La journée particulière, angoissante et harassante de dimanche dernier vécue par les militants de Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) et d’autres personnes, à l’image de Lakhdar Bouregaâ, devant la Cour d’Alger, où il y avait au programme le procès en appel du président de RAJ Abdelouahab Fersaoui et celui de Brahim Douadji, s’est achevée par une fin heureuse pour les deux détenus qui ont retrouvé leur liberté.

Le verdict n’a été prononcé que tard dans la nuit, dans un procès qui s’est déroulé en mode visioconférence à cause de la pandémie du coronavirus. Des circonstances qui ont même ajourné la sortie de prison des deux détenus au lendemain lundi, en présence de quelques acteurs politiques, à l’image des représentants du Parti des travailleurs (PT) et du FFS, des avocats et d’autres animateurs associatifs, de l’ex-détenu Fodil Boumala et des membres des familles Fersaoui et Daouadji.
En détention provisoire depuis le 10 octobre 2019, Fersaoui a été condamné, en date du 6 avril, par le Tribunal de Sidi M’hamed à 1 an de prison ferme et une amende de 20 000 DA, alors que le Procureur avait requis auparavant 2 ans de prison ferme et une amende de 100 000 DA. En appel, Fersaoui a été condamné à 6 mois de prison ferme, une période qu’il a purgée.
Plus connu que son co-détenu Brahim Daouadji, le président de RAJ, ému à sa sortie de la prison d’El Harrach, où il a dû passer 7 mois, a eu des mots de solidarité avec les autres détenus qui espèrent, eux aussi, leur délivrance.
«En tant que militant, ma liberté ne sera pas totale sans la libération de tous les détenus. Il y a encore de nombreux détenus qui croupissent en prison, on ne doit pas les oublier et nous devons rester mobilisés», a-t-il déclaré sous l’effet de l’émotion. «Notre libération ne doit pas nous détourner du but essentiel que s’est fixé le Hirak, qui est le changement radical du système et la construction d’un Etat de droit et des libertés. On doit rester mobilisés et unis pour parvenir à ce but», a-t-il ajouté. «Oui, il y a la crise du Coronavirus, mais on va la dépasser. On donne rendez-vous au peuple après la fin de cette crise pour parachever le processus de la lutte du mouvement citoyen et populaire pour le changement», a-t-il encore promis.
Non loin de lui, Brahim Daouadji, condamné, lui, à 6 mois de prison avec sursis, a déclaré, que le «fait que des innocents se retrouvent en prison avec les membres de la Issaba signifie que la lutte doit se poursuivre pour un Etat de droit, des libertés et pour un Etat civil».
Dans sa première réaction à ce dénouement, l’association RAJ a rendu hommage au collectif des avocats engagés qui a plaidé la cause du désormais ancien détenu dans un contexte très particulier. RAJ, qui évoque le caractère «arbitraire» qui a conduit Fersaoui et bien d’autres en prison, exprime sa «solidarité» et «réitère son engagement pour arracher la libération» des autres militants et activistes qui «croupissent encore en prison».
La libération de Fersaoui, dont l’implication et l’engagement de l’association qu’il dirige dans le mouvement populaire ne sont plus à démontrer, a été chaleureusement accueillie par les internautes qui ont applaudi à la nouvelle. Une satisfaction qu’ils n’ont pas manqué d’accompagner par des vœux de «contagion» positive pour toucher les autres détenus d’opinion en prison depuis plusieurs mois.
«Fersaoui et Daouadji enfin libres. Un grand soulagement en attendant la libération de tous les autres détenus», a écrit le militant Djamel Zenati, sur son compte facebook. Certains internautes pensent plus particulièrement à Karim Tabbou, dont le procès a été renvoyé au 1er juin prochain. Le procès en question porte sur la première affaire liée à son arrestation le 11 septembre 2019, puis libéré le 25 septembre, pour être arrêté une seconde fois le lendemain. Karim Tabbou a été condamné à une année de prison dont 6 mois avec sursis par le Tribunal de Sidi M’hamed d’Alger puis à un an de prison ferme lors d’un procès en appel qui a défrayé la chronique à la Cour d’Alger le 23 mars.
Le procès de Tabbou suscite d’ores et déjà des interrogations et des espoirs en ce qu’il pourrait constituer une évolution significative dans ce registre et ce qu’il pourrait traduire comme signal d’apaisement tel que réclamé par plusieurs voix politiques. <