Par Khaled Remouche
Attention à l’euphorie que peut susciter l’amélioration actuelle des principaux indicateurs macro-économiques. Il suffit que les prix du pétrole chutent pour que se mette à nu la vulnérabilité de l’économie nationale, le retour en particulier aux déficits du budget, de la balance courante et de la balance des paiements.
La flambée des prix du pétrole a eu pour incidences une amélioration nette de la situation financière du pays, excédent à hauteur de 14 milliards de dollars de la balance commerciale, augmentation des exportations hors hydrocarbures et hausse des réserves de change. Ce qui correspond à une inversion nette de la tendance amorcée après la chute des prix du baril de pétrole en 2014.
Ce que confirme le Premier ministre Aymene Benabderrahmane au cours de son allocution prononcée lors de la rencontre gouvernement-Walis. Le locataire du Palais du gouvernement a indiqué que les réserves de change sont en hausse. Elles s’étaient élevées à 42 milliards de dollars à fin 2021. Elles sont donc supérieures à ce niveau. Ce qui veut dire que l’Algérie réalise un solde positif de la balance des paiements en 2022. Ce qui n’était pas arrivé depuis des années. Bémol, ce matelas de devises représente un an seulement d’importation contre trois avant la chute des prix du pétrole de 2014 qui a précipité la fonte des réserves de change à une moyenne ces dernières années d’environ 15 milliards de dollars par an. Mais cela donne un temps de répit d’un an à deux ans. Tout dépend du rythme des importations.
La question reste de savoir si ce temps de répit sera mis à profit pour accélérer les réformes économiques destinées à rendre plus solide l’économie nationale et moins dépendante des fluctuations des prix du pétrole ?
En effet, en dépit de la hausse des réserves de change, l’économie algérienne reste fragile. Elle reste dépendante des fluctuations des cours du pétrole. Il suffit que les prix du pétrole chutent pour que l’Algérie retrouve ses déficits de la balance commerciale de la balance courante et de la balance des paiement faute de ressources financières suffisantes provenant des activités hors hydrocarbures, faute de changement de modèle économique fondé actuellement encore et toujours sur la rente.
L’inflexion de cette gouvernance passe par des transformations profondes. Il s’agit particulièrement de la réforme bancaire et financière, de la réforme fiscale, de la réforme de l’administration, de la réforme des subventions, des réformes sectorielles touchant des secteurs clés tels que l’agriculture, l’industrie, la petite et moyenne entreprise, l’économie numérique, la transition énergétique. Cette solidité de l’économie s’acquiert également via une politique de substitution aux importations et d’intégration de l’industrie qui passe par la relance de l’investissement orienté vers les secteurs productifs de biens et services.
A titre d’illustration, les fruits de la politique de substitution aux importations, c’est notamment le montage en Algérie de véhicules et de produits électroménagers avec un taux d’intégration élevé, ce qui suppose un tissu d’usines de sous-traitance, une production de céréales et de lait, d’aliments du bétail pour l’ovin, le bovin et pour l’aviculture, des oléagineux (culture du colza, de maïs, du tournesol, pour réduire les importations de matières premières pour le raffinage de l’huile. Beaucoup beaucoup plus importante, une industrie agro-alimentaire plus intégrée avec la transformation des fruits et légumes (matière première entrant dans la composition des yaourts et des conserves), le développement de la pétrochimie pour produire sur place les matières
premières entrant dans la fabrication des plastiques, des peintures, le polypropylène
utilisé dans l’industrie automobile, l’industrie plastique, la transformation des minerais extraits en Algérie qui rendront l’industrie sidérurgique plus intégrée et la filière engrais plus puissante.
N’oublions pas le développement des services en Algérie pour réduire la facture d’importations de services qui se chiffrait à 10 milliards de dollars par an via le renforcement des capacités d’études et de réalisation locale dans le secteur pétrolier et du BTPH.
Il s’agit là d’une énumération des retards dans la diversification de l’économie nationale. Un chantier immense attend le gouvernement.
Accélérer la cadence suppose aujourd’hui faire appel au préalable aux compétences algériennes ici et à l’étranger pour identifier le meilleur chemin à prendre en vue de relever ces défis. La ressource humaine spécialisée en un mot s’avère ainsi un facteur de succès essentiel si on veut plus rapidement aboutir à une plus grande solidité de l’économie nationale. <