25-26 milliards de mètres cubes/an à partir de 2030.

En déclarant que les exportations de gaz de l’Algérie sont en train de baisser dangereusement, à 45 milliards de mètres cubes en 2020 contre 50 milliards de mètres cubes en 2018, à la chaîne privée Ennahar, lundi dernier, le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar pointe du doigt la forte expansion de notre consommation gazière. Sur une production de 135 milliards de mètres cubes de gaz, 40 milliards de mètres cubes servent à couvrir la demande domestique, en croissance exponentielle, 45 milliards de mètres cubes sont destinés à l’exportation et 35 milliards de mètres cubes injectés dans les gisements, a-t-il indiqué.
Les exportations de gaz de l’Algérie au premier semestre 2020 se sont élevées à 20 milliards de mètres cubes en comparaison avec les 64 milliards de mètres cubes exportés en 2005. Cette tendance inquiétante aura pour incidence de réduire nos exportations d’hydrocarbures et, partant, une baisse de nos revenus en devises tirées des ventes de gaz et de pétrole. En d’autres termes, l’Algérie aura beaucoup moins d’argent pour financer son budget et son développement économique. Le ministre de l’Energie ne le cache pas. La rente va être réduite, a-t-il souligné. Cette tendance à la baisse du volume des exportations va s’aggraver, selon le ministre de l’Energie.
Avec la mise en service de petits gisements prévus au cours des prochaines années, l’Algérie exportera environ 50 milliards de mètres cubes/an entre 2021 et 2024. En 2030, selon Abdelmadjid Attar, l’Algérie risque de n’exporter que 25 milliards à 26 milliards de mètres cubes de gaz sur la base des réserves actuelles et si la consommation poursuit sa tendance haussière, soit près de la moitié de notre volume d’exportation actuel. Cette baisse des exportations en 2020 est exacerbée par les effets de la Covid-19. Le ministre de l’Energie prévoit, rappelons-le, des recettes tirées des exportations d’hydrocarbures de l’ordre de 23 milliards de dollars en 2020, contre 33 milliards de dollars en 2019.
Quant aux réserves de gaz, elles sont de l’ordre de 2 500 milliards de mètres cubes, a-t-il ajouté. «Nous pouvons assurer la sécurité énergétique du pays jusqu’en 2040, a-t-il assuré. A partir de 2025, l’essentiel de la production ira à la couverture des besoins du marché interne. Ce qui veut dire qu’entre 2020 et 2030, la consommation domestique en gaz sera en forte croissance. Ce discours officiel alarmiste laisse entendre que les autorités sont appelées en urgence à mettre fin au gaspillage dans la consommation de gaz et à adopter rapidement un modèle de consommation énergétique plus rationnel.
Ce chantier, qui constitue l’urgence des urgences du gouvernement Djerad et du département énergie, devrait être achevé dans des délais très courts si on veut qu’en 2021/22, le volume de nos exportations de gaz soient en hausse et que les revenus gaziers du pays augmentent et profitent de l’opportunité d’une hausse des prix du gaz à l’international, prévu à moyen terme par plusieurs spécialistes. C’est ce sentier qui devra nous épargner une réduction de la rente pétrolière et gazière de l’Algérie. Encore faut-il emprunter résolument ce chemin.

Audit de Sonatrach :«L’IGF est en train d’évaluer le patrimoine de la compagnie»
Sur l’audit de Sonatrach, il a indiqué qu’il a été confié à l’Inspection générale des finances (IGF). «Les services de l’IGF sont en train d’évaluer le patrimoine de Sonatrach», a ajouté Abdelmadjid Attar. Sur ce sujet, il a affirmé qu’il s’agit de restaurer la stabilité et la confiance à Sonatrach. Il ne s’agit nullement à travers cette opération de régler des comptes ou de se venger. Quant au marché international du gaz, il a rappelé que Sonatrach est fortement concurrencée sur son marché traditionnel, en l’occurrence l’Europe, par le gaz américain et russe. Sonatrach a dû adapter sa stratégie. Elle a dû renoncer à la conclusion de nouveaux contrats long terme. Il a indiqué surtout que la compagnie pétrolière nationale a dû baisser les prix du gaz dans sa renégociation des prix avec l’Eni et Naturgy pour ne pas perdre ses clients. Sur les textes d’application de la loi sur les hydrocarbures, le premier responsable du secteur a indiqué que 24 textes sur 48 seront prêts fin août, le restant en septembre prochain, voire à la fin de l’année. A noter enfin que l’une des réponses à cette problématique de forte demande et de gaspillage de gaz est, sans conteste, la mise en oeuvre du chantier de la transition énergétique, à savoir le développement des énergies renouvelables qui réservera des centaines de milliards de mètres cubes à l’exportation, les économies d’énergie et l’efficacité énergétique. Chemseddine Chitour, ministre chargé du dossier, a lors de la rencontre Gouvernement-Walis organisée hier, évoqué l’isolation thermique, ce gisement d’économie d’énergie, dont l’exploitation fait partie du programme sectoriel de ce département ministériel, et pourrait faire baisser la facture énergie d’un ménage d’environ 40% et diminuer d’autant la consommation d’énergie dans les habitations (résidentielles). Mais il s’agit de savoir si les fruits de cet effort seront suffisants à inverser la tendance, dans un an, deux ans, voire dans les trois prochaines années. <