Younès Badi
Sonatrach verra sa production s’accroître pour s’établir à 932 000 barils par jour en septembre et à 942 000 barils par jour en octobre 2021 et ce, en conformité avec les termes de l’accord Opep+. Réunis mercredi dernier en conférence ordinaire, les membres de l’alliance ont, à nouveau, approuvé leur plan d’assouplissement des restrictions de quotas adopté le 1er avril 2021, visant à relever la production de manière progressive. Dans le cadre de cette réorientation, l’augmentation de production sera de 400 000 barils par jour pour le mois d’octobre.
L’Opep+ a ainsi choisi de rouvrir graduellement le robinet d’or noir après l’avoir serré de manière très forte au début de la pandémie. Elle se montre toutefois circonspecte, en soulignant la nécessité de rester très prudent et attentif à l’évolution des conditions du marché.
Ce rajustement de stratégie est motivé par le fait que la demande pétrolière mondiale, de même que l’économie mondiale sont en train de se redresser. Dans son dernier rapport, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a revu à la hausse sa prévision de demande mondiale de pétrole pour 2021, tablant sur un recul de la pandémie de coronavirus aux Etats-Unis et en Europe, où l’activité économique a commencé effectivement à montrer des signes de reprise. Après un gain de 5,3 millions de barils par jour en 2021, la demande mondiale de pétrole devrait «augmenter de plus de 3,0 millions de barils par jour en 2022 d’après l’AIE», une indication citée dans une analyse élaborée par l’IFP et intitulée «les pièces du puzzle pétrolier : vaccination, Opep+, shale oil, transition pétrolière…». Les prévisions établies par l’agence internationale de l’énergie restent toutefois «conditionnées à l’évolution de la pandémie» susceptible de remettre en cause la demande en énergie des secteurs du transport, font observer les analyses de l’IFP. L’organisme hexagonal estime que si cette prévision est «confirmée», la demande mondiale de pétrole retrouverait, à «99,5 millions de barils par jour, le niveau atteint en 2019». Néanmoins, ajoute-t-il, elle serait «inférieure de l’ordre de 3 millions de barils par jour par rapport à ce que l’on pouvait anticiper avant la crise de 2020». Et de faire savoir que «cet écart, équivalent à la production des Emirats arabes unis, est de nature à contribuer à une certaine détente des prix du pétrole».
Le marché pétrolier a réagi de façon optimiste au réajustement à la hausse des quotas de production. Hier, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 73,39 dollars à Londres, en hausse de 0,49% par rapport à la clôture de jeudi. A New York, le baril américain de WTI WTI pour octobre gagnait 0,16% à 70,10 dollars. S’agit-il d’une tendance durable ou, encore une fois, d’une amélioration temporaire des cours ? Des facteurs comme la demande de pétrole, le niveau de production américaine, la gestion de l’offre par l’Opep+ et l’embargo sur l’Iran présentent une part d’incertitude qui créera probablement de la volatilité pour les prix du pétrole. Et de tels facteurs seront encore déterminants en 2022 pour orienter le prix du pétrole. Pour l’IFP, l’Opep+ pourrait continuer à assurer le rôle de «régulateur» du marché, qui a été le sien depuis la crise sanitaire et économique de 2020. Cela suppose une certaine cohésion qui a été plutôt solide depuis près de deux ans en dehors d’un épisode bref de guerre des prix en mars 2020 entre la Russie et l’Arabie saoudite. Il convient également de mentionner les divergences affichées par les Emirats arabe unis début juillet, qui ont pu être surmontées après de longues négociations. L’organisme français explique qu’un schéma de rupture de la cohésion au sein de l’Opep+, qui n’est pas d’actualité à ce jour, pourrait à nouveau conduire à des «baisses des prix» comme ce fut le cas en 2015. Cela réduirait probablement la progression de l’offre américaine entraînant progressivement une hausse des prix. <