Après avoir connu un recul appréciable sur le marché parallèle, pour descendre largement plus bas que les 210 DA qu’il valait avant l’arrivée en Algérie de la pandémie de Covid-19, en mars dernier, l’euro a fini par rompre avec cette tendance dès la fin mai pour se situer autour des 190 DA. Depuis, la monnaie européenne s’est plutôt stabilisée, sur fond d’un tracé en dents de scie qui ne l’éloigne pas pour autant de ce seuil, quel que soit le sens dans lequel évoluent les cours, en baisse ou en hausse.
Il est toutefois arrivé des situations exceptionnelles qui ont vu, ces dernières semaines, l’euro (re) gagner entre 3 et 4 DA, mais sans pouvoir se maintenir longtemps à ce niveau face à la conjoncture sanitaire actuelle et les mesures préventives qui ont réduit plus que jamais auparavant de l’utilité de la devise pour des Algériens en rupture totale avec les déplacements à l’étranger, suite à la fermeture des frontières du pays imposée par le coronavirus.
C’est ainsi que durant la semaine dernière, la monnaie référence des Algériens avait sensiblement rebondi pour se rapprocher des 195 DA, avant de se replier à la veille du weekend et s’afficher à 192 DA à la vente et 190 DA à l’achat, avons-nous constaté chez les cambistes, de moins en moins nombreux, qui continuent à activer au square Port-Saïd, plaque tournante du marché noir de la devise dans la capitale.
Ce repli s’est accentué samedi, avec un euro vendu à 190 DA et acheté à 191 DA, alors qu’hier, il était même proposé à 189 DA à la vente pour l’achat de grosses sommes.
Cette évolution n’est cependant pas sans susciter un certain étonnement chez les observateurs du marché parallèle de la monnaie forte. Ces derniers estiment que l’euro reste encore trop cher dans une configuration de marché où son écoulement se heurte à une série de paramètres qui ont carrément anéanti la demande, notamment depuis que le président de la République a décidé de maintenir fermées les frontières du pays, rendant quasiment inutile l’achat de la monnaie européenne.
Restés plusieurs semaines à l’affut de la moindre opportunité qui pourrait remettre l’euro sur les rails des 200 DA et plus, les cambistes avaient principalement axé leur espoir sur une mesure de déconfinement qui se traduirait par la réouverture des frontières, notamment à l’approche de la saison du hadj ainsi que de celle des grandes vacances d’été, période propice pour leurs affaires, notamment à travers les départs massifs vers la Tunisie, destination privilégiée des touristes algériens. Mais rien n’aura été comme le souhaitaient les vendeurs de devises à Alger, ni ailleurs dans le pays. Le hadj a été annulé par les autorités saoudiennes et les frontières de l’Algérie sont restées verrouillées, faisant tomber à l’eau les projets des cambistes. Sans néanmoins faire tomber conséquemment la valeur de l’euro.
Alors qu’est-ce qui pourrait bien justifier cette courbe des prix dans laquelle évolue l’euro, et qui la maintient dans une moyenne plutôt exagérée ? s’interroge systématiquement les habitués de la Bourse parallèle. Ces derniers considèrent que rien ne justifie cette position face à la monnaie locale, même si le dinar connaît une dévaluation accrue au niveau des banques, depuis plusieurs semaines. A quoi donc servirait un euro relativement toujours fort dans cette étape où la devise ne circule pas entre les frontières, et donc ne sert pas les transactions qu’elle avait l’habitude de financer chez la majorité des demandeurs dans le pays ?
Selon un revendeur interrogé sur la même place algéroise, les cambistes seraient en train de faire de la résistance, en aattendant des jours meilleurs. Une attitude qui s’impose, nous explique-t-il, parce qu’une bonne partie de la masse de devises qui se trouve aujourd’hui sur le marché informel aurait été achetée avant l’arrivée du coronavirus, et payée nettement plus chère que son coût de revente d’aujourd’hui. «L’euro que tu vois aujourd’hui au square a été payé à pas moins de 200 DA l’unité, et on a déjà essuyé suffisamment de pertes pour pouvoir continuer dans la tendance baissière des mois de mars et avril», justifie notre interlocuteur, non sans nous signaler que contrairement à la monnaie européenne, le dollar est en train de traverser une période de fort recul pour s’échanger autour de 166 dollars à l’achat et 169 dollars à la vente.<