Les autorités expliquent cette flambée des prix de la viande blanche par la baisse de l’offre par rapport à la forte demande. Mais des spécialistes du marché pointent du doigt l’insuffisante régulation, donc de maîtrise du marché et la désorganisation d’une filière où l’informel est prédominant.

Le poulet, l’escalope de poulet et de dinde connaissent ces jours-ci une flambée des prix sur nos marchés. Pour vérifier l’ampleur de cette hausse, nous nous sommes rendus dans plusieurs commerces de la capitale. Les clients étaient étonnés de voir que les prix de ce produit, l’un des plus prisés au cours du mois de Ramadhan, affichaient des niveaux insoutenables pour les ménages à faibles revenus. Le poulet était cédé hier à 370 dinars le kilogramme contre 220 dinars, les deux premières semaines du mois de jeûne, soit une hausse de près de 70%. L’escalope était à 700 dinars le kilogramme contre 450 dinars auparavant, soit presque le même niveau de hausse. Il faut savoir que dans certains marchés de la capitale, l’escalope a atteint même le prix d’environ 350 dinars le kilogramme ce mois de Ramadhan, ce qui donne une image de l’importante marge bénéficiaire dégagée par des commerçants de gros et de détail au cours de ce mois. Cette situation montre une nouvelle fois l’absence de maîtrise du secteur du commerce sur le marché de distribution des produits de large consommation. Si la stabilité des prix des fruits et légumes est observée durant cette semaine de Ramadan, ce qui est un point positif, en revanche pour la viande blanche et la viande rouge, les prix ont connu une hausse en dépit des assurances du ministre du Commerce. Pour le premier produit, la hausse est d’autant plus inacceptable que les autorités du commerce ont prévu de stocker l’excédent de production enregistrée le premier trimestre et de l’injecter sur le marché à des prix abordables durant le mois de Ramadhan. Les explications du PDG de l’Onab montrent une défaillance dans la régulation du marché de la viande blanche. «Il y a eu un excédent de l’offre par rapport à la demande en janvier, février et mars au point que le prix du poulet est descendu à moins de 200 dinars le kilogramme. Les opérateurs ont importé 8 millions de poussins, soit bien au-delà de nos besoins d’importation. Nous avons acheté cette production excédentaire pour la stocker et la revendre au cours du mois de Ramadhan. Avec la pandémie Covid-19, les petits éleveurs de volaille ont arrêté leurs activités. Une décision motivée par la baisse de la demande sur le marché due à la fermeture des restaurants et fast-food. Cela a entraîné une baisse de l’offre par rapport à la demande en forte hausse durant le Ramadhan. Nous allons déstocker des dizaines de milliers de quintaux de poulet et l’injecter sur le marché. Ces opérations de déstockage auront un effet sur les prix après la fin du Ramadhan. Le PDG de l’Onab a ajouté que le chantier d’organisation de la filière avicole sera lancé à l’automne et qu’une prime de 2 500 dinars par quintal sera attribuée aux producteurs d’aliments du bétail et de la volaille pour réduire les importations de ces matières qui représentent jusqu’ici une facture salée. Le ministère du Commerce, a-t-il ajouté, a décidé de n’autoriser les importations des poussins qu’en fonction des besoins du marché. En somme, on peut se demander dans la mesure où cette situation était suivie par l’Onab pourquoi n’a-t-il pas anticipé cette hausse et injecté ces quantités avant que cette flambée des prix ne se produise ? On peut se demander pourquoi les ministères de l’Agriculture et du Commerce n’ont pas réagi rapidement face à cette flambée des prix du poulet. L’autre interrogation est pourquoi le plafonnement des marges bénéficiaires pour protéger le pouvoir d’achat des ménages, revendiqué par les associations de consommateurs, n’est pas retenu par le gouvernement Djerad en cette situation exceptionnelle marquée par la pandémie Coronavirus où nombre de ménages ont subi une baisse de leurs revenus en raison des effets du confinement ? Aujourd’hui, le poulet comme le lait sont stratégiques dans la mesure où ils contribuent à l’immunité des Algériens face au coronavirus. L’un aujourd’hui connaît une flambée des prix, l’autre n’est pas disponible pour de nombreux citoyens en raison de difficultés persistantes de distribution !