Une politique plus volontariste en matière de substitution aux importations, l’amélioration effective du climat des affaires et le développement soutenu des exportations hors hydrocarbures et des investissements directs étrangers figurent parmi les principaux leviers préconisés par plusieurs experts pour sortir de la crise financière, alors que les risques d’une extinction rapide de nos réserves en devises ne sont pas encore écartés.

Par Khaled Remouche
Sonatrach vient d’annoncer que les exportations de gaz sont en hausse de plus de 100% au premier trimestre 2021. Durant cette période, les prix du pétrole sont restés au-dessus de 60 dollars et tournent actuellement autour de 65 dollars. Tout cela augure, si une telle tendance se poursuit, une augmentation des exportations hydrocarbures entre 5 et 10 milliards de dollars. Si tout se passe bien d’ici à la fin de l’année, il est probable que les recettes d’exportations du pays pourraient atteindre le niveau de l’année 2019, soit environ 33 milliards de dollars. Cela est d’autant plus possible que deux facteurs jouent en faveur de cette hypothèse, l’augmentation des volumes d’exportation d’hydrocarbures prévue par Sonatrach en 2021 et le prix du pétrole qui, actuellement, se situe autour de 65 dollars. Tout cela va sans doute faire baisser les pressions sur les réserves en devises qui se situent à environ 40 milliards de dollars et diminuer leur rythme de fonte. Selon un économiste, la fonte serait de l’ordre de 12 à 15 milliards de dollars dans cette situation de hausse des prix du pétrole au lieu d’une moyenne de 20 milliards de dollars/an ces dernières années. Et donc fausser les projections des spécialistes en économie, qui prédisaient l’extinction des réserves de change en 2021-2022. Mais ce n’est que partie remise si le statu quo en matière de réformes demeure d’ici à 2023. Cette pression sur les réserves de change persiste donc. Le FMI estime à cet égard un prix du baril de 87 dollars pour équilibrer la balance des paiements.
L’autre variable qu’il convient de garder à l’esprit est le rythme des importations. Actuellement, les importations sont bridées par des mesures administratives qui ne règlent pas le fond du problème, c’est-à-dire l’extraversion poussée de notre économie nationale s’agissant de la couverture de nos besoins en matières premières, demi-produits et biens destinés à la revente en l’état. Le maintien de la pression sur les réserves en devises sera, au demeurant, intact si ne s’accélère pas la politique de substitution aux importations. Tout investissement, tout projet d’investissement qui entre dans ce cadre devrait en principe bénéficier de l’appui au plus haut niveau de l’Etat. «J’irai jusqu’à proposer zéro impôt», lance un économiste qui a requis l’anonymat. Tant la plus-value d’une telle décision contribuerait à diminuer de façon sensible nos importations de marchandises. Nos importations de services sont également bridées par la baisse des projets nets et le report d’investissements lourds dans le secteur pétrolier et le secteur du BTPH. La véritable solution consiste à regrouper et renforcer les capacités locales d’études et d’ingénierie, pour baisser de façon sensible ces importations.
Quant aux projets qui permettent cette substitution aux importations, ils connaissent soit un retard dans leur lancement soit un report en raison d’un manque de financement. Tel est le cas des projets de sidérurgie, d’aciers plats, de sous-traitance qui permettent, en cas d’appui et de suivi plus soutenus en un temps moins long, de réduire la facture importations et donc de freiner la fonte des réserves en devises. Imaginez l’apport de la sidérurgie à l’industrie nationale et à la croissance des exportations ; ce secteur permettra de fournir la matière première actuellement importée à l’industrie plastique, des peintures, l’automobile. La fabrication des aciers plats est projetée par plusieurs acteurs du secteur sidérurgique. L’Etat devrait encourager ces opérateurs à aller plus vite dans la concrétisation de leurs projets. Outre l’automobile, c’est toute la filière électroménager qui devrait bénéficier de l’apport du développement de la pétrochimie, c’est-à-dire pouvoir intégrer à un degré plus important la production. Ces investissements sont donc stratégiques pour le pays. Ils ne bénéficient pas pour autant de toute la sollicitude de l’Etat. Quant au développement des exportations hors hydrocarbures, des freins bureaucratiques et réglementaires ne sont toujours pas levés. Cela suppose pour la substitution effective aux importations et la croissance des exportations hors hydrocarbures l’amélioration du climat des affaires. Idem pour les IDE. Cette variable influe également sur le niveau de nos réserves en devises. Plus intégré, notre appareil économique en deux, trois ans peut permettre d’équilibrer la balance des paiements et donc d’éviter le recours au FMI et à ses conditionnalités douloureuses. <