A une semaine de la fin du mois de janvier, l’Algérie est toujours en attente des doses du vaccin Spoutnik V contre la Covid-19, enregistrées le 10 janvier par l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP).

Dr Youcef Boudjellal, microbiologiste et secrétaire général du Syndicat national des biologistes de la santé publique (SNBSP), explique à ce propos : «Même si le vaccin est validé, il y a toute une procédure administrative pour permettre son transport de la Russie vers l’Algérie.» «D’abord, il faut que notre tour arrive pour que les quotas réservés à l’Algérie puissent y parvenir. Sachant qu’il y a de nombreuses commandes d’autres pays qui attendent et qui ont fait des commandes avant nous. Il y a aussi toute une paperasse qui doit être remplie pour que le vaccin russe puisse arriver en Algérie. Tout cela prend du temps, ce qui est logique», ajoute-t-il. «Maintenant, il faut prendre son mal en patience et attendre notre tour», conseille-t-il encore. Dr Youcef Boudjellal affirme dans ce sillage que d’un point de vue logistique, en Algérie, tout est prêt pour le lancement de cette campagne de vaccination tant au niveau des infrastructures sanitaires qu’au niveau du personnel de la santé qui est réquisitionné.
Par contre, le secrétaire général du SNBSP met en relief le fait que qu’«il y a plus urgent en ce moment, c’est le lancement effectif de la campagne de sensibilisation et de préparation de l’opinion algérienne , non seulement au niveau des médias, mais également des professionnels de la santé». Il affirme à ce sujet qu’«il ne faut pas attendre l’arrivée du vaccin pour lancer une campagne de sensibilisation à grande échelle. Cette campagne est cruciale pour endiguer la pandémie et gagner du temps en accélérant la campagne de vaccination. D’autant plus que, selon différentes estimations, il faut plusieurs mois, pour ne pas dire plus d’une année, pour vacciner la population ciblée pour atteindre l’immunité collective qui est de 70% de la population. Si, en plus de cela, les gens n’ont pas conscience de l’importance de se faire vacciner, cela risque de prendre encore plus de temps, et jusqu’à deux années, avant de pouvoir reprendre une vie socio-économique normale».

Les professionnels de santé en attente
Tout en signalant une campagne timide au niveau des médias, le docteur Boudjellal met également en exergue le fait que les personnels de santé ne sont pas encore officiellement associés à cette campagne. Dr Youcef Boudjellal explique à ce sujet que «pour le moment nous n’avons reçu aucune note officielle pour que nous soyons inclus dans cette campagne de sensibilisation. Alors que les médecins, les biologistes et les pharmaciens ont un grand rôle à jouer du fait de leur proximité avec la population pour lui faire prendre conscience de l’importance de se faire vacciner». Il rappelle à ce sujet que cela fait déjà plus de deux mois que différents syndicats de la santé, dont le SNBSP, mettent l’accent sur l’importance de la campagne de vaccination, mais pour le moment il n’y a aucune initiative de la part du ministère de la Santé pour inclure les professionnels de la santé dans le cadre de cette campagne.
Pour sa part, Dr Mohamed Yousfi, infectiologue et président du Syndicat national des praticiens spécialisés de la santé publique (SNPSSP), souligne à propos de cette campagne de sensibilisation : «Lorsqu’on est sollicité par les médias on fait notre devoir, mais c’est le ministère de la Santé qui gère la campagne.» En ajoutant : «Cette campagne est particulièrement importante dans le contexte particulier de cette pandémie, qui est marquée par de nombreuses polémiques et désinformations qui entourent le vaccin anti-Covid»
Il illustre ces propos en rappelant l’épisode de la campagne de vaccination contre la rougeole en 2017, où le ministère de la Santé a fait une campagne de rattrapage pour les enfants scolarisés sans mener de campagne de sensibilisation, entre-temps, une polémique des lobbies anti-vaccin avait éclaté sur les réseaux sociaux et qui avait conduit à un échec de cette vaccination contre la rougeole.
Dr Mohamed Yousfi ajoute qu’en tant qu’«infectiologie et personnel de la santé on est doublement concernés, sachant ce qu’on est en train de vivre et de souffrir depuis bientôt 11 mois»

Flou sur l’échéancier de vaccination
Au-delà de la question de l’arrivée du vaccin sur le sol algérien, l’autre question qui se pose, selon le docteur Mohamed Yousfi, c’est l’échéancier de cette campagne de vaccination qui n’est toujours pas transmis aux professionnels de la santé. Il confie à ce sujet qu’en discutant avec d’autres responsables, le constat est que l’on n’a pas de visibilité sur le déroulement de cette campagne de vaccination. C’est-à-dire combien de doses ? Quand est-ce qu’on va vacciner le personnel de la santé ? Quand est-ce que l’on commencera à vacciner les personnes âgées et les malades chroniques ? Ce sont autant d’interrogations dont nous n’avons pas encore les réponses. Ce serait vraiment une bonne chose que l’on puisse avoir cette visibilité». Enchaînant que «c’est ce qui va nous aider à informer et à sensibiliser les malades sur l’importance de se faire vacciner».
Au final, l’infectiologue et président du SNPSSP souligne encore une fois l’importance du respect strict des mesures barrières et du contrôle de son application par les pouvoirs publics. Il souligne qu’actuellement on a la chance d’être dans une situation épidémiologique clémente, vraiment exceptionnelle par rapport aux autres pays qui nous entourent et par rapport à l’Europe. Même, s’il est préférable que l’on descende en dessus de la barre des 200 cas quotidiens, il faudrait déployer tous les efforts pour maintenir ce rythme et que l’on puisse faire la jointure avec la vaccination. En attendant, c’est seulement les mesures barrières qui peuvent nous éviter une troisième vague. La balle est aujourd’hui chez les citoyens et les pouvoirs publics pour maintenir un respect strict des mesures barrières».