Depuis quelques semaines, de nombreux concessionnaires automobiles sortent progressivement du confinement auquel ils ont été soumis depuis l’arrêt des importations de véhicules neufs, en 2016, pour afficher leur objectif de renouer avec leur activité à la faveur de la loi de finances complémentaire (LFC) 2020, récemment adoptée par le Parlement.

Une activité dont ils ont été dépossédés au profit d’une industrie mécanique locale qui, faut-il le souligner une énième fois, n’avait pas tardé à s’avérer un grand échec, notamment à travers la stratégie du SKD-CKD nettement plus coûteuse que les importations de voitures finies.
En effet, dès les premiers jours qui avaient suivi le Conseil des ministres du 10 mai dernier, consacré à un projet de loi de finances complémentaire (PLFC) 2020, annonciateur du retour des concessionnaires, le redéploiement s’est quasi automatiquement mis en branle chez ces derniers. Et il s’est accéléré depuis l’adoption par le Parlement de la LFC 2020, ouvrant officiellement droit au retour tant espéré par une corporation dont le nombre de représentants s’est sensiblement réduit, alors que ceux qui sont restés en activité ont dû se contenter des prestations de service après-vente, avec une partie de leurs structures fermées et des effectifs revus nettement à la baisse.
Parmi les concessionnaires souhaitant rouvrir leurs showrooms pour la commercialisation des véhicules, le groupe Achaïbou et Hyundai Global Motor Algérie (HMLA) sont incontestablement ceux qui l’affichent le plus, explicitement et publiquement. Leurs patrons respectifs, à savoir Abderrahmane Achaibou et Omar Rebrab, ne ratent aucune occasion de s’exprimer pour revendiquer leur réhabilitation en tant que représentants «historiques» des marques qu’ils représentaient avant qu’ils ne soient dépossédés au bénéfice d’autres représentants. Il s’agit notamment de la marque sud-coréenne Kia pour Achaibou, et Hyundai véhicules touristiques et industriels pour Rebrab. Ces deux responsables ont, pour rappel, eu gain de cause auprès de la justice, bénéficiant même d’un dédommagement financier lors de l’un des procès des affaires scandaleuses de l’automobile. Preuve à l’appui, ils ont pu convaincre la justice de leur mise à l’écart par l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdesselam Bouchouareb, qui faisait la pluie et le beau temps dans le choix des opérateurs pour l’assemblage automobile, sous la houlette de l’ancien système et ses proches parmi les porteurs de projets.
Les anciens représentants des marques Kia et Hyundai n’ont pas hésité à revenir à la charge ces dernières semaines dans l’espoir de récupérer leurs marques perdues et renouer avec la commercialisation de véhicules neufs Kia et Hyundai. Pour le groupe Achaibou, l’effort est cependant plus grand à fournir, puisqu’il s’agira de récupérer d’autres marques qu’il a également perdues, notamment la très populaire Suzuki (reprise aussi par Tahkout), Ford (touristique et poids lourds) et Daewoo Trucks.
Toutefois, le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali Braham, n’a pas tardé à mettre les choses au clair, en précisant qu’il n’est pas du ressort du gouvernement de désigner le partenaire algérien d’un constructeur étranger. Ce dernier est libre de choisir avec qui il veut s’associer, a-t-il précisé, il y a quelques jours, en guise de mise au point aux intéressés.
La balle est donc dans le camp
des maisons mères Kia et Hyundai (issues du même groupe, faut-il le préciser) et l’avenir proche nous dira si ces deux marques resteront chez leurs représentants actuels, à savoir Kia Al Djazair, propriété de Kamel Arbaoui, et Tahkout Manufacturing Company (TMC), du groupe éponyme, ou si leurs anciens représentants pourront les récupérer. En tous les cas, les tractations se poursuivent de part et d’autre autour de ces deux dossiers qui ont fait couler beaucoup d’encre, mais aussi de salive.
Mais si dans le cas des deux marques sud-coréennes, il s’agit de récupération de la représentation, dans d’autres cas, des prétendants ne ratent pas l’occasion d’exploiter la situation de certains représentants de marques pour carrément s’en accaparer. C’est le cas principalement de Volkswagen et de ses plusieurs marques (VW, VW utilitaire, Seat, Skoda, Audi) qui serait dans le viseur du Groupe Bernard Hayot (GBH). Présent en Algérie depuis plusieurs années, à travers sa filiale Saïda et ses marques automobiles Citroën, DS et Scania (Mahindra aussi pendant une période), ainsi qu’à travers les pneus Pirelli et l’enseigne de location de voitures «Jumbo Car», le groupe diversifié français aurait même déposé sa candidature auprès du Groupe Volkswagen pour le représenter en Algérie. C’est ce que rapportent certaines sources, notant que GBH agit en exploitant la situation qui prévaut actuellement chez Sovac, représentant de VW depuis son arrivée en Algérie, et dont le patron Mourad Oulmi et d’autres membres de l’entreprise, sont poursuivis par la justice. Une situation qui risque de provoquer le divorce entre les deux parties, d’autant que le groupe allemand avait déjà manifesté cette intention, il y a quelques mois.
Parmi les signes qui pourraient confirmer un intérêt de GBH pour Volkswagen en Algérie, il y a lieu de relever cette campagne de recrutement en force, lancée il y a près d’un mois par Scania pour renforcer son réseau de distributeurs. La même démarche est observée chez d’autres concessionnaires qui semblent prendre d’ores et déjà les devants pour mettre en place les structures et le personnel nécessaires dans l’objectif de retourner à la vente de véhicules neufs importés. Mais le plus dur pour tout ce beau monde est encore à venir avec toutes les contraintes contenues dans le nouveau cahier des charges, et qu’ils ne tarderont pas à découvrir dans le détail dans les prochains jours. Au plus tard, début juillet, avait annoncé Ferhat Aït Ali, la semaine dernière.