Force est de reconnaître que les mesures annoncées par le Président de la République, lors de son intervention samedi, s’avèrent positives. Elles augurent d’un développement rapide des start-ups dans le pays si les freins bureaucratiques sont levés d’ici à 2021. Dotation de 1,2 milliard de dinars pour le fonds national de développement des start-ups, prise en charge par le fonds de tous les risques liés au financement de ces jeunes entreprises, exonération d’impôts en faveur de ces jeunes pousses, système déclaratif au profit des porteurs de projets innovants, accès au foncier industriel, autant de facilitations destinées à booster le développement des start-ups en Algérie. Plusieurs experts ont réagi à ces annonces. Ils se sont félicités de l’existence d’une ferme volonté politique d’encourager la création d’un tissu important de start-ups à court et moyen termes. Mais tous relèvent qu’on est tout au début du processus. L’écosystème favorisant la multiplication de ces petites entreprises à l’échelon de tout le territoire national reste à construire. Maître Hind Benmiloud, avocate, spécialiste du droit des affaires, qui a aidé à la création de nombreuses de start-ups en Algérie, contactée par Reporters, nuancera cette assertion en soutenant que les personnes qui sont à l’intérieur de l’écosystème ne doivent pas être les mêmes qui ont davantage freiné qu’encourager la création de start-up. Elle appelle à la définition d’une start-up. A la base d’une start-up, une idée innovante ou une idée ancienne développée qui bouleverse le mode de vie ou le mode de consommation d’une société. Selon elle, il faudrait élaborer le statut d’une start-up dont le champ d’activité n’est pas restreint aux TIC mais peut toucher à l’agriculture, l’énergie, les énergies renouvelables, les services, les finances. Elle émet des réserves sur le décret exécutif 20-254 du 15 septembre 2020 portant création du comité national de labelisation des start-ups, des projets innovants et des incubateurs. Ce comité comprend des représentants de différents ministères tel que la Poste et les Télécommunications, l’Agriculture, la Pêche, l’Energie… La labelisation ça n’existe pas et ça ne doit pas exister. C’est donner à des administratifs le pouvoir de donner le statut de start-up à une jeune entreprise et de donner l’occasion au retour aux pratiques bureaucratiques et donc de lier le sort d’une entreprise à la tenue d’une réunion d’administratifs qui peuvent ne pas se mettre d’accord sur la date de la réunion. « En principe, une start-up dans les pays évolués dans ce domaine peut se créer en 24 heures », a-t-elle souligné. La spécialiste rappelle qu’il existait déjà un fonds de financement des micro-entreprises et des start-up appelé Fautic et dont l’argent n’a pas été consommé. Elle se demande pourquoi l’argent qui n’a pas été consommé n’est pas reversé à ce nouveau fonds appelé Algeria Start-up Fund. Elle avertit que si ce sont les mêmes personnes qui vont gérer ce fonds ou si ce sont des administratifs qui n’ont aucune connaissance du fonctionnement d’une start-up qui sont à la tête de ce fonds, il est clair que cet instrument va être un frein plutôt qu’un facilitateur ». Autre handicap, le droit d’enregistrement à l’international, relève l’avocate. Le ministre délégué chargé de l’Economie de la connaissance et des start-ups avait, dans un entretien à l’APS, affirmé que l’objectif est de créer des start-ups pionnières aptes à commercialiser leurs produits partout dans le monde en permettant aux jeunes innovants de bénéficier des mêmes mécanismes de financement que dans les pays développés. Des start-ups, a-t-elle ajouté, n’ont pas pu s’enregistrer à l’international à cause de la rigidité de la législation algérienne. D’autres spécialistes ont relevé l’absence d’un nombre suffisant d’incubateurs et des insuffisances dans l’accompagnement et le coaching. « L’accompagnement et le coaching sont très importants dans la réussite et le développement d’une start-up », ont-ils souligné. <