Le nouveau gouvernement annoncé par le chef de l’Etat est en place depuis hier. Avant son installation même, on savait que cette nouvelle équipe exécutive allait être balisée par le point le plus important du calendrier politique qu’il a choisi de suivre : la dissolution du Parlement et l’organisation d’une élection législative anticipée aux alentours de juin prochain ou dans un délai qui, en cas de contraintes imprévues, ne devrait pas dépasser l’été 2021.

Qu’il s’agisse de trois mois ou d’un semestre, il n’est pas envisageable pour un gouvernement totalement renouvelé de mener dans un temps si court et si handicapant des réformes en chantier depuis des décennies. Le calendrier électoral annoncé par M. Tebboune ne le permet pas. Face à la proche perspective du changement parlementaire programmé, le sursis politique est très court. Il impose comme seule option possible celle d’un exécutif remanié.
Jusqu’au vote anticipé annoncé, il s’agissait donc de maintenir en poste les ministres qui sont détenteurs de portefeuilles dits de «souveraineté» ou de la «garde politique» du gouvernement à l’exemple des responsables de l’intérieur, de la justice ou de la communication et porte-parole du gouvernement Ammar Belhimer, qui est à chaque fois monté au créneau lorsqu’il s’agissait de défendre la démarche de l’Exécutif et jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.
Il s’agissait de garder aussi les ministres dont le bilan est apparu plus ou moins rassurant et de libérer ceux qui étaient exposés à la critique comme l’ex-ministre de l’Industrie Ferhat Ait Ali, remplacé par Mohamed Bacha qui devra faire face à un tissu entrepreneurial public et privé en plein marasme ; ou englué dans une gestion alourdie par les aléas naturels comme l’ancien patron des ressources en eau, Arezki Berraki déjà confronté à de sérieuses alertes dans l’Algérois durant l’été dernier et à travers la série de limogeages qu’il a opérée au sein de la SEAAL après l’interruption de l’approvisionnement en eau de plusieurs agglomérations.
Parmi les sortants, certains susciteront pendant des jours encore des questions sur les motivations qui ont conduit à leur remerciement comme le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar dont la destitution a étonné jusqu’à ses anciens collègues du gouvernement. Dans un registre moindre, parce qu’il était délégué auprès du Premier ministère, l’ex-ministre chargé de la prospective Cherif Belmihoub qui semble avoir fait les frais de son franc-parler à l’occasion de la publication du «plan de relance économique» qu’il a piloté, en disant que l’Algérie a cessé d’être un pays pétrolier et que la mauvaise santé de son économie, dont l’état est aggravé par une absence de statistiques sérieuses, est devenue source d’insécurité grave.
En revanche, il est des ex-ministres dont le catapultage n’est même pas un évènement tellement ils avaient disparu des radars comme l’ex-ministre de l’Environnement, Mme Benharrat, ou l’ex-secrétaire d’Etat à l’industrie cinématographique, M. Sehairi. Dans le lot des miraculés cependant à l’exemple de la ministre de la Solidarité, M. Krikou, qui n’a pas semblé avoir correctement mobilisé ses cadres pour intervenir sur des dossiers pourtant très sensibles : Aussi bien pour l’assistance des populations vulnérables davantage affaiblies par la pandémie que pour celles qui habitent les «zones d’ombre», la ministre s’est montrée très en retrait, voire dépassée. Et c’est le département de l’Intérieur et des Collectivités locales que les Algériens ont davantage vu sur le terrain.

Bons points pour la santé et les affaires étrangères
Parmi les ministres qui restent en poste pour un réel bilan, ceux s’occupant de la santé et du médicament. Le ministre de la santé publique, de la population et de la réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, garde son portefeuille et poursuit donc le plan anti-Covid du gouvernement.
En dépit des critiques et des reproches, parfaitement recevables pour certains, ce plan a permis à l’Algérie de s’en sortir plutôt bien. En comparaison avec ceux affichés par d’autres pays pourtant nettement mieux pourvus, le taux de létalité déploré dans notre pays est resté faible. Il est apparu significatif de la résilience de notre système de santé et de sa capacité, malgré ses fragilités, à faire face au choc pandémique avec des équipes surchargées et un baril à 40 dollars.
Pour sa part, le ministre de l’Industrie pharmaceutique s’est montré d’une combativité qui n’a échappé à personne compte tenu du dossier qu’il a entre les mains et de ses enjeux vitaux. En une année, Lotfi Benbahmed s’attelle à réorganiser l’industrie et le marché pharmaceutique national, en les dotant d’un arsenal juridique adéquat et orienté vers l’assainissement, l’intégration et la production nationale. Le dernier exemple en date est le coup réussi d’obtenir la coopération russe dans la fabrication du vaccin anti Covid russe Spoutnik 5.
En dehors de la santé, le maintien de Sabri Boukadoum à la tête de la diplomatie parait comme une évidence. Ce ministre à la bouille sympathique a reçu les félicitations personnelles du chef de l’Etat lorsque ce dernier a fait observer le «retour de diplomatie algérienne» sur la scène internationale.
Depuis mars 2019, date à laquelle il a été rappelé de New York pour occuper le poste de ministre des Affaires étrangères, M. Boukadoum a semblé bien manager son parcours en dépit du changement de leadership au gouvernement et à la présidence de la République. Il a surtout réussi à soutenir le processus politique au Mali en multipliant les déplacements à Bamako et à relancer, le 11 février à Kidal, le comité de suivi l’Accord d’Alger de 2015.
Côté économique, le maintien du ministre des Finances se justifie par le souci de la continuité à gérer une situation économique très compliquée avec un responsable qui a lancé des réformes qu’il s’agit de poursuivre sur le plan bancaire et sur celui du soutien aux entreprises et aux opérateurs économiques, avec un assouplissement annoncé de la politique des crédits.