Après plusieurs semaines d’impact positif sur le marché pétrolier, l’accord de réduction conclu entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires, le 12 avril, dans la cadre de l’Opep+, s’est trouvé sérieusement menacé en octobre par le retour en force de la pandémie de Covid-19 qui a imposé des mesures sanitaires encore plus sévères que celles mises en place dans le monde lors de la première vague de contaminations, au printemps dernier.
Certes, l’or noir a réussi à rebondir dès l’entame du mois de novembre, mais la tendance haussière des prix s’est accélérée notamment depuis l’annonce de vaccins aux tests prometteurs, faut-il le souligner. Ces annonces, faites depuis deux semaines par des laboratoires pharmaceutiques de renommée mondiale, et la programmation des premières campagnes de vaccination massives pour décembre ont réussi à faire renaître l’espoir d’un relèvement de la demande mondiale de brut et, partant, à doper les prix jusqu’à les faire remonter au-dessus des 48 dollars le baril, des niveaux qu’ils n’avaient plus atteints depuis le début mars, c’est-à-dire depuis près de neuf mois. Autrement chiffré, ce sont 25% de profits qui ont été réalisés par les cours durant le mois qui s’achève. Une évolution qui a été également bien accueillie par l’Opep. Cependant, la vigilance reste de mise chez le cartel, comme l’affiche assez clairement son secrétaire général, Mohamed Barkindo. «La perspective de l’arrivée des vaccins sur le marché a incité à un sentiment positif. Pourtant, nous devons continuer à tenir notre position jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de faire baisser les taux d’infection. Nous sommes toujours au cœur de cette catastrophe», a-t-il souligné lors de la réunion technique de l’Opep, organisée vendredi par vidéoconférence, en préparation de la réunion de la Conférence de l’Opep, demain lundi, et de celle de l’opep+, mardi.
Le même responsable a également évoqué les effets dévastateurs de la pandémie sur l’économie mondiale et le marché mondial du pétrole, notant que les investissements dans le secteur pétrolier ont considérablement diminué. «Les investissements ont chuté de 30% pour cette année, encore plus que lors de la récession de 2014-2016, dont l’industrie pétrolière se remettait encore lorsque la Covid-19 a frappé», a déclaré le même responsable.
Le Secrétaire général de l’Opep préfère donc inscrire son intervention dans le cadre d’une situation sanitaire mondiale où la pandémie frappe toujours fort et où les retombées économiques promises par le vaccin n’ont pas encore eu lieu. Un discours qui laisse la voie ouverte à l’ajustement de l’accord Opep+ évoqué par le ministre saoudien de l’Energie, au début du mois.
Mais c’est sans doute aussi la sortie du ministre saoudien de l’Energie sur un éventuel ajustement de l’accord de réduction de l’Opep+ qui a le plus contribué à la forte montée des prix. Intervenant en conférence virtuelle organisée par les Emirats arabes unis, quelques heures seulement avant la première annonce de vaccin, le prince Abdel Aziz ben Salmane avait indiqué que les membres de l’alliance étaient d’accord «sur le principe d’ajuster» les accords, soulignant que la stratégie mise en place permettait de stabiliser les marchés malgré la «nouvelle propagation» du coronavirus en Europe. «Avec le consensus de tous, nous pourrions naviguer avec cet accord et l’ajuster, en fonction de ce que l’avenir nous réserve», avait-il ajouté.
Ce probable ajustement est, lui aussi, comptabilisé comme paramètre contribuant à la remontée des cours du brut effectuée ces dernières semaines. S’il est opéré officiellement mardi, il sera appliqué à travers un report, de 3 à 6 mois, de l’augmentation de la production de l’alliance prévue à partir de janvier prochain, portant sur 1,9 million de barils par jour, pour ramener le retrait en cours de 7,7 mbj à 5,8 mbj.
«Si le cartel ne change rien, cela constituerait un choc désastreux pour le pétrole», préviennent des analystes, rappelant «les perspectives toujours fragiles du côté de la demande en raison de la pandémie de Covid-19 et des diverses restrictions de déplacement des biens et des personnes qu’elle entraîne à travers le monde». n