Par Sihem Bounabi
Le collectif de défense de l’ancien député Nordine Aït Hamouda a fait appel, hier 29 juin, de l’ordonnance de placement en détention provisoire de son client prononcée par le juge d’instruction du Tribunal de Sidi M’hamed, dimanche dernier. Nordine Aït Hamouda est poursuivi pour «atteinte aux symboles de l’Etat et de la Révolution», «atteinte à un ancien président de la République», «atteinte à l’unité nationale», «incitation à la haine et discrimination raciale», selon le CNLD.
La chambre d’accusation près la Cour d’Alger devra se prononcer sur les requêtes de la défense du collectif visant à informer son client des procédures de mise en liberté́ provisoire jusqu’à sa comparution devant le tribunal.
Nordine Aït Hamouda, fils du colonel Amirouche, a été arrêté samedi dernier dans la localité de Tichy à de Béjaïa après avoir donné une conférence. Il a été présenté, le lendemain, devant le juge d’instruction près le Tribunal de Sidi M’hamed à Alger. Son arrestation fait suite à une plainte déposée par un groupe de sept avocats. Construite sur l’article 80 de la Constitution qui évoque «l’atteinte aux symboles de la nation et de la révolution», ainsi que les articles 52 et 66 de la loi 99-07 sur le moudjahid et le chahid. La plainte est basée aussi sur l’article 87 du code pénal concernant la diffamation et l’article 144 bis du code pénal qui parle «de l’offense au président de la République».
Pour rappel, cette plainte a été déposée suite à la diffusion d’une interview de l’ancien député du RCD, le 17 juin dernier sur la chaîne privé El Hayat TV, où il a accusé des personnalités historiques dont l’émir Abdelkader, l’ancien président Houari Boumediène et Messali El Hadj de «trahison».
Il avait ainsi déclaré, à propos de l’émir Abdelkader que «tous les auteurs français le qualifient d’ami de la France. Tout le monde sait que l’émir Abdelkader s’est rendu à la France. Tous ses enfants, ses petits-enfants et sa veuve ont reçu des pensions de la part de l’Etat français». Il a notamment cité le Traité de Tafna qu’il a également considéré de «trahison» estimant qu’«il a tout simplement remis l’Algérie à la France. Or, l’Algérie n’était pas son bien personnel». Lors de son intervention sur la chaîne El Hayat TV, Nordine Aït Hamouda, fils du colonel Amirouche, a notamment déclaré concernant l’ancien président Houari Boumediène «s’il y a un mot plus fort que traître, donne-le-moi, car Houari Boumediène est pire qu’un traître, je ne trouve pas de mots pour le qualifier».
Ses déclarations ont vite fait de provoquer une vive polémique sur les réseaux sociaux. En conséquence, la chaîne Al Hayat a été suspendue pendant une semaine par le ministère de la Communication sur l’initiative de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav). L’arrestation de Nordine Aït Hamouda a, pour sa part, suscité la consternation et a été qualifiée de «nouveau dérapage» par le président du RCD, Mohcine Belabbas. Quant au sociologue Lahouari Addi qui, tout en désapprouvant les accusations de Nordine Aït Hamouda contre les figures de l’histoire du pays, a dénoncé son arrestation en estimant que «le citoyen Nordine Aït Hamouda a le droit de donner publiquement son point de vue négatif sur des personnalités du récit national. C’est aux historiens et à l’opinion publique diverse de lui répondre et non au juge de le condamner».