Faute de majorité parlementaire à l’Assemblée populaire nationale, Abdelmadjid Tebboune doit choisir entre la reconduction de son Premier ministre sortant, membre du FLN gagnant, ou lui préférer un remplaçant à la tête du prochain gouvernement dans un contexte de crise économique aiguë qu’il s’agit d’atténuer en attendant une relance poussive, selon le CNESE.

Par Khaled Remouche
Les résultats des législatives annoncées mardi denier éclairent en partie sur les choix du Chef de l’Etat en matière de gouvernance du pays. Premier constat, une majorité parlementaire n’a pas émergée de ces élections. Du coup, suivant les dispositions de la nouvelle Constitution, est écartée la désignation d’un chef de gouvernement et d’un plan d’action issus de cette majorité parlementaire. De ce fait, le Président de la République aura de larges marges de manœuvre pour désigner son Premier ministre. Il aura la latitude de reconduire Abdelaziz Djerad ou de désigner un autre Premier ministre qui aurait les faveurs d’une alliance présidentielle, constituée pour soutenir le programme présidentiel.
Cette alliance présidentielle serait formée vraisemblablement du FLN, du RND, des indépendants, d’El Moustakbel et des partis islamistes Bina et/ou MSP. Le chef de l’Etat pourrait reconduire ses hommes ou de nouvelles têtes qui lui sont fidèles aux postes de souveraineté et confier des postes moins importants aux partis de cette néo-alliance présidentielle. Il pourrait également tenir compte des résultats des législatives et pourvoir à des postes importants à des personnalités des partis qui ont remporté le plus grand nombre de voix lors de ces élections. On n’en est pas encore là. Les résultats des législatives 2021 doivent être confirmés par le Conseil constitutionnel. Une fois connus et confirmés, il sera question de la constitution d’une alliance présidentielle autour du programme du chef de l’Etat. Les probabilités pour que se constitue une coalition forte de partis formant une solide opposition au Parlement semblent fort minces. Avec le boycott des principaux partis de l’opposition, FFS, RCD, Parti des travailleurs, la composition du nouveau Parlement sera caractérisée par une atomisation des représentants de partis hors alliance présidentielle.
La composante du nouveau Parlement qui part déjà avec un gros handicap, son manque de légitimité, puisque plus de deux-tiers des électeurs n’ont pas voté, une forte concentration de députés de l’alliance présidentielle n’est pas sans conséquences sur la crédibilité de la nouvelle APN et sur sa capacité à remplir ses missions fondamentales, à savoir contrôler l’action du gouvernement et amender de manière adéquate les lois. Des observateurs craignent que le scénario d’une nouvelle chambre d’enregistrement se reproduire. D’autant que des projets de loi importants seront sur la table de l’APN, comme le projet de loi de finances avec comme toile de fond, probablement, la suppression des subventions. Les indépendants pourraient jouer le rôle d’opposition, voire de contrepouvoir et de véritable force de propositions dans le règlement des problèmes quotidiens que vivent les citoyens. Mais si ce groupe compte contribuer à former une alliance présidentielle, nous nous éloignons du changement attendu en matière de gouvernance du pays.
Concernant le gouvernement, l’opinion publique saura, dans les prochains jours, voire fin juin-début juillet, si Abdelaziz Djerrad sera reconduit ou si un nouveau Premier ministre sera désigné. Ce qu’introduit la nouvelle Constitution, c’est ce souci du temps. Si dans un mois maximum, le Premier ministre n’arrive pas à former son gouvernement, le chef de l’Etat désigne un nouveau Premier ministre. En d’autres termes, l’Etat sera occupé avec l’installation du Parlement, la reconduction ou la nomination du Premier ministre, la formation d’un nouveau gouvernement et l’élaboration d’un nouveau plan d’actions du gouvernement et les arbitrages dans l’élaboration de la loi de finances 2022.
La question est de savoir si ce souci de temps sera cette fois le crédo de nos gouvernants. Il ne faut pas oublier que beaucoup de temps a été perdu précédemment dans le choix du Premier ministre, dans la formation du gouvernement et dans l’élaboration du plan d’actions de l’Exécutif. Or, le temps joue contre nous. Il s’agit de faire redémarrer au plus vite notre économie nationale à la faveur d’une avancée rapide de la campagne de vaccination anti-covid et des conditions favorables à la reprise de l’activité à travers la prise en charge des difficultés des entreprises impactées par les effets de la crise sanitaire. Sans quoi, nous assisterons à une aggravation de la situation sociale.