C’est un décor d’apocalypse qu’offrent tristement nos reliefs montagneux de l’est du pays depuis ce mercredi noir, marqué par des incendies gigantesques qui ont ravagé les forêts d’El Tarf et Souk Akras et d’autres localités limitrophes aussi bien en pertes humaines qu’en biens mobiliers et immobiliers, sans oublier les dégâts subis par les agriculteurs.

PAR NAZIM BRAHIMI
Le bilan des pertes humaines fait état de 38 morts et plus de 200 blessés évacués dans des conditions très difficiles vers des établissements de santé alors que la Protection civile a informé, hier, que quatre incendies sont éteints à travers les wilayas d’El-Tarf et Skikda, ajoutant que l’opération d’extinction de deux incendies de forêt, déclarés au niveau de la wilaya de Tlemcen, était toujours en cours. Et si cette conséquence n’a pas encore révélé son coût, la question des moyens mobilisés par l’Etat et les plans de prévention face à des telles situations continue de faire réagir les Algériens dans l’espace public et sur les réseaux sociaux alors que des partis politiques de l’opposition pointent une «impréparation» de la part des autorités. Le fait que ce drame se soit produit une année après celui vécu en Kabylie a fait ressurgir de nombreuses questions qui visiblement mettent mal à l’aise les décideurs politiques. Jeudi sur les lieux du chaos, le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, a indiqué que «le premier avion de lutte anti-incendie sera réceptionné en décembre», ajoutant qu’«à partir de ce samedi, toutes les équipes vont sortir sur le terrain afin d’entamer les opérations de recensement et de constat des pertes qui seront prises en charge par l’Etat. M. Benabderrahmane a rassuré les populations locales en déclarant que «les cheptels, les habitations, tout ce qui a été perdu sera remboursé par l’Etat et nous allons prendre toutes les mesures nécessaires». Soulignant que «les mêmes mécanismes de recensement seront appliqués à toutes les autres wilayas touchées par les incendies». Le Premier ministre s’est, également, rendu au chevet des blessés à l’hôpital Bouzid-Amar d’El-Kala, où il a affirmé que la société civile sera mise à contribution pour recenser les personnes affectées par les feux et assuré que l’indemnisation des sinistrés des feux de forêt «débutera dès la semaine prochaine» alors que les habitants peinent à évaluer les pertes au vu de l’étendue des ravages. De son côté, le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, a déclaré mercredi, soit le jour même du déclenchement des feux, que «les conditions climatiques enregistrées dans nombre de wilayas de l’Est (températures élevées et vents) seraient à l’origine de ces incendies». Dans le registre des pertes, «le parc national d’El Kala a vu plus de 10 000 hectares partis en fumée ces derniers jours», a déclaré l’universitaire Rafik Baba Ahmed, fin connaisseur du site. Le parc d’El Kala, situé non loin de la ville du même nom, est considéré comme l’un des principaux réservoirs de biodiversité du bassin méditerranéen. D’une superficie totale de près de 80 000 hectares, il abrite plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux, de mammifères et de poissons qui lui confèrent «une richesse biologique exceptionnelle», souligne M. Baba Ahmed, qui a par le passé dirigé le parc. Selon des courants politiques de l’opposition, la responsabilité des autorités est engagée.
«Le drame qui frappe à nouveau les populations de plusieurs wilayas pose plusieurs interrogations légitimes», a réagi le PT. «Qu’a-t-on fait des revendications des pompiers maintes fois exprimées et réclamant plus de moyens humains et matériels ?» et «où sont les moyens, notamment aériens, de lutte contre les feux promis lors des incendies ravageurs qui ont littéralement emporté des centaines de victimes ?», se demande le parti de Louisa Hanoune. Le RCD s’interroge lui aussi : «Jusqu’à quand allons-nous subir l’incurie et la mauvaise gouvernance ?» Pour sa part, le FFS appelle à l’ouverture d’une enquête pour situer les responsabilités de ce qui s’est passé. «Sachant que l’Algérie a connu un drame similaire l’année dernière, le FFS s’interroge sur l’efficacité des mesures prises afin que de pareilles catastrophes ne se répètent plus, et insiste sur l’ouverture d’une enquête approfondie pour tirer les conclusions, en informer l’opinion publique et situer les responsabilités et les causes», a indiqué le parti dans un communiqué. <