Mustapha Mekidèche, économiste, considère que cet événement à cause de
la Covid-19 pourrait être décalé après la rentrée scolaire et universitaire, voire au déconfinement.

La rentrée sociale 2020 ne sera pas comme les autres. Elle sera marquée par un fait sans précédent, la persistance de la crise sanitaire et les effets de la Covid-19 sur la situation économique et sociale du pays. Elle sera probablement décalée à la troisième semaine, voire en octobre prochain, après la rentrée scolaire et universitaire ou le déconfinement, en raison d’un attentisme des syndicats et des opérateurs économiques de signaux de la part du gouvernement, quant à l’application immédiate des mesures fortes complémentaires, proposées et retenues en juillet dernier par les partenaires sociaux et le patronat, pour régler les problèmes de trésorerie d’un grand nombre d’entreprises, protéger l’emploi et le pouvoir d’achat des citoyens. Un responsable de la Confédération du patronat citoyen avait averti : « Si ces mesures fortes ne sont pas prises rapidement, ce sera l’hécatombe en termes de faillites ou de disparitions d’entreprises, l’aggravation du chômage et d’un climat social délétère avec ses conséquences néfastes sur la stabilité du pays. » La facture sociale et économique de la Covid-19 en Algérie est déjà énorme : pertes de 220 000 emplois pour seulement 6 000 entreprises ciblées par une enquête du ministère du Travail et plusieurs centaines de milliards de dinars de manque à gagner en termes de chiffres d’affaires, soit plusieurs milliards de dollars américains.
Contacté sur ces questions, l’économiste Mustapha Mekidèche considère que la rentrée sociale peut être décalée. « C’est lié à la situation sanitaire ainsi qu’au règlement d’un certain nombre de questions, dont la préservation de l’emploi et la protection sociale des travailleurs, notamment un filet social à instituer pour les travailleurs qui ont perdu leur emploi en raison de la crise sanitaire dont les capacités à financer une allocation chômage, la détermination de son coût et le montant de l’indemnité chômage. La rentrée sociale pourrait intervenir après la rentrée scolaire et universitaire ou au déconfinement. Le gouvernement au cours de ses prochaines réunions aura à traiter certainement ces questions. »

«Le climat social n’est pas apaisé actuellement»
Quant à Belkacem Aït Mahrez, consultant, il dresse presque le même topo. « C’est à partir du moment que les vacances sont terminées qu’intervient théoriquement la rentrée sociale. Mais avec la Covid-19, la question se pose différemment. Elle sera décalée parce que beaucoup d’entreprises ne sont pas près d’investir, de redémarrer leur activité. » Sur le climat social actuel ou celui lié à cet événement, Mustapha Mekidèche estime qu’il y a un arrière fond de la pandémie Covid-19 avec des éléments d’inquiétude en matière d’investissement, de relance et, d’autre part, du volume important de pertes d’emplois dues aux effets de la crise sanitaire dont il faut tenir compte. L’inflation est cependant maîtrisée. Il y a également des problèmes qui ne sont pas réglés, notamment celui relatif au statut des syndicats autonomes, en un mot de la capacité de négociation à construire ou des rapports indirects entre le gouvernement et les syndicats. Il convient de rendre formels ces rapports et de rénover ainsi le dialogue social, l’UGTA n’étant pas aujourd’hui l’unique représentant des travailleurs. » Belkacem Aït Mahrez considère, lui, que le climat social n’est pas apaisé. « C’est ce qui est ressenti par les entrepreneurs, les travailleurs, les chefs de famille actuellement. La situation risque de s’aggraver. L’économie se base sur la psychologie des opérateurs et des travailleurs. Il ne faut cependant pas jouer aux cassandres. Il y a une prise de conscience du gouvernement de la nécessité de réduire l’impact de cette pandémie sur les entreprises et les travailleurs. Cela se voit à travers les résultats des différentes réunions du gouvernement avec les représentants du patronat et de l’UGTA et des Unions professionnelles. Mais il y a ce problème qui se pose toujours, à savoir celui de déterminer le coût des mesures de sauvegarde des entreprises et du plan de relance. Il y a également cette problématique, que nombre d’entreprises ne pourront reprendre leur activité, que nombre de travailleurs vont perdre leur emploi. Nous allons assister à un renforcement de l’informel avec ces travailleurs qui vont rejoindre ce dernier secteur. Il faut s’attendre aussi à une dépréciation de la valeur du dinar. Ce qui va impacter négativement les revenus fixes que sont les salaires et les pensions. L’un des enjeux fondamentaux de la période à venir est celui de l’approvisionnement du marché. Dieu merci, ce problème ne se pose pas aujourd’hui. Le marché est bien approvisionné. Mais si ce problème se posera à l’avenir, la situation sociale risque d’être explosive. » n