Les quatre militants arrêtés et placés en détention préventive pour possession du drapeau amazigh ont été entendus, avant-hier jeudi, par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi-M’hamed à Alger.

A la suite de cette audition, les prévenus ont été reconduits à la prison d’El Harrach. «La décision du juge sera connue dimanche après procédure», a indiqué pour sa part le Collectif national pour la libération des détenus d’opinion (CNLD), mobilisé depuis des semaines pour leur libération. Samira Messouci, élue RCD, Aouissi Hocine Mustapha, Chalal Amokrane et Kichou El Hadi, ont été arrêtés le 28 juin à Alger et placés sous mandat de dépôt, le 30 juin. Les avocats ont plaidé le «non-lieu» mais leur plaidoirie n’a pas convaincu, ont-ils regretté, non sans garder l’espoir que leurs clients soient relaxés en début de semaine.
Après plusieurs semaines de mobilisation, qui est montée crescendo durant ces derniers jours, les défenseurs de Samira Messouci et de ses compagnons ont eu l’espoir de les voir libérer. Ils s’attendaient au même verdict que celui qui a concerné, à la mi-août, Nadir Fetissi, l’acquittement et la restitution des objets saisis sur lui au moment de son arrestation, le 5 juillet à Annaba, dont le drapeau berbère. Contre M. Fetissi, le Procureur avait requis une peine de dix ans de prison ferme assortie d’une amende de 20 000 DA. Outre ce cas, la remise en liberté, mardi dernier, de la militante de l’association RAJ Sabrina Malek, porteuse elle aussi du drapeau amazigh, sans que la procédure de présentation devant le juge n’ait eu lieu, a renforcé cet espoir. Toutefois, le collectif de défense des quatre prévenus se dit «optimiste» même s’il affirme «ne pas cacher sa frustration quant à la gestion politique» de cette affaire.
Il a annoncé en guise de protestation contre cette gestion avoir renoncé à une demande de liberté provisoire pour les autres porteurs de drapeau berbère actuellement en détention préventive et dont les auditions par le juge ne sont pas encore programmées. «La décision de leur libération ou de leur maintien en détention n’est plus une question de droit mais de politique», a expliqué un membre du collectif. La même source indique que le débat sur la conduite à tenir n’est, cependant, pas clos et qu’une nouvelle discussion aura lieu en début de semaine pour «décider d’introduire ou non une demande de mise en liberté provisoire».

Solidarité et indignation
Au moment où le juge d’instruction procédait à l’audition de Samira Messouci et des trois autres prévenus, des centaines de manifestants, dont des représentants de partis politiques et d’associations, ont tenu un rassemblement de protestation devant le tribunal. En signe de solidarité, ils ont arboré des portraits à l’effigie des détenus et scandé des slogans hostiles au «pouvoir» et au «système en place». « L’Afrique du Nord est amazighe», ont-ils également crié. Pour sa part, le réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinion et pour les libertés démocratiques a dénoncé, dans un communiqué rendu public, le maintien en détention des prévenus. «Les détenus ont été effectivement entendus mais maintenus en détention, malgré les précédents constatés dans d’autres juridictions du pays», ajoute la même source. Le réseau « s’insurge contre ces mesures arbitraires et sans fondements, continuera d’exiger la libération de tous les détenus d’opinion et maintient sa mobilisation et sa détermination».