La chambre d’accusation près la Cour d’Alger a prononcé, hier, la décision portant libération de Nordine Aït Hamouda, ancien député et fils du chahid colonel Amirouche, mis en détention provisoire depuis deux mois suite à ses déclarations sur la Chaîne Al Hayat dans lesquelles il s’est attaqué à l’Emir Abdelkader et d’autres noms de l’histoire du pays, à savoir Messali Hadj et Houari Boumediene.

Par NAZIM B.
Cette libération fait suite à l’appel déposé par le collectif de défense de l’accusé en date du 29 juin. La chambre d’accusation près la Cour d’Alger avait rejeté une première fois, faut-il le souligner, la demande de liberté provisoire introduite par les avocats de Nordine Aït Hamouda. C’était le 17 juillet dernier.
Nordine Aït Hamouda, deux fois député, une première en 1997 au nom du RCD et une seconde, en 2017, sur une liste indépendante, était poursuivi pour «atteinte aux symboles de l’Etat et de la Révolution», «atteinte à un ancien président de la République», «atteinte à l’unité nationale», «incitation à la haine et discrimination raciale».
Arrêté le 26 juin 2012 dans la ville de Béjaïa, il a été présenté le lendemain devant le juge d’instruction près le Tribunal de Sidi M’hamed à Alger qui a décidé sa mise en détention provisoire, une décision mal accueillie dans les milieux politiques de l’opposition démocratique, alors qu’elle a été applaudie parmi les autres courants. Son arrestation fait suite à une plainte déposée par un groupe de sept avocats construite sur l’article 80 de la Constitution qui évoque «l’atteinte aux symboles de la nation et de la révolution», ainsi que les articles 52 et 66 de la loi 99-07 sur le moudjahid et le chahid. La plainte est basée, aussi, sur l’article 87 du code pénal concernant la diffamation et l’article 144 bis du code pénal qui parle «de l’offense au président de la République».
«Tous les auteurs français le qualifient d’ami de la France. Tout le monde sait que l’émir Abdelkader s’est rendu à la France. Tous ses enfants, ses petits-enfants et sa veuve ont reçu des pensions de la part de l’Etat français», a-t-il dit sur le plateau d’El Hayat. Il a notamment cité le traité de la Tafna qu’il a également qualifié de «trahison».
En ce qui concerne l’ancien président Houari Boumediène, il a indiqué à l’adresse de l’animateur de l’émission en question «s’il y a un mot plus fort que traître, donne-le-moi, car Houari Boumediène est pire qu’un traître, je ne trouve pas les mots pour le qualifier».
La vague d’indignation et de colère suscitée par de telles déclarations auprès de pans de la société ont fait réagir l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav) qui a demandé au ministère de la Communication des sanctions contre la chaîne Al Hayat qui a été suspendue d’émission pendant une semaine. L’Arav avait alors convoqué le directeur d’Al Hayat TV auquel il a été signifié que son média fait l’objet d’une sanction d’arrêt d’une semaine, du 23 au 29 juin, soulignant que cette convocation est intervenue «après les réactions nationales exprimées suite aux déclarations injurieuses et à l’atteinte aux symboles nationaux». <

Le PT appelle à amorcer en «urgence un processus d’apaisement»

Le Parti des travailleurs s’est félicité hier dans un communiqué de la libération Nordine Aït Hamouda et appelle en ces «moments difficiles que traverse notre pays à la libération de tous les détenus politiques et d’opinion».
Le parti de Louisa Hanoune estime que «notre peuple qui est meurtri, simultanément et consécutivement, par la tragédie du Covid et des incendies a besoin que le pays revienne à un climat de sérénité pour soigner les blessures et les plaies profondes qu’elles ont laissées, reconstruire ce qu’elles ont détruit».
Pour cela, escompte le parti, la libération du fils du chahid colonel Amirouche «doit annoncer et amorcer en urgence un processus d’apaisement» qui doit commencer par la «libération de tous les détenus politiques et d’opinion, dont les deux responsables politiques Fethi Ghares et Boumedine Hamou, Ali Ghediri et le journaliste Rabah Karèche», a conclu le Secrétariat Bureau politique du PT.