C’est avec des rêves pleins la tête que des centaines de bacheliers (mention très bien) arrivent sur les bancs des universités en filière pharmacie, mais, très vite, la réalité des études les rattrape.

Condition d’études modestes, aspect pratique insuffisant, favoritisme… Les étudiants n’ont pas trouvé d’autres choix que de recourir à la grève dans les différents campus. Un petit tour dans certains établissements universitaires a démontré que les étudiants se sont improvisés syndicalistes et tentent tant bien que mal à faire entendre leurs voix. Leurs méthodes sont modernes, «flash mob», rassemblement avec chorégraphie, protestation sur Internet, mais leur discours reste loin de toute politisation et refusent même l’appellation de « syndicalistes». Depuis deux mois, les étudiants des facultés de la filière pharmacie des universités du pays ont entamé une grève illimitée avec pour objectif de faire pression sur les autorités concernées et dénoncer les multiples problèmes que connaît leur spécialité. Selon les étudiants que nous avons rencontrés, ce mouvement de protestation a été initié pour inciter la tutelle à trouver des solutions efficaces à leurs problèmes.

 

Des problèmes récurrents…
A la fac centrale, université d’Alger 1 Benyoucef-Benkheda, nous n’avons rencontré aucun des délégués ou leaders de la grève. Nous avons discuté avec des étudiants qui se regroupent par dizaines dans la cour de leur université et c’est avec beaucoup de colère que ces étudiants, qui entament leur cursus, s’expriment, surtout que la veille beaucoup de leurs camarades ont été arrêtés par la police, pour les empêcher de tenir un sit-in. «Depuis le début de cette grève, j’ai l’impression que nous sommes des criminels », s’exclame d’emblée Aïda, étudiante en 2e année. Elle nous explique que depuis plusieurs années, les étudiants en pharmacie essaient de se faire entendre sans passer par la grève, mais « à chaque fois, nous n’avons que des promesses du ministère de l’Enseignement supérieur », dit-elle. Les « grévistes » revendiquent la révision à la hausse du nombre de postes de résidanat avec en priorité les étudiants spécialistes, la création de nouvelles spécialités, telle que la pharmacie industrielle. Ils demandent également d’adapter le nombre de places pédagogiques au sein des facultés aux besoins du marché du travail, comme nous l’a expliqué notre interlocutrice. «On ne comprend pas pourquoi autant de places pédagogiques sont ouvertes aux jeunes bacheliers si, au final, la plupart d’entre eux sont au chômage», s’est-elle interrogée. Hamza, étudiant en 5e année, dénonce pour sa part le fait que les officines ne recrutent pas les diplômés en pharmacie, mais des vendeurs, formés à tout-va dans des écoles privées pour des périodes qui ne dépassent pas les six mois. C’est pour cela, dit-il, «que nous demandons la création du statut de pharmacien assistant et l’obligation pour les pharmacies d’officine de recruter des diplômés». Depuis des mois, sinon des années, les étudiants en pharmacie appellent à sauver leur filière du « naufrage ». Ces revendications ont d’ailleurs été à l’ordre du jour lors d’une première grève en 2011. Année qui avait connu une forte mobilisation estudiantine toutes filières confondues. Il y a six ans, les étudiants en pharmacie sont sortis avec une petite victoire, puisque, comme nous l’explique un étudiant de 6e année, qui était aussi présent lors des grèves de 2011, «le diplôme a été actualisé pour devenir doctorat. Après, ils ont ajouté certains TPS et quelques modules pour meubler nos cours, mais rien de vraiment spectaculaire ni de concret».

 

Pas d’union pour le moment
Après deux mois de grève, les étudiants rencontrés ne peuvent expliquer clairement leur stratégie de lutte, et pour cause, il n’y en existe pas réellement. Seul mot d’ordre, obtenir des solutions aux revendications. «L’étudiant porte à lui seul toutes les revendications qui devraient se faire à tous les niveaux», explique un étudiant. Avant de poursuivre : «Les belligérants sont nombreux ; ministère de la Santé, celui de l’Enseignement supérieur, rectorat de la faculté de médecine et différentes administrations des départements en grève à travers l’Algérie». «La pharmacie est à elle seule un vaste chantier. Je ne crois pas que les étudiants en pharmacie auront la force ni la volonté d’élargir le front mais il y a une synchronisation avec le domaine biomédical », conclut notre interlocuteur. Il y a lieu de rappeler que des représentants des grévistes ont été reçus la semaine dernière par le député FLN, Mustapha Khiliche, président de la Commission de la recherche scientifique de l’APN, qui s’est engagé à transmettre leurs exigences et revendications à tous les responsables concernés, à commencer par le Premier ministre, le ministre de la Santé, celui de l’Industrie ainsi que celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et ce, dans l’objectif de dénouer les choses et de trouver des solutions aux étudiants.