Tout en apportant des garanties sur ces priorités, le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, a fait comprendre, hier, dans ses réponses aux députés de l’Assemblée populaire nationale (APN), que le système actuel des subventions généralisées est un fardeau pour le budget de l’Etat.

Par Hakim Ould Mohamed
Le Premier ministre a indiqué, qu’en plus de l’idée de mettre en place un système de transfert monétaire direct au profit des démunis, dans le cadre du projet de réforme des subventions, l’essentiel de la politique sociale de l’Etat sera canalisé désormais vers les secteurs de la santé et de l’éducation, en plus de la décision de soutenir les salaires, prise par le gouvernement en réponse à l’érosion importante du pouvoir d’achat des Algériens de ces dernières années. Ce sont, en somme, les deux piliers sur lesquels repose la future politique sociale de l’Etat, explicitée par le ministre des Finances, qui répondait, hier, aux questionnements soulevés par les parlementaires de la chambre basse. «Il y a un malentendu sur le passage des subventions généralisées aux subventions ciblées prévu dans le projet de loi de finances (PLF) 2022», a dit M. Benabderrahmane tout en affirmant que «l’Etat ne renoncera pas à son rôle social». «Les subventions, dont la valeur s’élève à 17 milliards de dollars, ne profiteront plus aux indus bénéficiaires et autres intermédiaires qui ont saigné l’économie nationale en bénéficiant de ces transferts», a-t-il soutenu avant d’expliquer que «les fonds récupérés sur le surplus des subventions sociales de l’Etat, après le ciblage des véritables bénéficiaires, seront affectés à d’autres secteurs comme la Santé et l’Education et serviront à la revalorisation des salaires».
Le projet de loi de finances 2022 a, rappelons-le, prévu plusieurs mesures en faveur des ménages en difficulté, dont la révision du système des subventions et l’amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs et des demandeurs d’emploi. D’une pierre deux coups, le Premier ministre a tenté, hier, de rassurer quant à la décision de l’Etat de perpétuer ses mécanismes de protection sociale au bénéfice des ménages vulnérables, tout en prenant option en faveur d’un transfert monétaire direct et d’une réaffectation des ressources vers les secteurs de la santé et de l’éducation. L’autre soutien de l’Etat concerne le pouvoir d’achat à travers l’amélioration des rémunérations des travailleurs au moyen de mesures fiscales se rapportant
essentiellement à la baisse de l’Impôt sur le revenu global (IRG) appliqué aux salaires et la hausse du point indiciaire dans la Fonction publique. Le Premier ministre a révélé, à la même occasion, qu’une commission sera installée sous peu pour étudier comment convertir le système de soutien actuellement en vigueur en un mécanisme dédié exclusivement aux familles vulnérables. Ces mécanismes seront mis en place dans le cadre d’un «comité devant se charger de l’examen des modalités permettant de passer de la subvention généralisée au système de compensation monétaire au profit des véritables bénéficiaires», a-t-il dit à propos.

Révision des subventions versus inflation
«Nous n’accepterons pas que le soutien massif de 17 milliards de dollars soit dirigé vers des personnes qui ne le méritent pas, voire à destination d’intermédiaires qui ont fragilisé l’économie nationale en bénéficiant des subventions des produits alimentaires», a expliqué Aïmene Benabderrahmane lors d’une plénière consacrée aux réponses du gouvernement aux questions des députés. Une manière à lui de dire que le système des subventions généralisées a profité aussi bien aux classes sociales aisées qu’à une catégorie d’opérateurs économiques qui, plutôt que de participer à l’émergence d’activités de haute valeur ajoutée, ont investi essentiellement dans les créneaux qui captent les subventions de l’Etat. Pour le moment, exception faite de ces propos qui font part de l’intention de l’Etat de remettre en cause le dispositif de soutien généralisé aux prix, on ne sait pas encore comment le gouvernement compte s’y prendre. D’autant plus que le soutien des prix des produits énergétiques accapare l’essentiel des subventions de l’Etat et qu’une remise en cause de ce système entraîne forcément une inflation et un impact, et non des moindres, sur le pouvoir d’achat des petites et moyennes bourses. Selon une étude réalisée en 2016 par l’ancien ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, sur un coût global de 27,7 milliards de dollars des subventions, les produits énergétiques (carburants, électricité et gaz) captent 15,3 milliards de dollars, contre 4,5 milliards de dollars de subventions aux familles et produits de base, 4,7 milliards d’aides directes au secteur de l’habitat et 3,2 milliards de dollars au secteur de la santé. La grande question qui demeure sans réponse, est-ce que le gouvernement osera lever le pied sur ses subventions aux produits énergétiques, dont les prix contribuent à calculer le taux d’inflation ? En tout état de cause, le Premier ministre a souligné, hier, que la valeur des transferts sociaux au titre de l’exercice 2022 s’élèvera à 1.942 milliards de dinars, soit 8,4% du produit intérieur brut (PIB), avec une baisse de 19% par rapport aux prévisions de la loi de Finances complémentaire (LFC) 2021.