Dans un contexte où l’Algérie a été marquée par des catastrophes naturelles, dont des tremblements de terre, inondations, fuites d’oléoducs, incendies de forêt, en plus de la pandémie de la Covid-19, le délégué national aux risques majeurs au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, le Dr Abdelhamid Afra, souligne l’impératif de s’adapter aux nouveaux concepts de gestion des grandes catastrophes, conformément au cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes, lequel insiste sur la nécessité de passer de la gestion des catastrophes à la gestion des risques qui en découlent.

Il a dans ce sillage annoncé la promulgation prochaine du décret portant révision de l’organisation de la Délégation nationale aux risques majeurs, en application des instructions données par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, lors de la dernière rencontre gouvernement-walis, mais aussi du cadre de Sendai. En effet, le Premier ministre avait annoncé la révision du fonctionnement de certaines structures relevant du secteur de l’Intérieur à l’instar de la Délégation nationale aux risques majeurs qui doit «avoir une vision prospective et anticipative sur les aléas naturels pour éviter que les feux de forêt et les inondations enregistrés ces dernières années ne se reproduisent».
Cette révision de la loi devient plus que nécessaire dans le contexte actuel, car celle adoptée par l’Algérie, en 2004, une politique de prévention des risques majeurs par la mise en place d’une loi définissant 15 aléas naturels et technologiques, ainsi que les modalités de prévention et d’intervention lors de leur survenance, est «aujourd’hui dépassée», selon Dr Abdelhamid Afra. Il a aussi mis en exergue les difficultés de sa structure de mener pleinement sa misions dans le cadre juridique actuel étant donné que 16 ans après l’entrée en vigueur de la loi de 2004, «le nombre de décrets exécutifs promulgués, en application dudit texte, ne dépasse pas 4 sur un total de 30 qui devaient définir les modalités de prévention de tous les risques énoncés dans cette loi».
Le délégué du ministère de l’Intérieur explique ce retard par plusieurs raisons, dont notamment l’aspect de cette loi qui n’a pas abordé le volet relatif aux délais de mise en œuvre et qu’elle n’ait pas défini les responsabilités et les instances habilitées à promulguer les décrets exécutifs, vu que les risques majeurs ne concernent pas un secteur en particulier, mais de nombreux secteurs.
Par conséquent, la non-promulgation des décrets exécutifs a entravé l’inscription de la stratégie nationale de prévention contre les risques majeurs au sein des plans de développement au niveau local. Il a également souligné que le texte de lois datant de 2004 n’a pas défini les modalités de financement de la mise en œuvre de la stratégie nationale de prévention des risques majeurs, en plus de la modification des politiques mondiales de prévention des risques majeurs qui concerne, depuis 2015, la gestion des risques de la catastrophe au lieu de la gestion de la catastrophe.
Se voulant optimiste, le délégué national aux risques majeurs au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, déclare que «ce manque sera rattrapé après l’entrée en vigueur de la nouvelle stratégie». Dans un autre registre, abordant la question de la crise sanitaire de la pandémie de la Covid-19, l’expert délégué a déploré que le rôle de la Délégation se limite au suivi de l’évolution de la situation épidémiologique en Algérie. Il espère toutefois que «les choses changeront après la révision de la stratégie nationale de prévention des risques majeurs et la révision du fonctionnement de la Délégation». La structure qu’il dirige sera ainsi chargée, en cas d’apparition d’autres épidémies, de la mise en place d’un plan de prévention des risques pouvant menacer la santé des citoyens, conformément à la loi de 2004.
Seuls 4 décrets exécutifs sur 30 promulgués en 16 ans
Par ailleurs, abordant la question des coûts des interventions de l’Etat lors des catastrophes naturelles, Abdelhamid Afra a précisé que «l’Algérie a déboursé, entre 2004 et 2019, plus de 545 milliards DA de au titre des interventions suite à des séismes, des inondations et des feux de forêt». Ajoutant que les inondations ont coûté à elles seules 374 milliards de dinars, ce qui représente 60% du montant total des pertes.
Il a aussi affirmé que les feux de forêt font perdre à l’Algérie «près de 1,5 milliard de DA» annuellement, Afin de lutter contre ce phénomène qui est souvent d’origine criminelle, l’intervenant a mis en exergue l’importance de recourir à des méthodes plus modernes en matière de lutte et ce à travers la conclusion d’un partenariat avec les universités algériennes et les centres de recherches nationaux.
Il a ainsi annoncé que des concertations étaient en cours entre la Délégation et le Centre de recherche en technologies industrielles (CRTI) pour le recours aux drones pour donner l’alerte à distance en cas de détection de foyers de feu de forêt et l’utilisation d’avions bombardiers d’eau pour leur extinction, au lieu de se contenter des interventions manuelles des agents de la Protection civile et de de la Conservation des forêts.
Concernant l’aspect criminel des incendies provoqués délibérément, l’intervenant a souligné l’importance majeure d’exploiter les données exactes et précises fournies par la plateforme numérique interconnectée avec les wilayas et dédiée au suivi 24H/24 des risques majeurs et des dégâts qu’ils occasionnent. Il a souligné à cet effet que les données fournies par la plateforme numérique ont fait ressortir «un recul de 70% du nombre des feux de forêt récemment déclenchés, durant la semaine suivant l’installation de la cellule de suivi et de veille chargée, entre autres, d’enquêter sur ces incendies d’origine criminelle». Inversement, il a fait ressortir que «le même taux est reparti à la hausse dès l’annonce par les pouvoirs publics de leur volonté d’indemniser les sinistrés», ajoutant que l’on constate également que «des incendies forestiers surviennent dans certaines wilayas à des périodes bien choisies, à savoir les jours fériés et les week-ends». n