L’Algérie devrait réceptionner une quantité de 3 millions de doses de vaccins anti-Covid-19 au courant des quinze premiers jours du mois de juillet, après la réception de un million de doses samedi dernier.

PAR INES DALI
C’est ce qu’a fait savoir, hier, la directrice de la pharmacie au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Ouahiba Hadjoudj. En attendant, la situation épidémique ne s’améliore pas et les cas confirmés restent toujours proches des 400 cas par jour avec un plus grand nombre de malades en réanimation. Ce qui complique plus la situation, c’est que les chiffres quotidiens ne reflètent pas la réalité du nombre de cas étant donné que bon nombre échappent au contrôle. Il y en a qui ne se font pas dépister car asymptomatiques, ou se soignent chez eux, ou ne sont pas déclarés car ayant subi des tests antigéniques qui ne sont pas comptabilisés, etc. Ce qui fait dire aux spécialistes que les chiffres quotidiens peuvent être «multiplié par trois».
Deux autres faits compliquent encore la situation, à savoir la vaccination qui ne suit pas l’objectif tracé en raison d’une faible adhésion de la population, et ce, malgré la disponibilité des doses actuellement, ainsi que le variant Delta introduit en Algérie il y a quelques mois et qui sévit à travers le monde. Ce variant qui prédomine dans les nouveaux cas enregistrés dans près d’une centaine de pays représente-t-il une potentielle menace sur l’Algérie ? Ce qui n’est pas à écarter puisque le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie (SAI), répond : «Bien sûr, ce variant représente une menace dans tous les pays du monde». Il a indiqué, dans une déclaration à Reporters, que la menace du variant Delta vient du fait qu’il est «beaucoup plus contagieux que les autres, notamment le britannique» et «touche aussi des sujets de plus en plus jeunes, ce qui n’existait pas dans la souche originale de Covid-19. Il donne également plus de cas graves de la maladie. C’est ce qui le rend plus dangereux par rapport aux autres variants».
Le Dr Yousfi explique que lorsqu’il dit «plus dangereux, ce n’est pas dans le sens de plus virulent car il n’y a pas encore de preuves sur sa virulence». L’autre argumentaire est qu’«en Grande-Bretagne, qui a bien avancé dans la vaccination, il y a actuellement autour de 2000 cas par jour alors qu’il y avait entre 15.000 et 20.000 cas par jour, mais, à côté, il est enregistré une vingtaine de décès par jour, soit beaucoup moins qu’avant. Ce qui prouve l’efficacité des vaccins malgré les variants», a estimé le président de la SAI, tout en lançant, à son tour, un appel aux Algériens à se faire vacciner, car c’est «ce qui leur permet de se prémunir contre le Covid-19 et ses variants, notamment le Delta».

Déficit en communication sur les variants
Cependant, regrette notre interlocuteur, les précisions sur les chiffres du variants, Delta ou autres, ne sont pas connus. «Les cas du variant Delta dans la proportion des cas quotidiens ne sont pas communiqués. Or, nous les spécialistes, qui sommes en contact avec les malades et les prenons en charge, nous avons besoin d’avoir les détails qui nous aident dans notre travail», a-t-il souligné.
Il a tenu, également, à noter que recevoir un vaccin «ne veut pas dire qu’on n’attrape pas le virus», mais le vaccin permet de «ne pas faire une forme grave de la maladie». A ce propos, il y a lieu de noter que les responsables des services de réanimation à Blida ou encore à Alger n’arrêtent pas de tirer la sonnette d’alarme quant à l’augmentation du nombre de malades retenus dans leurs services. A l’hôpital Nafissa-Hammoud (ex-Parnet), dans la capitale, le chef de l’unité Covid a indiqué que le service de réanimation qui compte huit lits «affiche non seulement complet», mais ils ont dû «ajouter trois lits ces jours-ci pour répondre à la demande qui va crescendo». Il y a des malades qui sont «parfois retenus jusqu’à 15 jours en réanimation, certains guérissent et d’autres ne survivent pas», a-t-il regretté.
Les services de réanimation d’autres hôpitaux ne sont pas dans une meilleure situation et font savoir, depuis plusieurs jours, qu’ils font face à un nombre de cas de graves qui ne cesse d’augmenter. Ce qui nécessité une demande en oxygène plus importante que celle disponible en situation normale. «Durant cette vague, pratiquement tous les malades qui viennent ces derniers jours ont besoin d’oxygène. On ne s’attendait pas à cette situation où tout le service Covid a besoin d’oxygène, c’est énorme», selon le constat du Dr Yousfi, qui est également chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik (wilaya de Blida). «Cela demande une coordination et une gestion efficace pour qu’il n’ait pas de problèmes d’insuffisance ou de rupture. Il faut qu’il y ait une sécurisation en matière d’approvisionnement avec des quantités plus importantes, et cela est le rôle des gestionnaires et non des équipes médicales et paramédicales qui, elles, doivent prendre en charge les malades», a-t-il tenu à souligner.

77% des vaccins ont profité à seulement 10 pays
Le variant Delta est en passe de dominer les autres variants de Covid-19 en termes de propagation à l’échelle mondiale et jusqu’à présent, la vaccination reste la seule garantie pour se prémunir contre cette maladie. C’est pour cela que l’ensemble des professionnels de la santé, en Algérie et ailleurs, exhortent leurs populations à se faire vacciner. Mais les populations du monde ne sont pas toutes logées à la même enseigne. La vaccination ne connait pas le même rythme ni le même approvisionnement en antidotes dans tous les pays du monde. Les plus riches s’accaparant la part du lion, selon les chiffres révélées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Jusqu’à présent, «77% de la production mondiale de vaccins anti-Covid-19 ont profité à 10 pays à travers le monde», a révélé le directeur général de l’OMS. Il a, également, mis en garde contre de probables nouvelles pandémies à l’avenir. «Nous devons tous tirer les leçons de cette pandémie (…). Il faut tout faire pour se préparer aux nouvelles épidémies et pandémies pour les prévenir, les surveiller et y répondre rapidement», a-t-il soutenu avant-hier à Genève.
L’Afrique reste le parent-pauvre de la vaccination avec seulement 1% de la population vaccinée, selon l’OMS. Si la plupart des pays pauvres ont désormais commencé à vacciner, principalement grâce au mécanisme Covax (OMS, alliance Gavi et coalition Cepi), la vaccination anti-Covid reste marquée par de fortes inégalités : les pays à «revenu élevé» (au sens de la Banque mondiale) ont administré en moyenne 79 doses pour 100 habitants, contre un seule dose dans les pays à «faible revenu». Dans le monde, plus de 3 milliards de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées, selon un comptage de l’AFP à partir de sources officielles. Alors que le premier milliard avait été atteint 20 semaines après le début des premières campagnes de vaccination de masse en décembre et le deuxième milliard en 6 semaines, il a fallu moins de 4 semaines pour atteindre ce troisième milliard. Quelque 40% des doses administrées dans le monde (1,2 milliard) l’ont été en Chine. L’Inde (329 millions) et les Etats-Unis (324 millions) complètent le podium. L’Union européenne a administré 357 millions de doses à 50% de sa population. Quelque 32% des habitants du bloc sont complètement vaccinés. Malte, plus petit pays de l’Union, est de très loin le plus avancé, avec plus de 70% de sa population complètement vaccinée. Les pays les plus peuplés de l’UE – Allemagne, France, Italie, Espagne – gravitent autour de la moyenne, avec environ un tiers de leur population complètement vaccinée.