La pandémie de coronavirus s’est atténuée en Algérie durant ce mois de décembre. La situation de tension vécue le mois d’avant a quelque peu laissé place à un semblant de répit, même si le «virus est toujours là, parmi nous». En effet, après un nombre de contaminations ayant dépassé les 1.000 cas par jour en novembre dernier, enchaînant quasi-quotidiennement record sur record jusqu’à atteindre un pic jamais connu depuis l’apparition de Covid-19 dans le pays en février dernier, la situation épidémiologique s’est améliorée au vu des chiffres enregistrés.

Le mois de novembre a été caractérisé non seulement par un pic des contaminations au Covid-19, mais a également été le plus meurtrier. Après le niveau historique de 1.058 cas confirmés le 27 novembre, les chiffres ont commencé à baisser petit à petit pour atteindre 750 cas confirmés le 1er décembre. La décrue s’est poursuivie et le pays a vu le nombre des contaminations divisé pratiquement par deux vers la mi-décembre pour s’établir à 382 cas selon le bilan d’avant-hier lundi. Pour les décès, novembre n’a pas été plus clément avec un décompte quotidien dépassant le plus souvent les 20 cas par jour. A la fin du mois, plus de 450 vies avaient été fauchées en Algérie. Actuellement, le nombre de décès quotidiens est en nette baisse, évoluant autour de la dizaine.
Actuellement, «la situation épidémiologique est maîtrisée», a déclaré récemment le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid. Une appréciation sur laquelle il semble y avoir consensus, puisque l’ensemble des déclarations des professionnels de la santé qui se sont exprimés sur le sujet versent dans ce sens et témoignent d’une baisse de tension dans les hôpitaux et de pression sur le personnel.
Parmi eux, le témoignage du Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectieux à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik, première infrastructure de santé à avoir reçu et soigné les malades Covid. L’EPH de Boufarik n’a pas désempli depuis février dernier et son personnel a été sur le qui-vive durant toute cette période. Avec la décrue constatée dans le pays ces derniers jours, la situation semble s’améliorer également au niveau de cette infrastructure, comme dans tant d’autres du pays. Le Dr Yousfi reconnaît la situation d’accalmie qui règne au niveau de l’hôpital où il exerce après plusieurs mois de tension.
«La tension a baissé actuellement et cela se vérifie au nombre de malades qui a diminué et, avec, plus de la moitié des lits d’hospitalisation qui sont libres», selon Dr Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP). Il révèle que le taux d’occupation des lits par les malades de Covid-19 a baissé à moins de 50%, une situation plus ou moins acceptable par rapport à la période passée. Ce chef de service affirme même que «c’est une situation que l’EPH de Boufarik n’a pas connue depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois». Il y a également une baisse de pression au niveau des urgences et sur les équipes médicales.

Les gestes barrières, encore et toujours
La maîtrise de la situation qui se stabilise est «le fruit des mesures prises et du respect des gestes barrières par la population même si des carences sont toujours constatées. Le plus important, c’est d’avoir baissé le nombre de cas confirmés et le nombre de décès», font remarquer les professionnels de la santé, qui souhaitent voir les chiffres encore baisser en attendant qu’il y ait le début de la campagne de vaccination prévue le mois prochain et dont la population est en attente de la moindre nouvelle afin de pouvoir reprendre une vie normale.
La population souhaite également voir s’alléger les mesures de confinement partiel à domicile ainsi qu’une reprise des activités qui sont toujours à l’arrêt, comme le transport interwilayas, maintenant qu’il y a décrue et que de nouvelles mesures devront être annoncées pour le 1er janvier. Mais si allégement il devait y avoir, il est clair que celui-ci devrait être «obligatoirement accompagné du strict respect de l’ensemble des protocoles et des gestes barrières, dont le port du masque et la distanciation physique», selon les spécialistes qui estiment qu’il ne devrait y avoir «aucune concession sur ces conditions».
Hier, à la question de savoir quand les transports interwilayas (bus et taxis) pourraient-ils reprendre, le ministre des Transports a affirmé que «la reprise de ces moyens de locomotion dépend de la situation épidémiologique». Quant à l’ouverture des frontières, également tant attendue par les citoyens, il a réitéré que «c’est une décision qui dépend des hautes autorités du pays», outre le fait que cela dépend également de la situation épidémiologique des pays avec lesquels les frontières seront ouvertes.

Mise en garde de l’OMS
En dépit de l’optimisme que suscite l’arrivée de plusieurs vaccins contre le nouveau coronavirus, l’Organisation mondiale de la santé a prévenu, hier, que malgré la sévérité de cette pandémie, qui a tué plus de 1,7 million de personnes et en infecté des dizaines de millions d’autres en un an, il était urgent de se préparer «à pire». «C’est une sonnette d’alarme», a prévenu Michael Ryan, le responsable de l’OMS en charge des situations d’urgence lors de la dernière conférence de presse de l’année de l’Organisation.
«Cette pandémie a été très sévère. Elle s’est répandue à travers le monde très rapidement et a touché chaque recoin de la planète, mais ce n’est pas nécessairement la pire», a mis en garde le médecin qui, dans sa carrière, a eu à affronter sur le terrain des agents pathogènes parmi les plus mortels. Tout en soulignant que le virus «se transmet très facilement et tue des gens (…)», il ajoutera néanmoins que son taux de mortalité est relativement bas par rapport à d’autres maladies émergentes». «Il nous faut nous préparer à l’avenir à quelque chose qui sera peut-être encore pire », a-t-il martelé, sans donner plus d’explications sur le pire qui nous attend. <