L’Algérie a réceptionné un million de doses du vaccin chinois anti Covid-19 Sinovac, avant-hier samedi, à l’aéroport militaire de Boufarik, dans la wilaya de Blida. Cette nouvelle cargaison a été acheminée à bord d’un avion militaire, selon un communiqué du ministère de la Défense nationale.

PAR INES DALI
A la fin de mai dernier, l’Algérie avait reçu 2,5 millions de doses et, selon les prévisions annoncées par la direction de la pharmacie au niveau du ministère de la Santé, le pays devrait acquérir 2,5 à 3 millions de doses à la fin juin, voire la première semaine de juillet. La non-disponibilité des anticoronavirus dont le problème s’était posé avec acuité ne semble plus être d’actualité et la vaccination, à la faveur des nouvelles acquisitions, peut connaitre sa vitesse de croisière en allant à une vaccination de masse si ce n’est une certaine réticence par endroits. Une réticence que reconnait le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar, en recommandant la vaccination, tout en réitérant que «la seule sortie du tunnel de cette pandémie est la vaccination».
Cette réticence trouve une évaluation plutôt modérée chez le Pr Riyad Mahyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Il est vrai que l’afflux enregistré durant les deux premières semaines, notamment dans la capitale, après l’installation des chapitraux dans les places publiques pour une vaccination massive a connu un recul, mais, selon le Pr Mahyaoui, ce n’est pas le cas à travers tout le territoire national. «Je pense que la campagne de vaccination a connu un vrai coup d’accélérateur et, dans certaines wilayas, on enregistre des milliers de personnes vaccinées dans certaines régions», a-t-il affirmé.
«Honnêtement, la campagne de vaccination a pris un coup de boost après l’acquisition de doses importantes de vaccins qui viennent régulièrement durant tout le mois de juin et peut-être durant les mois de juillet et août», a-t-il ajouté. Quant au nombre de vaccinés, il a tenu à préciser que le chiffre qu’il a annoncé précédemment faisant état d’environ 2 millions de personnes vaccinées était donné «sur la base des quantités de doses reçues» à ce moment-là, tout en relevant que «ce n’est pas un chiffre officiel, je n’ai pas le chiffre officiel, mais je pense qu’on l’a largement dépassé».

«Plus on est vacciné, mieux on est protégé !»
Lui non plus n’a pas manqué de lancer un appel aux citoyens encore réticents à aller se faire vacciner. «Pour un retour à la vie normale que nous souhaitons tous, vaccinons-nous ! Je pense que la vaccination va beaucoup nous aider. Plus on est vacciné et mieux on est protégé !», a souligné le membre du Comité scientifique. Le Pr Mahyaoui, tout autant que ses autres confrères spécialistes, tous exhortent la population à la vaccination, surtout qu’actuellement les vaccins ne font pas défaut et arrivent régulièrement. Ils n’omettent cependant pas de mettre l’accent sur la nécessité d’une sensibilisation et d’une communication plus visibles envers la population afin que les sceptiques soient convaincus du bien-fondé de l’opération vaccinale.
Les professionnels de la santé tiennent, en même temps, à rassurer quant à la qualité des vaccins acquis par l’Algérie, estimant qu’ils sont tous efficaces, que ce soit le vaccin russe, le chinois ou encore l’anglo-suédois.
Si les appels à la vaccination de la part des spécialistes et du ministère de la Santé sont insistants, ce n’est pas fortuit. C’est la situation épidémiologique qualifiée d’inquiétante qui le dicte. «La situation épidémiologique est stable mais en chiffres haussiers. C’est une tendance haussière avec une stabilité entre 360 et 400 cas par jour et entre 6 et 10 décès», a d’abord estimé le Pr Mahyaoui, avant d’enchainer : «Cette situation ne décroche pas, ni on monte ni en descend. Et si on l’analyse de plus près, je pense que c’est un peu sous-estimé car il y a beaucoup de malades autour de nous qui se soignent à domicile, qui ne consultent pas et qui font des tests antigéniques qui ne sont pas comptabilisés dans le décompte final». D’où, la situation semble rassurante parce que les chiffres donnés dans le bilan quotidien ne sont pas très haut, ce qui donne de prime abord une lecture erronée. «Les chiffres actuels ne peuvent pas refléter la réalité car il y a beaucoup de cas qui passent au-dessus du radar, ne sont pas sur le comptage de la plateforme numérique et ne font pas l’objet de déclarations des directeurs de la santé et de la population (DSP) dans les 58 wilayas», selon le membre du Comité scientifique. «Il faut dire que la situation n’est pas très confortable car les hôpitaux, surtout en hospitalisations et en réanimations, commencent à connaitre une petite saturation» et les gens «viennent tous les jours pour trouver des places pour les malades graves. Restons vigilants, on n’est pas très à l’aise».
Cette situation fait dire au directeur général de l’IPA qu’«on assiste à un nouveau départ de la courbe d’incidence des contaminations qui augure de la détérioration de la situation notamment avec l’apparition des variants». D’où l’appel à ne pas s’exposer vu qu’il y a encore des malades, des cas graves, des décès, tout comme il y a encore des clusters familiaux, même dans les régions… «Réellement, il faudra objectivement voir la situation et dire que la pandémie de Covid-19 est encore en Algérie. Elle est compliquée par cette histoire des variants dont on dépasse les 700 cas actuellement», selon le Pr Mahyaoui. Pour lui, les variants les plus préoccupants sont le variant Delta et le variant Alpha. Il étaye son propos en indiquant qu’il y a «encore des clusters en Europe, notamment en France et en Angleterre où le variant indien (Delta) a pris le dessus sur le variant anglais (Alpha)». A propos de l’éventualité d’un variant algérien, il a été tranchant : «Je ne crois que ce que je vois, que ce qui est déclaré de façon officielle par le laboratoire de référence qui fait des séquençages et qui n’a pas encore déclaré cela jusqu’à aujourd’hui, Restons dans le caractère officiel, ne cédons pas à la panique, chacun est responsable de ce qu’il dit. En dehors des variants classiques, l’Institut Pasteur d’Algérie n’a encore déclaré aucun autre. Donc ne polémiquons pas. Je pense qu’on ne rougit pas de cette situation. On a quand même réussi à endiguer cette pandémie et je pense que l’avenir nous le prouvera». <