Le lait en sachet pasteurisé (LSP) subventionné continue de faire couler beaucoup d’encre. Et pour cause, la tension observée sur ce produit de large consommation en divers points de distribution à Alger notamment. C’est à croire que toutes les mesures prises jusqu’ici par les deux ministères concernés, Commerce et Agriculture, n’ont servi à rien, puisque l’état des lieux est le même. Dès lors deux questions s’imposent: où réside le (ou les) maillon faible (s) dans le circuit de la production-distribution ? Et comment y remédier ?
De prime abord, il y a lieu de souligner que la dernière initiative en date pour tenter de faire disparaître les récurrentes tensions sur le LSP nous vient du ministre de l’Agriculture et du Développement rural Abdelhamid Hamdani qui, lors de son audition à l’APN en décembre dernier, s’était évertué à exposer sa vision sur la problématique. Jugeant que le maillon faible réside en amont, c’est-à-dire au niveau de la production du LSP. De ce fait, le ministre de l’Agriculture avait annoncé aux députés qui l’ont interpellé que des mesures d’urgence ont été prises par les pouvoirs publics. Lesquelles consistent pour l’essentiel par un renforcement de l’approvisionnement des laiteries publique et privée (15 et 102) en poudre de lait. Autrement dit, l’Office national interprofessionnel du lait et des produits laitiers (Onil) a été chargé de livrer la poudre de lait en quantités considérables les unités de transformation réparties sur le territoire national. «L’objectif étant d’accroître la production et par ricochet satisfaire les besoins du marché de la consommation de manière continue et non plus sporadiquement», avait-il affirmé.
Depuis, c’est le contraire qui s’est produit sur le terrain de la distribution. Pis encore, la tension sur le produit est montée d’un cran au point où des quartiers entiers des centres urbains dans tout le pays se sont retrouvés privés de lait en sachet des semaines entières, alors que du côté des grandes laiteries publiques on ne cessait d’affirmer par la voie de leurs responsables qu’à aucun moment il y a rupture de la production, car disposant de stocks suffisants de poudre de lait. Le responsable commercial de Giplait, que Reporters a approché, affirme que «les chaînes de production tournent à plein régime, ce qui réduit le temps d’attente des livreurs». Mais pourquoi alors ces perturbations surle terrain de la commercialisation ? Notre locuteur se limitera à dire : «Notre mission est de produire, au-delà cela ne relève pas de notre responsabilité.» Après quoi Reporters a cru utile, dans le but de déterminer les parts de responsabilité dans cette crise du LSP, de contacter le président de
Pour la Fédération nationale des collecteurs de lait en sachet auprès des laiteries, Amine Bellour, contacté par Reporters, il nous révèlera que «si Giplait maintient sa cadence de ces deux dernières années, le gros de la troupe des collecteurs a fini par abandonner cette activité». Arguant comme raison principale que «parfois nous restons des heures entières à attendre de pouvoir remplir nos camions de caisses de lait. La marge bénéficiaire est des plus maigres, soit 0,50 DA par sachet de lait livré au détaillant, à comparer aux heures de travail que nous y avons consacrées». Le président des collecteurs nous rappelle dans la foulée : «C’est d’ailleurs notre principale revendication que nous avons transmise au ministère du Commerce qui nous promet à chacune de nos rencontres qu’il se penchait sur la question de revoir à la hausse notre marge bénéficiaire. Mais, depuis, aucune décision dans ce sens et donc, résultat des courses, ne voyant rien venir beaucoup d’entre nous se sont reconvertis dans d’autres activités.» Il déplore également que des intrus se soient mis à fréquenter les laiteries pour tirer profit du déficit en livreur «travaillant de mèche avec des patrons de commerce au détail. La combine étant qu’à chaque livraison d’une quantité importante de lait le livreur se voit remettre par le détaillant un rajout considérable de bénéfice. Et le tour est joué. Une combine qui est à l’origine du dysfonctionnements dans le circuit de la commercialisation.» On comprend donc pourquoi certains commerces au détail sont livrés de façon plus ou moins régulière, alors que d’autres sont boudés par les livreurs. «De ce constat, de nombreux commerçants ont carrément décidé de ne plus vendre de lait en sachet tant les livraisons se faisaient de plus en plus rares, et quand cela arrive, c’est la cohue de la clientèle avec en prime de très faibles revenus», nous ont avoué plusieurs commerçants.
Pour revenir à l’amont, c’est un secret de Polichinelle que des laiteries privées sont accusées de détourner la poudre de lait en l’état vers les producteurs de dérivés de lait tirant ainsi des dividendes intéressants du fait qu’elle est revendue au prix du marché informel.
En définitive, on comprend le pourquoi la tension sur le lait en sachet persiste. De nombreux observateurs estiment que les solutions pour en finir avec cette tension existent. Il s’agit dans un premier temps de relever la marge bénéficiaire des collecteurs afin de rendre plus régulière la distribution et sa fluidité auprès des vendeurs au détail. Dans un second temps, suspendre la subvention de la poudre de lait tout en maintenant le prix actuel du lait. Autant de propositions qui méritent réflexion. Du pain sur la planche pour les autorités concernées. <