Les cas de coronavirus ont enregistré une hausse sur deux jours consécutifs en fin de semaine. Une hausse qui n’est pour le moment pas significative si l’on considère le nombre de cas et la durée, selon les spécialistes, qui mettent toutefois en garde contre le relâchement de la population et appellent à une communication et une sensibilisation plus visibles de la part des pouvoirs publics. Mettant en avant la relative accalmie de la situation épidémique que connaît l’Algérie, ils déclarent souhaiter «ne pas voir cette hausse plus importante», surtout avec la détection des variants qui se sont propagés dans de nouvelles wilayas au courant de la semaine dernière.

PAR INES DALI
Alors qu’elles étaient sous la barre des 100 cas par jour pendant plusieurs jours consécutifs, les contaminations sont reparties à la hausse jeudi et vendredi, avec respectivement 105 nouveaux cas et 2 décès, et 114 cas confirmés et 3 décès. «Je pense que la hausse des cas observée actuellement n’est pas significative. Il faudra attendre encore pour pouvoir conclure», selon le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Il insiste qu’«il faut un peu plus de jours durant lesquels on observe le bilan pour pouvoir conclure. Cette hausse qui fait état de 114 cas (vendredi ndlr) n’est pas significative pour le moment».
Concernant les variants nigérian et britannique qui ont gagné d’autres wilayas comme Tizi Ouzou, Aïn Defla et Béjaïa, il a estimé qu’il faudra savoir s’il s’agit de cas de citoyens algériens ou s’il s’agit de cas de migrants pour comprendre s’il y a propagation et à quelle proportion. «Sinon, il reste que la meilleure façon de s’en prémunir est de respecter les gestes barrières. Dans tous les cas, ce sont les gestes barrières qui permettent de ne pas attraper le Covid-19 ou ses variants», a soutenu Dr Bekkat Berkani. Dans ce registre, le relâchement qui est observé n’est pas pour rassurer, sans que des mesures concrètes soient prises afin d’y mettre fin ou, du moins, de l’atténuer. «Il y a tout de même plusieurs semaines que ce relâchement on le voit partout. Le constat est que les citoyens ne sont pas aussi sensibilisés qu’avant pour leur rappeler que ce sont les mesures de prévention, le respect des protocoles sanitaires qui peuvent les mettre à l’abri d’une contamination au nouveau coronavirus ou l’un de ses variants», a-t-il fait remarquer. Il est observé, en effet, de moins en moins le respect du port du masque et de la distanciation physique, notamment dans les lieux publics et lorsqu’il s’agit d’un nombre important de personnes au même endroit.

«La vaccination n’est pas au niveau souhaité»
A ce propos, le Dr Bekkat Berkani estime que «le rôle des pouvoirs publics est de continuer à sensibiliser et de ne pas lâcher la communication, en particulier pour essayer de contrer l’idée que l’épidémie est derrière nous. Il faut absolument contrer cette idée. Mais là, apparemment, nous sommes en panne de sensibilisation, en panne de vaccins, en panne de discussions… On a confisqué complètement la communication. C’est une gestion qui est pour le moins curieuse de la part des pouvoirs publics, notamment le ministère de la Santé», a commenté notre interlocuteur, soulignant que ce dernier «devrait remettre le paquet (sur la communication), car on n’est pas sorti d’affaire», avant de relever qu’outre la communication, «la vaccination n’est pas au niveau de ce qui est souhaité». La situation épidémique est maitrisée actuellement et «nous avons réussi en première étape en nous isolant, et je parle là des voyages qui nous ont évité un apport extérieur de cette maladie. Mais on devrait rappeler à nos concitoyens que l’épidémie n’est pas derrière nous et que nous devons tous continuer à respecter les gestes barrières», a-t-il encore noté. C’est un rôle qu’il impute aux pouvoirs publics qui doivent «remettre une couche en matière de communication et de sensibilisation à travers les médias, comme la télévision par exemple». Il poursuit en mettant en garde contre l’absence des gestes barrières car «que ce soit lors de rassemblements ou dans les comportements individuels, que ce soit dans une ville ou un village, et ce, dans plusieurs régions du pays, c’est le même comportement qu’on voit : il n’y a pas l’ombre de masque à l’horizon». A la question de savoir si le maintien de la fermeture des frontières continue de «sauver» le pays en termes de nombre de cas, le Dr Bekkat Berkani répond par l’affirmative. «Oui, nous pouvons dire que cela a contribué à ne pas avoir une propagation plus importante du virus. C’est un barrage, même s’il est dommageable pour l’activité en tous genres ou même aux concitoyens», a-t-il affirmé. Il souligne que la fermeture des frontières est «l’une des mesures extrêmes qui nous a sauvés de l’envahissement des cas». Il en veut pour «preuve» ce qui se passe dans «d’autres pays, notamment européens». «Il faut regarder dans quelle situation ils sont actuellement : la situation épidémique est hors de contrôle. Ils font face à une troisième vague qui, si elle venait à apparaître chez nous, on n’aura même pas les moyens d’y faire face, on n’a même pas vacciné suffisamment», a-t-il prévenu.
Hôpitaux : moins de pression et reprise des activités initiales
Ainsi, comme nombre de ses confrères, ce sont encore et toujours les gestes barrières qui continuent d’être préconisés afin d’éviter une situation qui pourrait s’avérer hors de contrôle. L’autre hantise est que les hôpitaux soient de nouveau submergés, alors que les médecins et autres corps de la santé commencent à peine à souffler après une année de pression Covid. La relative accalmie a permis aux nombreux services dans les hôpitaux dont les activités initiales étaient gelées pendant la pandémie de reprendre puisqu’ils reçoivent de moins en moins de malades ces derniers temps. Mais tant que le coronavirus continue de circuler, rien ne doit être considéré comme acquis, selon le Pr Rachid Belhadj, responsable au CHU Mustapha-Bacha, même s’il fait état d’un nombre de malades reçus par jour de l’ordre de quatre ou cinq.
L’autre exemple de reprise des activités est au niveau de l’Etablissement hospitalier spécialisé (EHS) de Bir Mourad Raïs. Le Dr Rym Bourezak, maître assistante en chirurgie cardio-vasculaires qui exerce dans cet EHS, a apporté son témoignage. «Nous n’avons plus de malades Covid depuis le mois de février. On a travaillé comme unité Covid de 2020 jusqu’à la fin février 2021, et la dernière semaine de février nous avons zéro malade» atteint de coronavirus, a-t-elle déclaré à la Radio nationale. Elle s’est réjouie que l’établissement ait pu reprendre ses activités initiales depuis environ trois semaines après un arrêt de plusieurs mois citant, entre autres, l’activité opératoire, tout en mettant en garde contre le relâchement et en appelant, elle aussi, à la plus grande vigilance.