La troisième soirée de «Layali Miliana Andaloussia», animée jusqu’aux aurores par l’association «Ez-ziria», s’est distinguée, avant-hier, par un vibrant hommage au chantre de la musique châabi, le regretté El Hachemi Guerouabi, disparu il y a déjà douze années.

Cette cérémonie forte en émotion a été organisée en plein air, dans la grande cour du lycée Mohamed-Abdou, en présence de sa veuve Chahra Guerouabi et un public nombreux. Cette soirée a été inaugurée par la zorna de la troupe «Rais» de Miliana, qui a transporté les spectateurs dans une ambiance festive. En tenue traditionnelle, la troupe a ravivé le patrimoine de la région de Miliana pour le plus grand bonheur des présents. L’association Ez-ziria de Miliana, dirigée par son président Youcef Azaizia, a ensuite pris la relève en interprétant un programme varié entre «nqlabate» et l’«aâraq», et différents autres modes andalous à l’instar du «m’sdar», «btayhi», «derdj», «n’srafat», «kh’lassates» et les styles «hawzi» et «aâroubi». La troupe a ensuite rendu hommage à l’icône de la chanson châabi El Hachemi Guerouabi en interprétant quelques-uns de ses titres célèbres écrits par Mahboub Bati, à savoir «S’bayate zoudj», «Djouhra» et «Allo…Allo» en mode andalou classique. Pour clôturer la soirée, l’association Ez-Ziria s’est livrée à une prestation des plus surprenantes en mettant une ambiance enflammée avec les morceaux «Miliana Miliana», «Charchar ya Charchar» et «Ndjik n’djik».
Les nombreuses familles présentes à la soirée ont apprécié revivre ces moments magiques dont elles ont perdu l’habitude. Il est à rappeler que cette sixième édition de «Layali Miliana Andaloussia» prendra fin aujourd’hui après quelques jours de festivités riches en émotion.

Sur les traces de Guerouabi et de Mahboub Bati
En marge des soirées musicales de cette sixième édition de «Layali Miliana Al Andaloussia», l’icône de la musique chaâbi El Hachemi Guerouabi et le grand maître de la musique algérienne Mahboub Bati ont été le sujet d’une conférence animée dans la matinée, d’avant-hier, par Abdelkader Bendameche musicien, musicologue et historien de la musique algérienne en présence de Chahra Guerouabi, la veuve de l’artiste.
Cette semaine coïncidant avec l’anniversaire de la disparition du populaire chanteur algérien était l’occasion pour Abdelkader Bendamèche de revenir sur le parcours de Guerouabi et de son parolier Mahboub Bati. Le conférencier a souligné à ce propos que «l’artiste Mahboub Safer Bati (1919-2000), connu sous le nom de Mahboub Bati, a apporté un grand changement à la chanson algérienne en la renouvelant grâce à ses connaissances dans tous les genres musicaux algériens et internationaux». Poursuivant, «il était un artiste complet, non seulement dans le populaire, mais il excellait dans d’autres couleurs, soit dans la composition». Apparu en 1969 sur la scène artistique, changeant la chanson algérienne en vertu de son génie. «Il est considéré comme un artiste de légende, il m’a avoué qu’il a appris 124 styles musicaux algériens et arabes, ce qui l’a poussé à approvisionner et générer un grand succès», a fait savoir le conférencier.
L’intervenant a ajouté que Bati était connu pour avoir écrit des chansons, à partir d’un seul mot, illustrant ses propos par cette anecdote. «Bati partait avec sa femme à l’omra. L’hôtesse lui a demandé de remplir une fiche d’information… et de là, lui est venue la chanson «El Warka» qui lui a apporté un grand succès», a-t-il confié.
Abdelkader Bendamèche a ensuite relaté, à propos de Guerouabi, qu’«après avoir interprété plusieurs chansons à succès, notamment, du grand artiste Amar Zahi ainsi que de quelques autres artistes, El Hachemi Guerouabi a chanté «El barah, Kane fi Omri Achrine». Il a précisée que «cette chanson n’a d’ailleurs pas connu dans ses débuts un grand succès comme l’avait envisagé Bati, mais en 1971, les organisateurs de la célébration de la création de l’Union générale des travailleurs algériens ont demandé à Guerouabi d’interpréter cette chanson et c’est de là qu’elle est devenue légendaire». Selon M. Bendamèche «El Hachemi Guerouabi a suivi l’approche de son maître spirituel El Hadj M’rizek et a réussi à devenir à la fois un véritable cheikh du chaâbi traditionnel et une star de la chansonnette, comme le voulait le grand compositeur et parolier Mahboub Bati». Ajoutant que «les succès de Guerouabi se sont poursuivis grâce à sa collaboration avec Mahboub Bati, qui lui a notamment écrit «Sebbayat zouj», «E-cham’s el barda» «Nafsi wa ana Moulaha», «Nasseblek ya omri» ou encore «Allo, Allo» ainsi que beaucoup d’autres chansons».
Abdelkader Bendamèche conclut sa conférence, en soulignant que «Guerouabi maîtrisait l’héritage musical de Sidi Lakhdar Ben Khlouf, de Ben Mesaib, de Ben Triki, ainsi que de nombreux anciens artistes plus âgés. Il était capable de transmettre le genre aaroubi de la chanson andalouse au style du populaire».